‹ Œuvres de François RabelaisChapitre 313 sur 327 · CHAPITRE XLV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLV

Comment Baébüc interprète le mot de la Bouteille.

Bacbuc, jectant je ne sçai quoi dans le timbre, dont soubdain fut l’ébullition de l’eau restraincte, mena Panurge au temple major, on lieu central, onquel estoit la vivifique fontaine. Là, tirant un gros livre d'argent en forme d’un demi muid, ou d'un quart de sentences, le puisa dedans la fontaine et lui dit : « Les philosophes, prescheurs et docteurs de vostre monde vous paissent de belles paroles par les aureilles, ici nous réalement incorporons nos préceptions par la bouche. Pourtant je ne vous di, lisez ce chapitre, entendez ceste glose : je vous di, goustez ce chapitre, avalez ceste glose. Jadis un antique prophèle de la nation judaïque mangea un livre, et fut clerc jusques aulx dents; présentement vous en boirez un, et serez clerc jusques au foye. Venez, ouvrez les mandibules. »

Panurge ayant la gueule bée, Bacbuc print le livre d'argent, et pensions que fust véritablement un livre à cause de sa forme qui estoit comme un bréviaire, mais c’estoit un vénéré, vrai et naturel flacon plein de vin Falerne , lequel elle feit tout avaler à Panurge.

« Voici, dist Panurge, un notable chapitre, et glose fort authentique; est-ce tout ce que vouloit prétendre le mot de la Bouteille trismégiste? J'en suis bien vraiement. — Rien plus, respondit Bacbuc, car Trincq est un mot panomphée, célébré et entendu de toutes nations, et nous signifie, Buvez. Vous dicles en vostre monde que sac est vocable commun en toute langue, et à bon droict, et justement de toutes nations receu. Car comme est l’apologue d'Esope, touls humains naissent un sac au col, souffreteux par nature, et mendiants l’un de l’aultre. Roi soubs le ciel tant puissant n'est qui passer se puisse d'aullrui ; pauvre n’est tant arrogant, qui passer se puisse du riche, voire fust-ce Hippias le philosophe. qui faisoit tout. Encores moins se passe l'on de boire qu'on ne faict de sac. Et ainsi maintenons que non rire, ains boire est le propre de l’homme. Je ne di boire simplement et absolument, car aussi bien boivent les bestes ; je di boire vin bon et frais. Notez amis, que de vin, divin on devient : et n’y ha argument tant seur, ne art de divination moins fallace. Vos académiques l’afferment, rendantsl'étymologiede Vin, lequel

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ils disent en grec, oinos, estre comme wis, force , puissance. Car pouvoir il ha d’emplir l'ame de toute vérité, tout sçavoir et philosophie. Si avez noté ce qui est en lettres ioniques escript dessus la porte du temple, vous avez pu entendre qu'en vin est vérité cachée. La dive Bouteille vous y envoye, soyez vousmesme interprètes de vostre entreprinse. — Possihle n'est, dist Pantagruel, mieulx dire, que faict ceste vénérable pontife : aultant vous en di-je, lorsque premièrement m'en parlastes, Trincq doncques, que vous en dist le cœur, eslevé par enthousiasme bacchique ? — Trinquons, dist Panurge, HS 4

Trinquons, de par le bon Bacchus.

Ha, ho, ho, je voirai bas culs De brief bien à poinct sabourrés, Par couilles, et bien embourrés, De ma petite humanité.

Qu'est ceci? la paternité

De mon cœur me dict seurement, Que je serai non seulement

Tost marié en nos quartiers, Mais aussi que bien voluntiers, Ma femme viendra au combat Vénérien : Dieu, quel débat

J'y prévoi ! Je labourerai

Tant et plus, et tabourerai

A gogo, puisque bien nourri

Je suis, C’est moi le bon mari, Le bon des bons. Io pean!

lo pean, Io pean !

lo mariage trois fois,

Ca, ça, frère Jean, je te fois Serment vrai et intelligible

Que cest oracle est infaillible’:

Il est seur, il est fatidique. »

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