‹ Œuvres de Froissart; (volume 2)Chapitre 131 sur 307 · LA PESTE ET LES FLAGELLANTS · texte numérisé non relu

LA PESTE ET LES FLAGELLANTS

espésial le roy et le prinche de Galles, son fils , et le conte d'Erby , et ly aultres l'endemain, Sj firent grantjoieet grant feste , et pooient bien recorder du fait des Espaignos une belle aventure , car il avoient eu une grosse bataille.

En l'an de grâce Nostre-Seigneur mil IIP XLIX vinrent 11 [penant], et descendirent premièrement d'Allemaigne et régnèrent ens es marches de Flandres , de Hainau et de Brabant, et n'entrèrent oncques ou royalme de Franche ; car li Église leur fu contraire , pour tant que il avoient empris ceste cose à faire sans l'asent de leurs prélas et de leurs curés, et ne régnèrent point longe ment , et faisoient leur pénitanche publiquement ens es plaches et ens es halles , et se batoient sur leur char nue d'escorgies de cuir à neus de cuir à pointes de fer , tant qu'il se desciroient tout. Et pour che que en publique il faisoient leur pénitanche, on leur ala au devant, car che n'estoit mie cose seue, neappuiée, ne soustenue de l'Eglise, et furent tout ly prestre et ly clers qui en leur compaignie estoient, escumeniés.

En che tamps vinrent grandes mortalités par universe monde, et dist-on que il morut bien le tierche partie du monde, et de une maladie que on dist inpédimie, qui ossy depuis a régné par le monde.

En che tamps furent les Juis [pris et ars] par tout le monde , là où on les pooit tenir, ne avoir, excepté desous le pape, mais là n'eurent-il garde ; car l'Église ne treuve mies que on les deuist mettre à mort, pour tant que il seroient saulvés, se il se volloient retourner à no foy.

En ce tamps, l'an de grâce mil III,. et L, trespassa de

AVÉÎSEMENT DU ROI JRAN. Î275

che siècle le roy Phelippes de France, et fu couronné à Rains le duc de Norraendie, sonaysné fils, et l'appella-on le roy Jehan. Tantost après son couronnement, fist le roy délivrer ses deux cousins germains, que le roy ses pères avoit toudis tenus en prison, les enfans messire Robert d'Artois, Jehan et Charles, cousins germain ossy as enfans de Haynau, as enfans de Blois et as enfans de Namur, et en avoit ledit roy Jehan, du tamps qu'il estoit duc de Normendie , pluiseurs fois prietau roy son père, mais il n'en povoit finer , de quoy, osy tost qu'il fut roy, il les délivra et les retint dalés luy, et moult, tant qu'il vesquy, les ama et honnoura. Sy remua le roy Jehan officiers par son royalme, et fist son connestable d'un gentil chevalier que durement il amoit, avoecq ce qu'il avoit esté nory d'enfanche [avoecq luy], et l'apelloit-on messire Lois d'Espaigne, qui tant avoit esté bons chevalier en Bretaigne.

Assés tost après son couronnement, il s'en ala par devers le pape Clément VI, qui le rechut à grant joie , et osy firent tous les cardinaulx, et demora environ six sepmaines en Avignon et delés le pape et le saint collège. Après il s'en party et s'en ala devers Monpellier , et là séjourna ne say quant jours, puis ala à Bésiers,puis à Nerbonne, puis à Carquasonne, puis à la bonne cité de Toulouse , puis visseta ensy ses villes et ses chastieaulx, et mist en pluisieurs lieux nouveaulx sénescaulx, baillieus, castelayns , gouverneurs et gardyens de païs. Sy s'en revint par Roerge, par Lymosin et par le païs de Brie et de là arière en Franche.

En ceste mesme année , le roy Jehan envoia ses deux marisaulx monsigneur Edouart, signeur de Bieaugeu, et monseigneur Guy de Nelleet grant foison de bons chevaliers

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