COMBAT DE TAILLEBOURG
ains aroient de leur vitaille , se il povoient. Sy rapassèrent le pont appertement, criant en hault après yaulx, chascun se targe o col. Quant ces seigneurs gascons et englès virent leur contenanche , ils dirent que ils ne demandoient pas mieulx. Sy se retournèrent et asamblèrent à yaulx moult liardiement. Là eult moult dure asamblée , et pluiseurs desmontés d'une part et d'aultre , et y eult moult dure bataille , caf estoient tous bons chevaliers et gens d'armes d'eslite. Sy se prindrent chascuns près de garder leur honneur, et n'estoient pas gens pour tost estre desconfîs , ne d'ung costé , ne d'aultre , puisqu'il estoient per à per et main à main. Sy puelt chascun bien savoir que il y eult pluiseurs belles rescouses et maintes hardies appertises d'armes faites che jour ; mais au darain les Franchôis en eurent le pieur et furent desconfis , et en y eult grand foison de mors et de navrés. Et sachiés que les Gascons, ne les Englès ne le gaygnèrent pas d'avantaige , ains y perdirent grant foison de bonnes gens qui demorèrent mors en la plache ; mais ils détinrent le camp et prirent le marescal du roy monseigneur Gui de Nelle , monsigneur Guichart d'Angle , che bon chevalier , monsigneur Renault de Pons , le seigneur de Partenay , monsigneur Boucliicau , monseigneur Ernoul d'Audrehem, le sire de Matelin et pluiseurs bons chevaliers de Poitou , de Saintonge , et ossy de Vermendois et de Franche , qui estoient là aies avec le mariscal , tant qu'il eurent bien soixante bons prisonniers, et se logèrent celle nuit en celle plache. Bien le sceut le sire de Bieaugeu , mais il n'osoit laissier le siège que cil de Saint-Jehan ne se ravitaillaissent ; et l'endemain les Gascons et les Englès se partirent et enmenèrent leurs prisonniers et leur prouvéanche devers Bourdieaulx ; car il virent bien qu'il ne pouroient mettre [leur vitaille] dedans la ville de Saint-Jehan , puisque les
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Franchois avoient le pont par devers yaulx, et quant il furen t revenus à Bourdiaus , il départirent leur butin et leurs prisonniers. Sy enmenèrent les Englès les leurs en Engleterre , et les Gascons les leurs ; sy les mirent à ranchon depuis à leur plaisir.
Ces nouvelles vinrent au roy de France comment ses bons chevaliers avoient esté pris en combatant les Englès. Sy en fu durement courouchiés et dist que jamais il n'entendroit à aultre chose, sy aroit esté devant Saint-Jehand'Angélier et conquis la ville. Sy fist son mandement en pluiseurs lieux et assembla grant foison de bonnes gens, et se mist au chemin par devers Poitou. Endementiers qu'il faisoient che chemin et qu'il se hastoient che qu'il povoient, chil qui estoient dedens la ville de Saint-Jehan (ly bourgois et chil qui le gardoient de par le roy d'Engleterre) , virent bien qu'il ne pouroient estre renouvelle de vi taille, et que leur pourvéance estoit près falie. Sy commenchèrent à traitier de accord à cheaulx de dehors. Tant en fut traitiet, que une trièves furent acordées de quinze jours par telle manière que cil de la ville ne se dévoient de riens enforcier, ne de vivres, ne d'aultrea choses , et povoient envoier à Bourdieaulx là où bon leur sambloit pour yaulx alégier du siège ; et, se reconfortés n'estoient du roy englès ou de personne de par luy pour lever le siège, [estoient d'accord] de leur rendre au seizième jour la ville, sauf [leurs] corps et leurs biens, en la main des Franchois.
Or vint le roy en l'ost en ces quinze jours, et amena bien X" combatans. Quant les bourgois de la ville le seurent, il eurent doubte que le roy ne rompesist les trièves. Sy en vint grant foison par devant et luy prièrent qu'il ne volsist point ces trièves enfraindre, car il estoient désirant d'entre-