‹ Œuvres de François RabelaisChapitre 290 sur 327 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

Comment les officiers de la Quinte diversement s’exerceoient, et comme la dame nous retint en estat d’abstracteurs.

. dé vid Après grand nombre de ces officiers susdicts, lésquéls blanchissoient les Ethiopiens en peu d'heures, dû fond d'un panier leur frottant seulement le ventre, .

Aultres à {rois Couples de regnards soubs un joug äroient le rivage äréneux , et ne perdoient leur semence. |

Aultres lavoiént les tuiles, et leur faisoient perdre couleur,

Aultres tifoient eau des pumices, que vous appellez pierre ponce, la pilant long temps en un mortier de marbre, et lui changeoient sa substance.

Aulires tondoient les asnes, et y trouvoient toison de laine bien bonné,

Aulires Gueilloient des éspines raisins, et figues des chardons, | … Aultres liroient laicé des boucs, et dedans un crible lé récepvoiént, à grand profict de mesnage.

Aultres lafoient les testes des Afres, et n’y perdoient la lexive, |

Aultres chassoient au vent avecques des rets, et y prénolent escrevices décumanes,

d'y vid un jeune spodizateur, lequel artificiellement liroit des peds d’un asne mort, ét en vendoit l’aulne cint sols. |

Un aulire putrélioit des séchäboths (1). O la belle viende !

Mais Panurge rendit villainéement sa gorge, voyant ün archasdarpenin, lequel faisoit putréfier grande doye d'urine humainé en fiente de cheval, avecques force merde chrestiéenne. Fi lé vilain ! Il toutesfois nous respondit que d'icelle sacrée distillation abreuvoit les rois ét grands princes, et par icelle leur allongeoit la vie d'une bonne toise où deux.

Aultres rompoient les andouilles au genouil.

Aultres escorchoient les anguilles par la queue, et ne crioient les dictes anguilles avant que d’estre escorchées, comme font celles de Melun.

Aultres de néant faisoient choses grandes, et grandes choses faisoient à néant retourner.

Aultres coupoient le feu avecques un cousteau, et puisoient l’eau avecques un rets,

Aultres faisoient de vessies lanternes; et de nues, paesles d'aerain.

Nous en vismes douze aultres , banquetants sous une feuillade, et buvants, en belles et amples retumbes, vins de quatre sortes, frais et délicieux à touts, et à toute reste ; et nous fut dict qu’ils haulsoient le temps selon la manière du lieu, et qu'en ceste manière Hercules jadis haulsa le temps avecques Atlas.

Aultres faisoient de nécessité vertus, et me sembloit l'ouvrage bien beau et à propos.

Aultres faisoient alchimie avecques les dents ; en ce faisant emplissoient assez mal : les selles persées avoient loutesfois le bast advantageux.

Aultres, dedansun long parterre, soigneusement mesuroient les saults des pulces : et cestui acte m'affermoient estre plus que nécessaire au gouvernement des royaulmes, conduictes des guerres; administrations des républiques, alléguants que Socrates, lequel premier avoit des cieulx en terre tiré la philosophie, et d'oisive et curieuse, l’avoit utile rendue et profictable,

(1) Peut-être des escarbots,

Ed

288 CHEFS-D'OFCVRE EUROPÉENS.

Et ne vivait que de viendes qu'ils appellent en leur patois Appellations [page 282).

employoil la moilié de son estude à mesurer le sault des pulces, comme atteste Aristophanes (1) le quintessential,

Je vid deux giborins, à partsus le hault d’une tour, lesquels faisoient sentinelle, et nous fut dict qu ils gardoient la lune des loups.

J'en rencontrai quatre aultres en un coin de jardin oultrement disputants, et prests à se prendre au poil l'un l’autre : demandant d'ond sourdoit leur différent, culendi que jà quatre jours estoient passés, depuis qu'ils avoient commencé de trois haultes et plus que physicales propositions, à la résolution desquelles ils se promeltoient montagnes d’or. La première estoit de l'ombre d'un asne couillard ; l’aultre de la fumée d'une lanterne; la tierce de poil de chèvre, Sçavoir si c csloit laine. Puis nous fut dict que chose estrange ne leur sembloit ee deux contradictoires vraies en mode, en forme , en figure, et en temps : chose pour laquelle les sophistes de Paris plustost se feroient desbaptiser que la confesser.

Nous curieusement considérants les admirables opé-

(1) Dans la comédie des Nues,

rations de ces gents, survint la dame avecques sa noble compagnie, jà reluisant le clair Hesperus. A sa venue, fusmes derechef en nos sens espouventés. et esblouis en nostre vue. Incontinent nostre eflroi apperceut, et nous dist : « Ce que faict les humains pensements esgarer par les abysmes d'admiration n’est la souveraineté des effects, lesquels apertement ils esprouvent naïistre des causes naturelles, moyennant l'industrie des sages artisans : c'est la nouveaulté de l'expérience entrant en leurs sens, non prévoyants la facilité de l'œuvre, quand jugement serein s'y assorie estude diligent. Pourtant soyez en cerveau et de toute frayeur vous despouillez , si d'aucune estes saisis à la considération de ce que voyez par mes officiers estre faict. Voyez. entendez, contemplez à vostre libre arbitre, tout ce que ma maison contient, vous peu à peu émancipiults du servage d'ignorance. Le cas bien me sied en volunté Pour de laquelle vous donuer enseignement non feinct, en contemplation des studieux desirs desquels me semblez avoir en vos cœurs faict insigne mont-joie et suffisante preuve. je vous retien présentement en estat et oflice de mes abstracteurs. Par Geber, mon premier tabachin, y serez descripts au parlement de ce lieu. »

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De prime arrivée, ils nous feirent quasi paour [page 284).

Nous la remerciasmes humblement, sans mot dire : acceptasmes l'offre du bel estat qu’elle nous donnoit,

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