‹ Œuvres de Froissart; (volume 2)Chapitre 135 sur 307 · EST ENVOYÉ A SAINT-OMER · texte numérisé non relu

EST ENVOYÉ A SAINT-OMER

quérir leur aventures , et chil de Calais aloieut ung aultre jour. Ensy aloient-il de l'un à l'autre et toudis le comparoient les povres gens.

En ceste meisme année que le siège fut devant Saint- Jehan-d'Angélier, avint en Bretaigne ung moult mervilleus fait d'armes , que on ne doit point oublier , mais le doit-on mettre en avant pour tous bachelers mettre en coraige. Et afin que vous le puissiés mieulx entendre, vous devés savoir que toudis estoient guerres entre les parties des deux dames , comment que Charles de Blois fust prisonniers , et se guerrioient les parties de ces deux dames par garnisons qui se tenoient ens es fortresches et es villes de une partie et d'autre. Sy convint ung jour que messire Robert de Bieaumanoir , vaillant chevalier et du plus grant linaige de Bretaigne , estoit chastelain de Chastiel-Josselin , et avoit avec luy grant foison de gens d'armes de son linage et d'aultres saudoyers. Sy s'en vint par devant le ville et le chastel de Ploremiel , dont il avoit chastelain ung saudoyer de Allemaigne, qui on nomoit Brandebourck, et avoit avecque luy grant foison de sauldoyers d'Allemagne et englès et bretons et d'aultre païs , et estoient de le partie de la contasse de Monfort. Quant le dit messire Robert vit que nuls de la garnison n'issoient hors , il s'en vint à le porte, et fist appieller cheluy Brandebourck sus aseuranche et ly demanda se il n'avoit laiens nul corapaignons , deux ou trois, qui voulsissent jouster de fer de lanches encontre aultres trois , pour l'amour de leur dames , et Brandebourck luy respondy et dist que leurs amies ne volroient mie qu'il se fesissent tuer sy meschaument que d'une seulle jouste , car c'est une aventure de fortune trop tost passée. Sy en aquiert-on plus tost le non d'outraige et de folie que

le non d'onneur et de pris : « Mais je vous diray que nous « ferons , se il vous plaist. Vous prenderés vingt ou trente « de vos compaignons de vostre garnison , et jou en pren- « derai autant de la nostre. Sy alons en ung bieau camp « là où nul ne nous puist enpescher , ne destourber , et « commandons sur le hart à nos aultres compaignons , « d'une part et d'aultre , et à tous chiaulx qui nous regar- « deront, que nuls ne faiche à personne [des] combatans « confort , ne aide. » — « Par ma foy , dist mes sire « Robert , je m'y acorde ; vous parlés vaillaument. Or « soyés vous trente , et nous serons trente , et le créante « ensy par ma foy. » — « Ossy le créante-jou , Brande- « bourck , car là acquerra plus d'onneur qui bien s'y « maintenra, que à une jouste. » Ensy fut celle besoigne affermée et créantée, et journée acordée à merkedy après , qui devoit estre le quatrième jour après l'emprise. Ce terme pendant , cascune partie eslisy les siens trente ensy qu'il leur pleust , et chascun des soixante se prouvirent d'armes ensy qu'il leur pleust.

Quant le jour fut venus, li trente compaignons de Brandebourck oïrent messe, et puis se firent armer et s'en alèrent en la plache où la bataille devoit estre, et dessendirent tout à piet, et commandèrent à tous cheulx qui là estoient, que nuls ne fust si hardis qu'il s'entremesist de yaulx aydier pour cose, ne pour mesquief que il veissent , et ensy firent les trente compaignons monseigneur Robert de Biaumanoir. Chil trente compaignons que nous apellerons Englès en ceste besoigne, attendirent longement les aultres que nous appelons Franchois. Quant les trente Franchois furent venus , il dessendirent à piet, et firent adont le commandement dessus dit. Aulcun dient que cinq Franchois demorèrent à cheval à l'entrée de la plache, et les vingt-cinq dessendirent à piet , sycomme les Englès

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