‹ Œuvres de Froissart; (volume 2)Chapitre 107 sur 307 · EK ANGLETERRE · texte numérisé non relu

EK ANGLETERRE

contes et gens qui valloir povoient, que nuls ne s'escusast, mais venissent hastivement devers Escoche pour contrester et deffendre le pais contre les Escos. Cascun qui oy ces nouvelles, vint du mieulx que il pot ; car honte seroit du laissier, puisque leur dame les en requéroit. A che mandement vint l'archevesque d'Iorch , l'archevesque de Cantorbie , l'évesque nouveaulx de Lincole , l'évesque de Duram , qui nouvellement estoit revenu du siégé de Calais, et amena chascun prélat tout che qu'il pot de gens d'armes et d'archiers et de gens de piet. Là vint messire Édouart de Bailleul, ly sires de Moutbray , le sire de Persy et !e sire de Neufville etpluiseurs aultres chevaliers et esquiers, et tant qu'il furent XIP à cheval et V'" archiers et bien IX'" hommes de piet. Mais, anchois qu'il y fuissent tous venus ensarable , le roy d'Escoche à grant poissance chevaucha devers Rosebourcq et se loga ung soir en la ville ; mais au chastel ne voit-il oncques aprochier , car il estoît trop fort et trop bien garny de bonnes gens d'armes. Sy passa oultre atout son ost et chevaucha devers Northonbrelant , ardant et exsillant tout le païs , hormis les fortresses, et entrèrent ly Escots en la terre du signeur de Persy, et ardirent tout le pais d'environ. Bervich et Urcoi et Persy, et s'en vinrent jusques au Neuf-Castelsur-Thin.

Quant les Englès qui estoient au Neuf-Castiel et là environ , entendirent que ly Escochois aprochoient et que ardoient tout le païs d'environ , sy se retrairent de celle part au lés devers les fumières, et se logèrent tous à plains camps. Ches nouvelles vinrent au roy d'Escoche que les Englès estoient requelliet et assemblé et venu à camps pour luy atendre et corabatre. Sy en fut le roy d'Escoche

moult lies et manda que tantost ses gens se trayssent de celle part ; car il avoit trop grant désir que d'iaulx veoir et les combatre , puisqu'il les veoit en jeu-party. Adont se deslogèrent les Escochois de là où ils estoient logié, sitost qu'ils ouirent ces nouvelles , et il s'en vinrent asés près du Neuf-Castel devant les Englès. Adont se mirent en ordonnance sur un plain camp et ne daignèrent prendre point d'avantaige , tant prisoient pau les Englès.

La bonne royne Phelippe d'Engleterre, qui estoit dedens la ville du Neuf-Castiel , entendy que ly Escos et leur gens estoient l'un devant l'autre. Sy y >si de la ville , et s'en vint devers les chevaliers et prélats qui là estoient, et leur pria et requist qu'il se vuisissent bien deffendre et garder le pais et l'onneur du roy leur seigneur , et cascun ly eut en convent. Sy cherga la bonne royne toute la besoigne et l'onneur de son seigneur à quatre prélats et à quatre chevaliers dessus dit , et cils le emprirent volentiers et dirent qu'ils en feroient leur povoir à l'aide de Dieu et de saint Gorge ; puis s'en retourna la royne dedens la ville et recommanda ses gens en la garde de Dieu.

Les Escochois qui estoient sur les camps assés près des Englès , se ordonnèrent et se rengièrent , et firent quatre batailles. En chacune avoit VI*" hommes, et se mirent tous à piet,et leurchevaulxderière yaulx.Enla prumière bataille estoit le sire de Douglas ; en le seconde le conte de Moret, le conte Patris , le conte de Mare ; en le tierche , le conte d'Orbenay et le conte de Rose ; en le quatriesme le roy David d'Escoche , le conte d'Astreverne , le conte de Fy , le conte de Boskem , le conte de Surlant , l'évesque de Bredane, l'évesque de Saint- Andrieu , messire Robert de Versy , messire Simon Fresiel, et estoient ces deus chevaliers delés le roy et à son frain , et portoit à ce dont le souveraine banière du roy Alexandre de Ramesay , ung

DE NEVILL-CROSS. 251

très-bon et vaillant homme d'armes. Et vous dy que les Escochois estoient bien ordonnés, et avoient mis devant leur bataille ce qu'il avoient d'archiers. Et d'aultre part , les Englès , qui n'estoient pas sy grant nombre , avoient ausy ordonné quatre batailles et mis en chascnne XVc archiers, IIP hommes d'armes et H"" piétons, et avoit chascun prélat et ung banerès le sienne. La prumière bataille gouvernoit l'évesque de Durem et le sire de Persy ; le seconde l'archevesque d'Iorch et le sire de Noefville ; le tierche l'évesque de Nicolle et le sire de Moutbray ; le quatriesme l'archevesque de Cantorbie et le gouverneur de Bervich messire Eduart de Bailleul. Ensy furent ces batailles ordenées l'une contre l'autre , et furent les Escochois les premiers assallans , tant avoient-il grant désir de commenchier la bataille. Lors commenehèrent les archiers d'un ccsté et d'autre à traire ; mais le trait des Escochois ne dura gaires. Là estoient les archiers d'Engleterre ables et légiers qui traioient par avis et de telle manière que grant hideur seroit à le regarder. Sy vous dy que quant les batailles se furent misses et aprochies toutes ensamble , il y eut osy dure besoigne et ossy forte et ossy bien combatue que on avoit veu de grant tamps , et commencha la bataille environ à eure de tierche et dura jusques à haulte nonne. Là y eut mains bieaus fais d'armes et mainte rescouse ; car ces Escochois avoient haches d'achier et bien tranchant, et en donnoient trop bieaus horions. D'aultre part, les Englès se prendoient près de yaulx deifendre pour leur pais garder et pour aquerre la grâce du roy leur seigneur qui pas n'estoit là, [et faisoient tant] que le plus petit valloit bien ung chevalier. Et tant se penèrent li uns contre l'autre, ensy que par envie , que les Englès desconfirent leurs ennemis; mais grandement leur cousta de leurs gens. Toutesfois les Englès obtinrent la plache , et y fut mors

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