GUERRE CONTRE LES ÉCOSSAIS
Quant le roy d'Engleterre et asamblé tout ses gens, et il entendy que les Escochois ardoient bien près de là et estoient entré en la terre de Northonbrelant et avoient passé la rivière de Thin au desseure du Noef-Chastel , sy se party de Ewruich et laissa là madame sa mère , et se mist au chemin pour trouver les Escochois. Et avoit bien en sa routte huit mille hommes d'armes et vingt mille archiers et bien trente mille d'autre gens commune , et chevauchèrent si avant que ung jour au matin il perchurent les fumières que les Escocois faisoient en son pays , dont il furent moult courouchiés. Tantost lymarescault ordonnèrent leur gens et firent trois batailles bien et faitichement, ensy que pour tantost combatre , et cheminèrent toute jour en cheluy estât à l'adrèche pour trouver les Escochois ; mais nuls n'en trouvoient , et se veoient devant les fus , mais il n'y pooient venir pour la cause des montaignes. Sy se logèrent sur une petite rivière de bon heure, et orent consail comment ils se pourroient maintenir. Sy fu ensy dit et ordonné que à heure de minuit on se partesist de là et laissast chascun son charoy et tout son harnas horsmys armeures, et presist et toursast chascun un pain derièreluy à guise de braconnier ; et que, se on volloit bien esploitier, on trouveroit les Escochois au matin, et seroient désavanchiet à ung passaige où il convenoit que il rapassaisent le rivière de Thin. Sy fu ensy fait que ordonné fu , et se partirent à heure de minuit toute gens d'armes et archiers à piet et à cheval , en siévant les banières du marisal, qui chevauçoient devant , ne nuls ne les osoit fourpasser. Sy cheminèrent toute celle nuit parmy vauls et parmy roches et montaignes et parmy mares plus de vingt-deux lieues englesses, et eurent moult de mesquief. Toutesfois à soleil levant , il furent tout à chepas sur ceste rivière de Thin, où ils cuidoient que les Escochois deuissent rapasser ; mais il
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estoient plus loings de eulx que il n'estoient l'autre jour. Sy pleut che jour routièreraent jusques à heure de nonne que le rivière se rengrossa tellement que, se il volsissent rapasser, il ne peuissent, et se n'avoient que mengier , ne feure, ne avaine pour leur chevaus qui ne mengèrent fors que jenestre et bruyères, et n'avoient de quoy faire feu , et sy ne savoient où ils estoient. Lors commenchèrent les aulcuns à murmurer sur le consail du roy et à parler villainement, et disoient que le roy estoit trahis et mal consilliés , quant on menoit tel peuple ensy , et que là seroient tout affamé et perdu. Adont fut avisé que on envoyroit chevaucheurs avant et arière pour savoir là où il pouroient estre ; car il n'y avoit nul qui le seuist justement. Adont se partirent de l'ost aucuns escuiers par le commandement du roy , qui chevauchèrent tant que il trouvèrent bosquillons qui ouvroient ens ou bois, qui leur dirent le vérité dou pays leur il estoient , et que il pooit avoir de le plus prochaine ville, que on distleNoef-Castiel-sur-Thin, quinze lieues englesses et jusques à Carduel vingt-cinq , qui sist en la terre de Galles. Che rapport rapportèrent chil qui y furent envoyet de l'ost. Adont furent envoyet gens en ces deus villes, et lànonchié de par le roy que qui pourvéanches aporteroit en l'ost, on lepairoit moultbien. Adont leur vinrent prouvanches du Noef-Castel sur petits chevaux, mules ou sommiers , pain mal cuit et vin petis en baril, et sy coustoit le denier quatre : encores tout eureus qui en povoit avoir. Telle estoit le intention du roy et de son consail que de là il ne partiroient jusques à tant que il aroient chertaines nouvelles des Escochois , et que les dis Escochois ne povoient pas ailleurs rapasser le rivière, fors que par che passaige. Les Escochois d'autre part quêroientles Englès et les atendoient sur ung autre passaige, et riens ne savoit ly uns de l'autre. En cel estât furent dix-huit jours. Sy vous dy que les
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Englès eurent moult de disettes et de pouvretë ; car toudis nuit et jour il gisoient en leur armures, et faisoient les Haynuers deus gaits, l'un pour les Escochois, et l'autre pour les archiers de Lincholle , que il doubtoient plus que les Escochois. Quant on ot esté certain temps devant che passaige et.que on se comiiiença à tanner et à bonne cause, car trop y avoient de pouvreté, il fut dit de par le roy que s'il y avoit là aucun escuier qui se volsist avanchier et tant travillier de raporter certaines nouvelles des Escochois, le roy le feroit prestement chevalier et luy donroit cent livres d'estrelin de revenue. Adont montèrent à cheval pluiseurs escuiers qui désiroient à avoir che proufïit et honneur , et se mirent en enqueste. Dont il avint à uug escuier englès , qui s'apelloit 'J'homelin Housagre , que il chevaucha sy avant que d'aventure il s'enbaty entre les Escochois qui estoient logiet sur une montaigne à sept petites lieues pries des Englès, et riens n'en savoieut. Sy fut pris l'escuyers et amené devant messire Guillame de Douglas et le conte de Mouret, chiefs et meneurs des gens d'armes ; car le roy d'Escoche n'y estoit mye présens. Quant les seigneurs et les barons d'Escoche virent l'escuier englès devant yaulx, il luy demandèrent dont il venoit et quelle cose il quéroit. Et il leur dist tout la vérité et comment le roy d'Engleterre et ses gens les avoient quis et demandé jà le terme de vingt jours. Dont dist messires Guillame de Douglas, qui ot grantjoie de ces nouvelles : « Chertés, compains, « puisque vous estes venus jusques à chy pour chelle « cause , nous vous quiterons vostre prison ; car nous vol- « Ions que vous soies chevalier et que vous gaigniés cent « livres de tierre à l'estrelin, et se dires ensyau roy etàvos « seigneurs que, se il nous quièrent et ont quis,etnous les « quérons, et que droit chy il viengnent, et il nous trouve- « ront. » L'escuier fut moult joïeus de cesteresponse, et leur
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dist : « Signeur, grant merchy , et je le diray au roy et as « barons par delà. » Adont se party d'eulx et chevaucha tant que il vint en l'ost devers le roy d'Engleterre ; et là vinrent toutly barons pour oïr nouvelles, « Sire, dist l'es- « cuierauroy, je ay veut et trouvé lesEscos et parlé à iaus, (( et sont bienlogiet sur une montaigne à sept petites lieues de « chy, et vous ont quis et là atendu ung grant temps , et (( vous désirent à trouver otant bien que vous faites eulx, et « demain au matin je vous menray à celle part , et les vous « monstreray, se il vous plaist; carildient que il vous aten- « deront. » De ces nouvelles fut le roy et tout les barons qui là estoient, resjoys ; car il leur sembloit bien que il aroient fin de leur queste et dou travail où il avoient esté. Adont fist le roy l'escuier chevalier et lui tint son convenent et ly assigna ses cent livres de revenue là où il les volt avoir ; et se desloga tantost le roy de là , et tout l'ost , et s'en vinrent le droite voie, ensy que le nouvel chevalier les menoit devers les Escochois , et se logèrent à heure de vespres en ung biau camp plain de bled qui trop bien vint à point à leurs chevaulx; car il estoient magres et foullés et mal ostelés. Sy passèrent la nuit au mieulx qu'il peurent, et entendirent à mettre leur armures à point, ensy que ceulx qui se cuidoient bien à l'endemain combattre.
Quant che vint au point du jour, le jovène roy oit messe et se acommunia , et furent dites pluiseurs messes en l'ost, et s'acumenièrent cheulx qui veurent, et puis dînèrent de ce qu'il eurent , et chevauchèrent en trois batailles bien ordonnéement devers les Escochois, et alèrent tout le pas jusque environ heure de prime. Ils vinrent en ung beau prêt sur une petite rivière, et les Escochois estoient d'autre part sur une montaigne ronde et ague de tous lés, excepté du costé par où les Escochois estoient montés. Ossy trestost que il aperchurent les Englès venir, il s'ordonnèrent ensy