LES ANGLAIS ET LES FRAN«;AIS
mur, et tout se racordèrent en le conté de Blois. Sy fu le roy en la ville de Blois trois jours eu souratendant ses gens qui luy venoient de tout païs, et là passa le roy la Loire , et vint che jour gésir à Amboise, et l'endemain à Loches, et le tierch jour à le Haye en Tourainne, et là passa la rivière de Cruesse et chevaucha à Chauvegni ; car il entendoit que les Englès tenoient le chemin de Poitiers. Sy ne les volloit nullement perdre, que il ne fuissent combatu, comment qu'il fust. Sy avoit le roy en son armée XX™ hommes d'armes, que chevaliers, que escuiers, en sy grant arroy que sans nombre.
Or avint que ung venredy au matin le roy et ses quatre fils et leur routes passèrent le rivière de Cruesse à Chauvegni et y mirent tout le jour à passer. Sy demorèrent en la ville le visconte de Bruse, raessire Raoul de Couchy, le sire de Chastillon et le plus grant partie de leur gens. Le samedy ou matin, il se partirent et passèrent la rivière et se mirent en le route en poursievant le roy qui estoit bien quatre lieues devant yaulx.
Che samedy estoit le prinche de Galles levés moult matin, et tout ly Englès, et chevauchèrent devers Poitiers, et ne savoient encore nulles nouvelles du roy de Franche que fust devant yaulx. Sy envoia pour courir et descouvrir les embusques ledit prinches monsigneur Ustasse d'Aubrechicourt, appers chevalier durement, et XX lanches en se route tant seullement. Ledit raessire Ustasse d'Aubrechicourt, appert chevalier durement, qui envoiet estoit en tel affaire, chevaucha dont sy avant que d'aventure au dehors du bois il trouva les dessus dis seigneurs de Franche qui chevauchoient banières déployées et en bon arroy. Sy congneut tantost qu'il estoient franchois et qu'il n'estoit mie à
SOKT EN PRESENCE.
parchon contre yaulx ; car il estoient bien IIP combatans. Sy se fîst le dit messire Ustache cachier, adfin que ches gens d'armes venissent en cachant jusques à le bataille du prinche. Dont se descouvrirent aulcuns chevaliers de Franche, tels que le conte de Jony, le sire de Castillon et messire Raouls de Couchy, et commenchèrent à chachier. Tantost furent ly Franchois parvenu jusques à là, et ne peurent reculler et se férirent ens es Englès, mais il furent en peu d'eure tout desconfis, et se fisl prendre messire Raouls de Couchy desous la banière du prince, et tout ly aultres furent pris, et ly uns avant et l'autre arière (oncques n'en escapa piet), par lesquels le prinche seut que le roy et sa poissanche estoient devant yaulx et non derière.
Quant le prinche de Galles eut entendu par ches chevaliers de Franche que le roy de Franche estoit près à toute sa puissanche devant yaulx en leur chemin et que nullement il ne povoient passer senon parmy yaulx, sy fu plus pensis que devant et manda son consail. Sy dist et fu consilliet que il chevauchaissent avant au nom de Dieu et de saint Jorge par devers la chité de Poitiers, et se logèrent che samedy de haulte heure pour mieulx aviser le païs et le plache où il se pouroient combatre. Sy chevauchèrent tout ensamble moult serré, et envolèrent leurs coureurs pour courir devant pour raporter certaines nouvelles des Franchois, lesquels coureulx allèrent sy avant qu'il se férirent en le keue des Franchois qui commenchoiént [à] entrer à Poitiers et s'y dévoient logier pour celle nuit. Si tost qu'il entendirent le haro, il seurent que c'estoient Englès qui poursiévy les avoient. Sy retournèrent tous à ung fais, et commanda le roy de Franche à retourner toutes manières de gens et se logier sur les camps environ une grosse lieue de Poitiers, et le prinche de Galles et ses gens estoient logiet très l'eure de midy entre