‹ Œuvres de Froissart; (volume 2)Chapitre 154 sur 307 · DAWS LE LANGUEDOC · texte numérisé non relu

DAWS LE LANGUEDOC

Galles et rafresqui, et toute son ost, par l'espasse de quatre jours, et aloient à le fois escarmuchier à ceulx de la chité ; mais il n'y faisoient riens que eulx travillier.

Au quatrisme jour se party le prinche, et toute son ost, et passèrent le rivière d'Aude, Sy fu au département du prinche la grosse ville de Carquasonne sy nettement arse qu'il n'y demoura oncques loge , ni maison. S'en y avoit plus de VU"", et chevauchèrent Englès et Gascons par devers Tèbres, une ville assës forte. Sy se logèrent sur une rivière qui là keurt, et l'endemain il assallirent Tèbres. Sy le prirent et le pillèrent et l'ardirent toutte ; et puis alèrent devers Kabestain, qui siet à deux lieues de Nerbonne et à deus de Bésiers , et est une moult riche ville, et y fait-on le sel, de quoy tout le païs de environ vit. Sy chevauchèrent tant que il vinrent devant Kabestain. Quant chil de Kabestain veirent les Englès et les Gascons venir, sy furent tous efFraés ; car il sentoient leur ville plaine et drue et remplie de grant avoir. Sy se consillèrent entre yaulx et envolèrent devers le sire de Labreth parlementer que il peuissent traitier au prinche. Et traitiet se fist que cheulx de Kabestain paieroient dedens cinq jours au prinche ou à cheulx qu'il y commettroit pour le recbevoir vingt-cinq mille moutons. Parmy tant il furent respité d'assallir et d'ardoir. Or prist le prinche trop simplement les convenanches , sycomme vous orés chyaprès, et ne demanda nuls plaiges, pour che qu'il veoit que la ville de Kabestain n'estoit point forte à parler, et qu'il en avoit pris de plus fortes assës en son voiaige. Sy passa oultre, et alèrent ses coureurs jusques à Bésiers et jusques à Saint-Thibéri, et point ne passèrent la rivière de delà , et prist son chemin devers Nerbonne.

Adont estoit le connestable de Franche messire Jaques de Bourbon venu à Monpellier , à grant foison de gens

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d'armes , et encores y en venoit-il tous les jours, et atendoit le conte d'Erminach , le conte de Coraminges, le conte de Pierregort, le conte de Laille, le vicecomte de Quarmain et grant foison de bons chevaliers de Gascongne, de Roherge, d'Agen et de Toulouse, qui [se] estoient mis as camps. Sy entendy ledit connestable , entreus qu'il estoit à Monpellier, que ly bourgois de Kabestain s'estoient racheté devers le prinche, mais ils n'avoient encore point payet les deniers. Sy s'aresta ledit connestable sur che, et dist à l'Archeprestre : « Prendés jusques à V combatans « et en aies à Kabestain, et aydiés à conforter le ville ; et « se ly Englès y reviennent, sy le tenés contre yaulx , et « je vous conforteray comment qu'il soit. » Adont se party l'Archeprestre et grant foison de bons chevaliers et escuiers avecques luy, du païs d'Auvergne et de Limosin, et se vinrent mettre en la ville de Kabestain, et fist tantost les hommes de la ville entendre à yaulx fortefier et faire grans fossés et parfons, et y ouverèrent nuit et jour plus de IIII'" hommes comme à fossés et as portes et as garites, et moult le renforchèrent. De tout che ne savoit riens le prinche qui se tenoit au bourcq de Nerbonne, et faisoit la chité de Nerbonne moult fort assallir, et séjournoit là en atendant son paiement ; mais il estoit mal aparliés.

A Narbonne a chité bien fremée et une grosse ville pardesous, qui n'estoit adont trop bien fremée, quant le prinche y vint premièrement : sy le conquistrent les Englès d'assault, et ochirent grant foison de bidaus qui le gardoient, puis se logèrent tous ens, car le bourc estoit assés grant pour yaulx rafresquir. Par dedens la chité de Nerbonne estoient adont le conte Aimery de Nerbonne et messire Engastons ses frères et ung de leurs oncles, bon chevalier, et grant foison de bonnes gens d'armes, que ledit conte y avoit retrait et pris pour garder sa chité. Si fu

l)Ai>S LE LAiXGDËUUC.

ledit priuche logietauditbourccinqjours tous plains, et ne fut oncques jour que on ne assalesist la cité par cinq ou par six assauls, et là sur les murs de la cité a une moult belle église de Saint-Juste où \y canonnes se tiennent, qui estoit bien bretesquie et forte et où il y eult pluiseurs assauls. Et vous dy pour vérité que, se le conte de Nerbonne et les bons chevaliers et escuiers qui dedens estoient, n'euissent esté, la chité euist estre conquise sans remède, mais les bons chevalliers le gardèrent de tout péril. Quant che vint au sixièmejour, le prinche demanda à son consail se on n'avoit oyt nulles nouvelles de cheulx de Gabestain. On ly respondy quenanil. De che fut leprinche tous esmervilliés. Adont fistil partir Faucon le hirault, et luy dist qu'il chevauchast jusques à là et demandast à chiaulx de Gabestain pourquoy il avoient fally as convenenches et qu'il marchandoient de eulx faire tous ochire et exillier. Le hirault se party et chevaucha tant qu'il vint à Gabestain. Sy trouva comment chil de le ville estoient fortefîé de grans fossés et parfons et de bons pallis. Sy fist son messaige à cheaulx qu'il trouva à le barrière. Il luy respondirent tout proratement que au prinche n'avoit que faire de séjourner pour che ens ou païs, car d'argent n'aroit-il point. Ghe fut toute le response qu'il firent et qu'il raporta arière à son maistre. Quant le prinche entendy che, sy fut moult courouchiés et fist moult tost partir ses marescaulx atout V hommes d'armes et III™ archiers, et leur dist qu'il mesissent Gabestain en fu et en flame et sans déport et toutes ses gens à l'espée sans merchy, et tant chevauchèrent les gens du prinche qu'il vinrent devant Gabestain. Sy le trouvèrent trop renforchie et bien garnie de bonnes gens d'armes et d'artillerie, qui commenchèrent fort à traire contre les Englès, quant il les virent aprochier et abrochier leurs chevauls. Adont se retirèrent ung pou arière les deus mari-

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sauls englès qui là estoient, et le sires de Labreth, et firent retraire leur gens. Sy avisèrent et ymaginèrent le forche de chiaulx de Cabestain et le foison de gens d'armes qui dedens estoient; sy dirent bien entreaulx, tout considéret, que à l'asallir on pouroit plus perdre que gaignier. Il s'en partirent et s'en retournèrent à Nerbonne devers le prinche, et ly recordèrent tout che que il avoient veu et trouvé, et adont se tint le prinche pour dêcheus de chiaulx de Cabestain, et demanda consail à ses chevaliers quelle chose il en feroit, se il chevaucheroit plus avant ou pais et se il lairoit Nerbonne ; car à assallir le chité ne poroit gaire conquerre, car trop estoit forte et bien gardée. Sy fut dit et conseilliet pour le milleur et plus honnourable à l'avis des plus saiges que il se retrairoient tout bellement et saigement ; car pour celle saison il avoient assés avant chevauchiet ens ou païs, et sy estoient chergiet durement de grant avoir qu'il avoient conquist, tant que cars et sommiers en estoient chergiet, et ossy de bons prisonniers, dont il en orent grant raenchon. Sy faisoit bon tout che mettre en garde et à sauveté. D'aultre part, il avoient entendu que le connestable de Franche, le conte de Forés, le conte d'Erminac et tous les barons et chevaliers du païs s'asambloient. Sy pouroient bien tant demorer qu'à leur retour le chemin leur seroit estroit et que chil seigneur de Franche dessus nommés leur torroient leur passaige de le Géronde par où il leur convenoit passer, syques, tout pourposet et considéret, le prinche regarda que on le consilloit loyaumeut. Sy fist ung jour crier et assavoir en son ost que tout fut tourset et chergiet, car au matin il volloit partir.

Celle nuit entendirent toutes manières de gens à yaulx ordonner et apparlier selonc le cry du prinche, et se deslogèrent au matin, dont chils de Nerbonne furent moult

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joieulx ; car il avoient esté six jours en grant esmay. Sy chevauchèrent les Englès dcA'ers une bonne ville, que on clame Limous, où on fait les pinnes, ung aultre chemin qu'il n'estoient point venus devers Toulouse. Quant il furent venus devers Limous et qu'il furent jusques à là, sy trou-» vèrent ladite ville de Limous bien garnie et bien pourveue selonc l'usaige du païs. Pour che ne demora mie que il ne l'assallisent fièrement, et chil qui dedens estoient, se deffendirent che qu'il porent selonc leur povoir, et se tinrent du matin jusques à heure de viespres, mais finablement elle fut prise et toute robée et gastée sans déport, et y gaignèrent les Englès et ly Gascons moult grant avoir et pluiseurs bons prisonniers.

Che mesmes jour vinrent ly conte d'Erminac, le conte de Pieregoth, le conte de Laille, le conte de Coraminges, le vicecomte de Quarmaing, le conte de Villemur, le viesconte de Thalar, le viescomte de Murendon, le sire de Labarde et pluiseurs aultres grans seigneurs de Gascongne en l'ost de monsigneur Jaques de Bourbon, connestable de Franche, qui estoit venus à Bésiers atout son grant ost. Quant tout ces contes furent asamblé, il furent grant gens yaulx bien XXX™ qu'uns, que aultres, et eurent consail qu'il yroient au devant des Englès et les encloroient entre le Géronde et les montaignes de Roherge. Sy se mirent tous à camps à grant esploit et vinrent l'endemain à Cabestain, et les Englès se partirent de la ville de Limous che meismes jour et s'en vinrent à Montazal où il avoit assés bonne ville et forte, mais pour che qu'elle séoit en leur chemin, il ne le voilèrent pas espargnier. Sy l'asallirent et prirent par forche et le pillèrent toute et s'y logèrent le jour et le nuit, et là seurent-il par les prisonniers qu'il prirent, que le connestable de Franche et le conte d'Erminac et tout grant puissanche les siévoient à grant puissan-

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