‹ Œuvres de Froissart; (volume 2)Chapitre 132 sur 307 · LES FRANÇAIS ASSIÈGENT · texte numérisé non relu

LES FRANÇAIS ASSIÈGENT

de Franche et de Poitou et de Saintonge par devant Saint-Jehan-d'Angély , liquel signeurs y mirent le siège sy puissant, et l'environnèrent de tous costé, et sy le constraindirent qu'il ne leur povoit venir nul vivres , ne prouvéanches nulles, dont chil dedens estoient tout esbahis et s'avisèrent qu'il envoiroient chertains messagiers par devers le roy englès en cause de confort et d'aide, affin qu'il venissent lever le siège. Sy y envolèrent, au plus tost qu'il porrent, lettres et messaigiers bien certains, que le roy d'Engleterre recongneut bien, quant il les vit, par les vraies ensaignes qu'il aportèrent.

Quant le roy englès entendy les messaigiers qui estoient venus au secours pour le ville de Saint-Jehan-d'Angély , qui estoit ensy aségie des Franchois , sy dist qu'il le feroit voUentiers à leur requeste. Sy commanda et pria à monseigneur Jehan de Bieaucamp et à pluiseurs aultres , bons chevaliers , èsquels il se fioit , qu'il en allaissent tantost par mer viers le chité de Bourdieaulx, et leur donna certaines ensaignes et pryères au seigneur de Labreth et au seigneur de Lespare , au seigneur de Pumiers et pluiseurs aultres chevaliers et escuiers ses bons amis qu'il se volsissent aparillier et diligenter , par quoy la ville de Saint- Jehan fust dességie ou renouvelée de vitaille. Messire Jehan de Bieaucamp et ses compaignons firent tant que il vinrent à Bourdieaulx , et firent leur messaige sy bien que chil seigneurs respondirent qu'il le feroient vollentiers à leur povoir pour l'amour du roy leur seigneur. Sy se aparillèrent au plus tost qu'il pourent , et firent tant qu'ils orent Y" lanches et XV archiers et III"" bidaus à piet , et assamblèrent grant foison de blés , de vins , de biestes , de char sallée et d'aultres prouvéanches pour mener dedens la ville de Saint-Jehan par forche , se il povoient , ou combatre as seigneurs de Franche, qui estoient devant.

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Puis se mirent ù chemin et firent tant par leur esploit qu'ils vinrent à une journée près de Saint-Jehan , pour acomplir leur entente. Chil signeurs qui séoient devant la ville , en oïrent nouvelles. Sy s'acordèrent à chou que le sire de Bieaugeu demourroit au siège tout cois atout le moitié de l'ost , et messire Guy de Nielle , marisaulx de Franche , messire Renault de Pois , ung vaillant chevalier , messire Guichart d'Angle , le sire de Partenay , le sire de Mateliu et pluiseurs aultres grant barons et chevaliers qui là estoient , atout l'autre moitié de l'ost, iroient garder le pont de la forte rivière de Quarente, par lequel pont il convenoit ces Englès passer, s'il volloient venir en la ville de Saint-Jehan , et se n'y avoit que cinq lieues. Sy se partirent par nuit de leur bastille et s'en vinrent au pont o point du jour et se logèrent là devant.

Environ à heure de tierche ches seigneurs de Gascongne et d'Engleterre vinrent sur ladite rivière. Sy furent tous esbahis, quant il virent ches seigneurs de Franche rengiés sur le pont. Il perchurent bien qu'ils estoient décheu , car il savoient bien qu'il ne povoient par ailleurs passer la rivière , et s'il se metoient à passer le pont par forche , ils l'aroient perdu d'avantaige , car otant voldroient soixante hommes au delà le pont , sicomme il disoient, par deviers les Franchois , comme feroient dix mille de leur costé. Sy se consillèrent longement sur che point , car envis se retourneroient , et envis se perdoient d'avantaige. En le fin il s'acordèrent que leur point estoit de retourner. Sy firent tout leur charoy retraire arière , et se retrairent ossy bellement qu'il pourent.

Quant ces signeurs de Franche veirent leur contenanche , il dirent que ces Englès ne s'en yroient mie ensy ,

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