‹ Œuvres de Froissart; (volume 2)Chapitre 99 sur 307 · HM PRISE DE CAEN · texte numérisé non relu

HM PRISE DE CAEN

vèrent qui sauver se pot, et en ala une route de chevaliers et d'escuiers devers le chastiel, et-ossy de ceulx de la ville. Tous cheuls qui à tamps y porent venir , furent eureulx; car il n'eurent garde.

Les deux contes et neuf chevaliers montèrent à sauvetë en une porte. Sy n'estoient mies là bien aseurés. Il regardèrent un chevalier qui n'avoit que ung oel, nommé raessire Thomas de Hollande, qui entroit avecq sa banière en la ville. Le connestable et le conte de Tancarville le recongneurent ; car il l'avoient veu en Prusse et ailleurs. Sy l'apellèrent en passant et le bûchèrent et lui dirent : « Messire Thomas, messire Thomas, venés avant et parlés (( à nous. Sy nous ostés de che péril et de ches gens qui « nous voellent ochire sans raerchy. » Messire Thomas de Hollandes leva le chief contremont et les recongnut. Sy en ot grant joie, et che fu raison ; car il gaigna là cent mille escus. Sy monta les degrés de la porte. Les deulx contes vinrent contre lui et se rendirent ses prisonniers, et osy firent tous les aultres chevaliers. H les prist moult lieraent et mist bonne garde delés eulx afin que on ne leur fesist nul outraige, et puis passa oultre et brisa, che jour, à che que je oy racompter depuis, la maise voulenté des Englès, en tant que de vioUer puchelles et de ochire femmes et enfans. Sy y eult fait tant de oribles fais et de grans ochisions et de destructions d'églises et de maisons, que che fut grant pité.

Ensy eult le roy d'Engleterre en che voiage la bonne ville de Kern en Normendie, et y fut trois jours, et y concquirent les Englès ung si fier avoir et sy grant que sans nombre, et tout fut envoie à Austrehem et mis en leur navire. Sy le renvoia-on et tout l'avoir devant conquis et toute leur navire en Engleterre par le conte de Hostiton à Yc combatans, et ossy y furent mené tous les prisonniers.

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le connestable et le conte de Tancarville et bien VL» chevaliers et XV riches hommes normans , que de Kern, que de Saint-Lo et de Barfleu, qui depui.-s paièrent grant renchon.

Après la destruction de la ville de Kern et que le roy d'Eugleterre eut ordonné et fait che que dessus dit est, et que il se furent alégiés de leur prisonniers et de leur avoir et rafreschy trois jours en ladite ville et qu'il en eulrent fait leur vollenté, sy se mirent au chemin en trois batailles, puis ne rompirent ces ordonnanches et s'en allèrent par devers Évrues, pour trouver la rivière de Saine et le cras pais, mais point ne tournèrent à Évrues, car elle est trop forte et trop bien fremée mais s'en allèrent vers Louviers, une ville grande et estendue et riche mallement , plus grosse et plus marchande assés que la cité de Evrues. Les Englès, sy trèstost qu'il furent là venus, il le conquirent et entrèrent ens ; car nul n'ala au devant, et sy n'avoit point de deffense. Sy fu pillie, arse et gastée, et y gaignèrent les Englès moult grant avoir, et puis passèrent oultre. Sy entrèrent en le conté de Evrues en che bon cras païs , en aprochant le cité de Roen, mais point n'y tournèrent , anchois s'en allèrent vers Vernon. Sy ardirent la ville, et au chastiel n'y firent riens. Après il ardirent Vernuel et tout le païs d'environ Roen, et allèrent selon la rivière, tant qu'il vinrent au pont à Poissy ; mais il le trouvèrent deffait, mais encore y estoient les estacques et les gistes. Sy séjourna là tant le roy que le pont fut refais bons et fors, pour passer oultre bien et aisément, et passèrent oultre, et se loga le roy en l'abéie de Poissy, et y tint court ouverte le nuit et le jour de Nostre-Dame mi-aoust, et [durant] che séjour que le roy fist, il fist courre son mari-

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chai tout environ le pais, et allèrent bien près de Paris jusques au Bourcq-cle-la-Royne et ardirent Saint-Clo , Saint-Germain-en-Laie et le Monjoie-Saint-Denis, tant que les flamesques en voUoient à Paris et que ceulx de Paris eulrent grant paour, car elle n'estoit point pour che tamps fremée, et encore furent-il plus effraés quant le roy se party de Poissy.

Le roy prist le chemin de Bieauvoisis et entra en Vexin, tondis ardant et exsillant le pais derrière luy. Et ensy que il chevauchoient, messire Godefroy de Harcourt, qui estoit ung des marisaulx, et le prumier toudis sur le païs, pour tant que il savoit tous les passaiges, encontra d'aventure les bourgois d'Amiens et de Bieauvais qui s'en aloient vers le roy de Franche en grant aroy et atout grant carroy, et estoient bien II1"\ Sy les combatirent messire Godefroy et le conte de Warvic, qui estoient compaignons ensamble, et les desconfîrent, et en y eult mort XV^ et pris grant foisou des plus souffisans, et fu conquis tout leur harnas et leur carroy et toutes les ocubes et pavillons, dont le roy d'Engleterre en ot grant joie au soir, et se tint pour bien servi de ces ostieuls que ly dessus dit bourgois menoient en l'ost du roy de Franche ; et estoit le roy d'Engleterre logiet, quant son marisal revint , eu une abëie moult belle et moult riche, que on apelle Saint-Messien, assés près de le chité de Bieauvais.

A l'endemain que le roy s'en fu partys , il regarda derière luy. Sy vit que l'abéie ardoit : sy en fu durement courouchiés ; car à la prière des moines, qui avoient fait grant présent de bons vins, il leur avoit acordé [asseuranche] , et fist pendre vingt de ceulx qui le feu y avoient bouté, et donna encores as moines vingt des plus

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riches personnes qu'il euist de la cité de Bieauvais , en restituant leur damaige : de quoy ces vingt paièrent l'un pour l'autre chascun vingt escus à ceulx de Saint-Messien pour la réfection de leur abéie, et ne se vot oncques le roy quiter de leur foy aultrement , jusques à tant qu'il eurent paiet.

Sy ne se pourent tenir les marisaulx d'Engleterre que il ne allaissent courir devant Bieauvais, mais il le trouvèrent sy forte qu'il s'en partirent sans riens faire, fors tant que il ardirent les fourbous. L'endemain il se partirent et passèrent devant Argies, qui estoit au conte de Blois. Sy abatirent et ardirent le chastiel et toute la ville , et puis vinrent jusques à Pois, où il y a deux bieaux chastieaulx ; mais nuls des signeurs n'i avoit, ue nulle garde , fors deux pucelles à demoiselles , filles au seigneur de Pois, qui tantost euissent esté vioUées, se n'euissent esté deux chevaliers d'Engleterre qui les rescourent. Che furent messire Jehan Campdos et le sire de Basset. Chils les menèrent devers le roy qui les rechut doulchement et les fist mener à sauveté à Corbie. Chelle nuit parlementèrent les bons hommes de Pois et cheulx du chastiel, et se renoonnèrent aux raareschaulx à paier douze cens florins dedens trois jours, parmy tant que la ville et le chastiel estoient respitet d'ardoir, et ossy ramener ceulx seurement en leur ost qui les florins requelleroient. Quant che vint à l'endemain , que tout furent deslogiés, il dirent as Englès qui demorés estoient, que riens n'en pairoient, et les voldrent encore ochire. Ceulx se partirent au plus bellement que il porent , et . vinrent en l'ost, qui jà estoit eslongie deux lieues : sy recordèrent ces nouvelles. Tantost les marisaulx retournèrent atout grant foison de gens d'armes et vinrent derechief à Pois et ochirent grant foison de gens de la

lt)S ARMEMENTS DE PHILIPPE DK VALOIS.

ville, et ardirent la ville et les deux chastieaulx, et puis retournèrent en l'ost qui les atendoit sur les camps. Alors se partirent tousensamble, et vinrent ce jour à Araiunes et là s'arestèrent pour avoir avis lequel chemin il tenroient et où il passeroient la rivière de Somme.

Or voei raconter du roy Phelippes de France , qui estoit à Saint-Denis, et ses gens là environ , et tous les jours ly croissoient gens , et venoient de tous costés tant de l'Empire que des parties de Franche, et sy atendoit le conte de Savoie et messire Lois de Savoie . son frère, qui estoient priés et mandés à milles lanches. Sy se party le roy de Saint-Denis en instance de che que pour trouver le roy d'Engleterre et le combatre où que che fust , et le cuidoit bien atraper entre les rivières de Somme et de Saine ; car trop luy touchoit et desplaisoit la destruction qu'il avoit faite sur son royalme. Sy chevaucha tant le roy de Franche par ses journées qu'il vint à Coppegny à trois lieues près de la chité d'Amiens , et là s'aresta pour atendre ses gens qui venoient de toutes pars et pour aprendre du convenant des Englès.

Or parlerons du roy d'Engleterre, qui estoit arestés à Arainnes, sycomme vous avés oit, et avoit moult bien entendut que le roy de France le siévoit à sy grant peuple que c'estoit mervelles. Sy regardoit et yraaginoit où il pouroit trouver passaige , ne chemin pour passer oultre la rivière de Somme, qui est grande et parfonde. Sy apella ses deus mareschaulx et leur dist : « Chevauchiés « devant et aies taster le passaige où que soit, et nous ^( passerons Somme. Et retournés chy ; vous nous y

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