‹ Œuvres de François RabelaisChapitre 9 sur 327 · AVIS SUR CETTE ÉDITION · texte numérisé non relu

AVIS SUR CETTE ÉDITION

Pour compléter, dans un sens de plus en plus littéraire, la série déjà imposante de nos publications à bon marché, nous croyons le moment venu d'aborder les grands écrivains de la Renaissance.

A leur tête marche Rabelais, dans lequel nous ne reconnaissons pas ce bouffon obscène que certains lecteurs blâment ou exaltent, rejettent ou recherchent, également à tort selon nous. Lui-même l’a dit : « Cassez l'os et sucez la moelle. » Ceux qui ne s'arrêtent point à la surface, savent trouver dans le Gargantua et le Pantagruel, sous un langage dont la grossièreté a son excuse dans les habitudes du temps, une philosophie profonde , à la fois une extrême finesse et une grande ampleur de vues morâles, une exacte appréciation des faiblesses et des travers de l'humanité, une vaste encyclopédie des mœurs , des arts et des sciences du xvi® siècle, et enfin le sujet d’études philosophiques propres à éclairer les sources de notre langue et à raviver chez les modernes une originalité, une naïveté de style, auxquelles ils renoncent trop dédaigneusement.

Ce même parfait bon sens, qui éclate à découvert dans les harangues de Pantagruel, perce sous les malices les plus hasardées de Panurge. Picrochole n'est-il point la satire vivante de l’esprit conquérant et gue rier ! La voracité du géant, le libertinage de son acolyte, n'offrent-ils pas une allusion perpétuelle à la

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profusion et aux débauches des cours, qu'il eût été impossible de fronder plus ouvertement! De cette peinture si vive du faux enseignement universitaire et de la vie peu édifiante que menait une portion du clergé de l’époque, ne ressort-il pas des leçons également applicables ?

Si le célèbre curé de Meudon, toujours instructif dans ses plus grands écarts, a su rester amusant en traitant les sujets les plus graves ; si sa verve irrésistible roule parmi un torrent de feintes extravagances l'or pur de la sagesse et de la vérité, admettra-t-on qu’une morale austère, mais peu persuasive et partant peu efficace, ait le droit de l’en blâmer?

Nous ne le pensons pas ; et Molière, La Fontaine,

- Scarron, Voltaire, et Râcine même, dans ses Plai-

deurs, en s'inspirant fréquemment et du fond et du style même du Gargantua, se sont montrés au-dessus de ces vaines délicatesses.

Concluons que beaucoup de lecteurs, trouvant ici pour leur esprit une nourriture vraiment substantielle et moralement hygiénique, une sorte d'étude amusante, facilitée par les conditions typographiques et littéraires de l'édition, nous sauront gré de cette nouvelle entreprise.

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