‹ Œuvres de Froissart; (volume 2)Chapitre 100 sur 307 · LES AÎSGLAIS PASSENT LA SOMME · texte numérisé non relu

LES AÎSGLAIS PASSENT LA SOMME

i< trouvei'ës. » Les marisaulx respondirent : « Volentiers. » Sy se partirent de l'ost bien acompaigniés de gens d'armes et d'archiers , et passèrent parmy Loncq pour en venir au pont de Rémy-sur-Somme ; et sy le trouvèrent bien garny et prouveu de chevaliers et d'escuiers et des gens du pais. Et vinrent les Englès jusques à une grosse ville que on apelle Fontaines-sur-Somme. Sy le prirent les Englès, et l'ardirent toute et reubèrent ; car elle n'estoit point fremèe , et vinrent à une autre ville que on nommoit Loncq-en-Pontieu. Sy ne peurent gaigner le pont ; car il estoit bien garnys. Sy se mirent en paine pour le conquerre ; mais il fut bien defïèndus. Sy s'en partirent et chevauchèrent devers Peckigny, et trouvèrent la ville et le pont et le chastiel bien furny : pour quoy jamais ne l'euissent pris. Ensy avoit le roy de Franche pourveu et garnis fes destrois et les passaiges sur la rivière de Somme, par quoy les Englès ne peuissent passer, et avoit monseigneur Godemar du Fai envoie à la Blanche-Taque entre Saint-Vallëry et le Crotoy desoubs Abeville à plus de mille lanches et tous ceulx du pais pour là garder le passaige de la rivière de Somme. Sy retournèrent les marisaulx devers le roy d'Engleterre et ly contèrent comment il avoit trouvés les destrois et les passaiges sy fort et sy bien gardés que impossible estoit de y passer. De che fu le roy tout mérancolieux.

Ce propre soir vint le roy de Franche couchier à Amiens et cuidoit les Englès trouver à l'endemain à Arainnes ; mais le roy et les Englès se deslogèrent et s'en allèrent. devers Abeville-en-Pontieu, et s'en vint li roys che jour à Gisement au soir, et le roy de France au disner à Arainnes et là se loga. Quant le roy d'Engleterre se party de Oisemont , encore ne savoit-il oii il passeroit le Somme. Sy se aresta sur les camps et fist demander se

LKS ANGLAIS

il avoit là nul homme , fust prisonnier ou aultre, qui ly seuist enseigner, ne monstrer le passaige. Adont vint avant ung varlet qui prisoniers estoit, et dist ; « Sires, se « vous me volés quiter ma ranchon et ma prison, je « vous ensaigneray et monstreray bon passaige où vous « passerés seurement , sur ma teste , et toute vostre ' « host. » — « Oyl, par ma foy, dist le roy, et vingt de tes « compaignons, se tu les voels avoir, » Adont ly dist le varlet : « Sire, ehy-dessoubs a ung lieu en la Somme , « que on dit la Blanche-Taque. Quant le mer est retrette, « on le passe aysiement à cheval et ausy à piet, ensy que « on voelt, et quant elle flue, la plus grosse nefs d'Es- « paigne y passeroit. Sy vous avanchiés : espoir trouverés- « vous le passaige en point. »

Le roy de ces nouvelles fut moult lies et dist : « Par « ma foy, je te feray tout riche, se trouve vérité en ta « parolle. » Lors fist-il avanchier son ost, et allèrent devers ledit pasaige , et fist [tant] qu'il y vint. Che fu bien à point , car le mer se commenchoit à en raller.

Adont s'aresta le roy en atendant ses gens, son harnas et son caroy. Adont fist le varlet venir devant luy, qui le passaige lui avoit ensegniet. Sy ly quita sa prison et tous ses compaignons , et luy fist donner cent escus , et puis dist à ses marissaulx : « Chevauchiés oultre ou nom de (( Dieu et de saint Gorge. Sy aies combatre ces Franchois « qui par delà nous atendent. » Adont se férirent les marisaulx en la rivière qui jà estoit presque toute retrette, et gens d'armes et arcbiers après eulx, Messire Godemar du Fay et ses gens estoient delà la rivière, syque, pour eulx acquiter et garder le passaige , il se mirent tantost en l'ieaue contre eulx. Là eult fait à ce pasaige et en la rivière pluiseurs belles joustes et maintes apertises d'armes et pluiseurs reversés en l'ieaue des ungs et des aultres.

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