QUERELLES DES PARISIENS
péril, et dist à chiaulx de Paris pour yauls apaisier que il les feroient venir à merchy et à amender tout che qu'il avoient raesfait. Parmy tant, le commun de Paris se souffrirent et râlèrent en leur maisons. Quant che vint la nuit, le dit prouvost des marchans fit ouvrir et desfrumer les portes et les tours où ches Englès estoient, et [ches] Navarrois, et leur ensigna leur chemin, et s'en allèrent tous sans damaige, fors tant qu'il n'enportèrent riens du leur, et vinrent devers le roy de Navarre qui se tenoit à Saint-Denis, et se complaindirent amèrement de la communalté de Paris qui leur avoient mors leur compaignons. Le roy de Navarre leur respondy que de che il luy desplaisoit grandement et que vollentiers il veroit que il en fust amendet et y renderoit vollentiers painne. Adont chil compaignon envolèrent deffier cheaulx de Paris et coururent prestement jusques as portes et firent tant que il furent plus de IIIF et commenchèrent à guerrier moult fort chiaulx de Paris.
Ches nouvelles vinrent au duc de Normendie comment les Parisiens estoient triboulés par ches Englès et Navarrois, desquelles nouvelles le duc de Normendie • et son consail furent tout joieulx; car par celle voie poroient-il bien venir à leur entente. Sy se faindy le duc de Normendie de non yauls guerrier sy fort que il avoit fait par avant. Chil de Paris qui se veoient guerrier de ches Englès et Navarrois qui n'estoient que une puignie de gens, sy avisèrent ung jour que il videroient sur ung samedy, et estoient plus de XX" hommes, et cheminèrent en deux batailles devers Saint-Clo, où chil Navarrois se tenoient, et furent jusques à là et n'en trouvèrent nul. Le prouvost des marchans et chil de se route n'alèrent plus avant que jusques à Montmartre et se tournèrent à Paris. Ly aultre bataille tournèrent tout autour de Saint-Clo et de Montmartre, et ne trouvèrent nul Englès, ne Navarrois ; car il estoient mis et
ET UES NAYARKAIS.
bouté d'une part en enbusche. Quant clie vint environ remoutière, cliil Parisiens qui estoient tout lassés et tanet de aller à piet, s'en retournèrent vers Paris, ly uns son bachinet à son col, et li aultres en unes besaiches, et cheminoient tout sans ordenanclie. Evous les Eiiglès et les Normans bien V*^ couibatant et tout bien montés qui sallirent hors de leur embusque et se férirent en ches Parisiens et les espardirent et desrompirent mallement, et en y euît raors plus de XV% et dura le cache jusques ens es portes de Paris. Pour celle desconfiture esqnéy leprouvost grandement en hayne de chieulx de Paris, et disoient qu'il les avoit tray s .
Quant che vint à l'endemain que che grant meschief fut ensy advenus sur chiauix de Paris, chil qui avoient leur parens et leur frères et leur pères, leurs enfans et leurs amis mors, les aloient quérir pour raporter en Paris ; mais il en y eult de rechef bien IP [tués et mehaignés]. Ensy alloit de pis en pis, dont le duc de Normendie n'estoit pas courouchiés ; car volentiers veist que chil de Paris se retournassent.
Or avint que le prouvost des marchans qui moult se doubtoit des Parisiens, et ossy chil de sa secte, et que en la fin le duc ne les tenist à se vollenté, avissèrent que il renderoient et délivreroient la bonne chité de Paris as Navarrois de nuit, par quoy chil de qui il se doubtoient, seroient corrigiet et pugnit, et metteroient tout le leur hors à sauveté ; car ceste chose ne povoit longement durer, que il ne leurmésavenist par aulcune aventure, et jà en avoientyloït murmurer sur yauls. Sy se retirèrent devers monsigneur Jehan de Pikegni et le consail du roy de Navarre tout secrètement à faire leur emprise, et ordonnèrent com-
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ment de nuit \y Navarrois enteroient eu Paris par le porte Saint-Anthoine.
Celle propre nuit que che se devoit faire, resvilla Dieu anlcuns bourgois de Paris, Jehan Maillart et Simon Maiilart son frère, et sçeurent par inspiration et adevinèrent comment la trayson se devoit faire, et la chité de Paris estre courue, pillie et arse et robée. Sy s'armèrent et fîrelit armer tout leur linage et bien IIP bourgois de Paris ens èsquels il avoient grant fîanche, et puis en allèrent atout grans fallos et torses devers la porte Saint-Anthoine, et trouvèrent le prouvost des marchans qui portoit les clefs de la cité et de ladite porte ens ses mains, et alloit defFrumer ladite porte, et delés luy estoient pluiseurs de ses amis. Là eult grandes paroUes, et finablement le prouvost des marchans fu là ochis, et bien dix-huit de cheaulx de sa secte, et aulcun pris et menés en prison. Adont cria-on : « Tray 1 » Dont se resvillèrent tous manières de gens, et s'armèrent et se assamblèrent en une plache où Jehan Maillart estoit, qui leur conta tout le fait. Sy regrachièrent Dieu grandement de che que sy bien leur en estoit advenu. Et encore en chelle nuit en y eult pris plus de quarante de l'amisté et do la secte dudit prouvost, lesquels à l'endemain on leur coppa les testes comme traites. Puis fu mandé le duc de Normendie de chiauls de Paris que il venist seurement ; car sy ennemis estoient mors.
De ches nouvelles fu le duc tout resjoïs, et vint à Paris et fut reçu à grant joie.
Sitos que le roy de Navarre sceut que le prouvost des marchans estoit mors et la chité rendue au duc de Normendie, il se party de Saint-Denis et fist pillier à son département la ville et labéie de Saint-Denis, et s'en vint
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tenii', et ses Navcirrois, à Meluu-sur-Saine, une bonne ville et forte er> Bi'ie et en Gastinois, qui estoit douaire de la royne Blanche sa seur. Sy en fist une bonne garnison, et là requella toutes manières de gens, Englès, Navarrois, Flaraens, Franchois et AUemans, qui volloient avoir ses saudées, et envoia tantost deffier le duc de Normendie et chiaulx de Paris et tout le corps du royalme de Franche . Sy coururent ses gens le païs de Brie , en Campaigne , en Vermendois et en Picardie, et prirent villes et castiaulx et forteresches, et commenchèrent moult fort A multiplier ; car nul n'aloit au devant. Sy se boutèrent H Navarrois en Mantes et en Meulan , qui sont chief ' de Normendie, et furent tout maistre de la rivière de Saine desous et deseure, et ossy de Marne et de Esne et d'Oise ; car il prirent partout tant de fortresses que mervelles. Si se tenoient en Cray une grant garnison de Navarrois, dont messire Foudrigas estoit le capitaine, et en le Hérielle dont messire Jehan de Picquegny estoit souverain ; et s'en vinrent ossy bouter grant garnison en Mauconseil, desquels Radigos de Bury et Hannekin Franchois estoient capitaine, et constraindirent chil de Mauconseil fort le chité de Noyon et le bon païs de Picardie et de Vermendois. D'autre part à Pons-sur-Saine se tenoient aultres Navarrois, desquels messire Ustasses d'Aubrechicourt estoit capitaine, liquels tenoit tout le païs de Campaigno durement et chiauls de la chité de Troies, et raenchonnoit tout le païs, ne nuls n'aloit au devant.
En le chité d'Amiens avoit le roy de Navarre pluiseurs bourgois qui estoient de son acord. Sy traita messire
Peut-être faut-il lire : clef.
,m2 les NAVARRAIS attaquent AMIENS.
Jehan de Picqueni, qui se tenoit en le Hérielle, devers ches bourgois secrètement, et se porta traitiet qu'il dévoient les Navarrois de nuit mettre en la ville d'Amiens et destruire chiaulx qui estolent contraires à yaulx. Sur celle fianche messire Jahan de Pickeni se party de nuit de le Hérielle atout V" lanches et s'en vint à Amiens, et y avoit envoiet par cinq jours devant plus de IP hommes navarrois en le chité d'Amiens et en le maison des bourgois de leur acort couvertement en tonneaulx sur chars en manière de vins, et chil dévoient estre mestre des portes. Quant che vint le minuit , que ces emprises se dévoient faire, messire Jehan de Pickeny vint à tous ses gens et entrèrent en le prumière frumeté. Adont fut le chité d'Amiens en grant péril d'estre perdue, mais Dieu resvilla les bonne gens de la ville qui s'aperchurent de celle traïson, et s'armèrent et allèrent au devant grant aliire et de bonne vollenté , et se saisirent de leurs portes et recullèrent par forche les Navarrois ; mais trop leur cousta, car il y eult pluiseurs hommes de la ville mors. Toutesfois il obtinrent le plache, et n'y peurent les Navarrois avoir puissanche et furent reboutés. Mais ly Navarrois au partir ardirent la première ville où il avoit plus de quinze cens maisons , et s'en retournèrent ensy sans plus riens faire. Yaulx départis, chil d'Amiens allèrent par les hostieulx querre et cherquier tous chiaulx qu'il supposoient que celle trayson avoient brassée et faitte. Sy en trouvèrent grant foison ; car il racusoient l'un l'autre. A l'endemain on leur copa les testes ens ou marchiet, et l'abet du Gart tout premiers.
Assés tos après s'armèrent les chevaliers et escuiers de
"Vermendois et de Picardie , et vinrent mettre le siège
devant Mauconseii, et osy y vinrent les communes des