COMBAT DE MAL'CONSEIL. O/O
chités et des bonnes villes, et par espésial cil de Tournay y envoièrent bien V saudoiers moult bien abilliés , et en estoient capitaine inessire Raoul de Couchy, le sire de Rainneval, le sire de Canny et l'évesque de Noïon. Etavoit devant Mauconsel plus de XV"™ hommes , que uns , que aultres. Ly Navarrois qui estoient dedens en garnison , sentoient bien que leurs compaignons ne se pooient là longement tenir et que bon seroit qu'il fuissent secourus. Sy le senefièrent secrètement ly uns as aultres que il fuissent tout à une certaine nuit là où il se deveroient trouver , et tous y furent , desquels messire Jehan de Pickegni se fîst chief, et se trouvèrent bien XV" combatens tout d'eslite. Sy chevauchèrent tant de nuit que sur ung adjournement il vinrent en l'ost des Franchois et se boutèrent ens en escriant : « Saint Gorge ! Navarre ! » Là furent chil Franchois qui de che ne se doubtoient, tellement soupris qu'il furent tout perdu et desconfis , et en y eult mors plus de III'", et dura la chasse jusques as portes de Noïon, et prirent ly Navarrois desquels qu'il volrent, des plus riches et des plus jolis, et y furent pris toutes les capitaines, et y eult plus de XVP prisonniers et tout leur harnas, tentes, très et toutes aultres choses, et puis s'en partirent, et s'en alla cascun en sa fortresse. Depuis firent chil de Mauconseil plus de mauls au pais que il n'avoient fait devant, et ardirent le plus grant partie de l'abbéie d'Oscamps.
Ensy se moutep lièrent grant foison de mauls et de iniquités ens ou noble royalme de Franche , par quoy ung grant chier temps en vint et nasquy depuissedy , et les terres demorèrent vaghes, et les vingnes à labourer. Toutes marchandises estoient sy mortes et sy perdues que nul
TniSTK SITUATION DE LA iRAlNCE.
n osoit aller, ne venir parrny le royalme de Franche ; 6ar c'estoient pilleurs et robeurs de tout pais au title du roy de Navarre. Et estoient chil pillars maistre et souverain des camps, des chemins et des rivières, et estoient Ij chevalier et les seigneurs tout ensongniés de garder leur fortresses ; car on leur embloit et prendoit toutes les nuis et tous les jours. Le jovène sire de Couchy en estoit sy constrains qu'il faisoit garder ses castiaulx à ses despens. En le ville de Vailly se tenoient Radigos de Doury et Robins l'Escot. Chil deus corapaignons avoient bien desoubs eulx à leur gaiges Y" combatans. Chils Robins l'Escot par les festes du Noël vint prendre et exillier le foi t chastiel de Roussy , le conte de Roussy et madame sa femme et madame leur fille dedens , et les tint un grant tamps prisonniers en leur castiel meismes, et puis les raenchonna à douze mille moutons d'or , et encores luy demoura la fortresse qui fîst moult de maulx ou païs d'environ. On ne vous ponroit pas recorder en ung jour d'estet les grans persécutions , les pillaiges , les roberies et les grans fais d'armes qui furent et avinrent en che tamps ou noble royalme de Franche.
En che tamps s'esmurent les chevaliers d'Artois, de Ponticu et de Picardie, et vinrent mettre le siège devant Saint-Valléry à trois lieues d'Abeville, de laquelle garnison estoient cai)itainne messire Guillames Bonnemare et Jehan de Ségure, Navarrois. Sy [se tint] là le siège grans tamps et y eult fait maint bieau fais d'armes ; car il avoit dedens )»lus de V combatans qui se venoient tous les jours esprouver as barrières, et y fu mors le sire de Baucyen d'un trait d'un canon. Ung jour perdoient chil de l'ost, et l'autre jour gaignoient ; car il y avoit là plus de XXX" hommes, que uns, que aultres. Sy en estoient capitainne le conte de
SIÈGE DE SAmT-VAI.liUY. oTo
Saint-Pol et le sire de Fiennes qui pour che tamps estoit connestable de Franche.
Tant se tint le siège devant la ville et le castiel de Saint- Vallèrj que leurs vitailles commenchoient à amenrir, et sy près estoient par terre et par mer ghettiet que riens ne leur venoit. Sy traitèrent pour rendre le fortresse et se le rendirent, sauve leurs corps et leurs biens, et s'en partirent en che propre jour. Les Franchois en prirent la saisine, et lorsqu'il estoient encores tous logiés sur les camps, leur vinrent nouvelles véritables que ly Navarrois venoient pour yauls combatre et sur l'entente de lever le siège, de laquelle route estoient capitainne messire Pheîippes de Navarre, le jovène conte de Harcourt et messire Robert Canolle, et estoient environ XV'' lanches, et tout issus des garnisons de Norraendie que ly Navarrois y tonoient. Sy tost que les Franchois seurent cheste afaire, il s'armèrent et se mirent sur les camps et se mirent en ordenanche moult bien.
Nouvelles vinrent k dessus dits Navarrois que le garninos de Saint- Walléry estoit rendue et que riens n'y servoient. Sy se retrairent tout bellement par devers Pontieu, car il redoubtoient à encontrer la puissanche des Franchois. Ly Franchois qui leur coureurs avoient envoiet courir, entendirent que ly Navarrois se retournoient et n'estoient non plus de II" combatans. Sy eulrent consail de aler après et de les combatre. Sy se deslogèrent et se mirent au chemin après les Navarrois, et -les siévirent de sy près qu'il les enclorent en Lonch-en-Pontieu et se logèrent par devant. Quant che vint à minuit, ly Navarrois tout secrètement se départirent de Lonch-en-Pontieu et se mirent au chemin pour venir devers Piéronne-en-Vermendois. Sur le point du jour, nouvelles vinrent en l'ost que ly Navarrois s'en aloient et leur estoient escapés : dont furent ly Franchois moult courouchiés , et montèrent à