ET DE PHILIPPE DE H.\1^AUT
Phelippe sa fille acorder à cause de mariage au jone roy d'Engleterre, et en fist prier madame la royne à raessire Jehan de Haynau , oncle de la demoiselle.
Adout passèrent l'ambassade la mer à Wissant , où le passage estoit lors tout commun , et puis chevauchèrent tant par leurs journées qu'ils vinrent en Haynau, et alèrent premièrement devers messire Jehan de Haynau , oncle de la dite fille , pour tant que il en estoit le plus aprochiés après le père, et luy monstrèrent leurs lettres et le contenu de che que ils avoient à faire. Le gentil chevalier respondy que vollentiers il y seroit pour yauls et que che n'estoit mie petite chose de sa nièche ; car sa seur , ly maisnée , auroit à mari le roy d'Allemaigne , qui jà tiroit à estre empereur de Rome. Assés tos après amena messire Jehan de Haynau les seigneurs d'Engleterre et le consayl du roy devers son frère le conte , qui estoit en la ville de Valenciennes où adont il se tenoit , et vinrent à son ostel , et on entama la matère bellement et saigement , et lors fist le conte grant feste as Englès et les rechut grandement, car bien le savoit faire mieulx que nul prinche , et ossy fist madame la contesse sa femme.
Que vous feroie-je long conte ? Le traitiet fut fait , et acorda le conte sa fille au roy d'Engleterre à cause de mariage , mais que le pape en volsist dispenser , car il y avoit entre auls du costé de France grant consanguinité. Les Englès prirent ce péril seur yauls et envolèrent tantost eu Avignon quatre chevaliers et deus clers de droit , qui sy bien esploitèrent au pape Jehan tant que il dispensa che mariage, et retournèrent à Valenchiennes à grant joye et monstrèrent les hurles de dispensation. Lors espousa ly évesque de Lincholle le fille du conte de Haynau ou non du roy d'Engleterre par la vertu d'une procuration , et puis retournèrent arière en leur pais et recordèrent com-
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ment ilavoientesploitiet; et entr'euls furent faites toutes les ordenanches bien à point de la jone royne d'Engleterre , ensy comme à elle apertenoit , de toutes choses , et fut pryé messire Jehan de Haynau , son oncle , pour aller en sa corapaignie en Engleterre , lequel l'acorda vollentiers. Et quant tout fut apresté selonc leur estât, elle se party du bon conte son père et de madame sa mère. Elle fut bien acompaignie de chevaliers et d'escuiers et de dames et demoiselles , et la convoya-l'on parray Artois jusqu'à Wissant. Là trouva-on les nefs d'Engleterre toute aparlies qui estoient venus querre toute la compaignie. Sy entrèrent dedens ceulx et celles qui dévoient passer la mer avecques la royne. Sy arivèrent à Douvres , et là se reposèrent tant que les nefs furent toute deschergies , et puis se partirent et chevauchèrent devers Saint-Thomas-en-Cantorbye.
Sytost que la venue de la jone dame fut seue en Engleterre, on vint contre elle à grant révérense, et tous les seigneurs et contes, dames et demoyselles requeilloient messire Jehan de Haynau moult honnourablement , car bien le savoient faire. Ensy fu la jone dame, en l'aige de quatorze ans , amenée jusques à la cité de Londres , où elle fut recheue à grant honneur. Che fu bien raison. Des festes et des esbatemens , tant comme joustes et autres, y furent fais pour l'amour d'elle ; car jamais ne venroye au coron : pour che le lairay atant, et demora la royne en Engleterre delés le roy son marit. Sy s'entramèrent grandement l'un l'autre, ensy que nature l'ensaigne.
Adont prist congiet messire Jehan de Haynau du roy et de sa nièche, et revint en Haynau et laissa à sa nièche ung jone escuier qui s apelloit Wautelet de Masny , que monseigneur son père luy donna , qui depuis se porta et s'éprouva sy bien en Engleterre que il y conquist grant honneur , ensy comme vous orés en ces cronicques. Or parle-
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rons-nous des Escochois ung petit et du roy Robert de Brus comment il fina.
Après che que les Escochois se partirent par nuit de la montaigne là oii le jone roy Édouart et les seigneurs d'Engleterre les avoient aségiés , il chevauchèrent vingt-deux lieues de che sauvaige pais sans arester , et rapassèrent celle rivière de Thin assés près de Carduel en Galles. Et l'endemain il retournèrent en leur païs, et se partirent l'un de l'autre par l'ordennanche des seigneurs, et en râla chascun en sa maison. Assés tost après fut pourcachiet par vaillans hommes et saiges tant d'Escoche comme d'Engleterre unes trièves entre l'un roy et l'autre, et fu légièrement acordé des deux parties pour tant que le roy d'Escoche quéy en grant maladie et ne pooit mais chevaucher , et le roy d'Engleterre estoit jovènes. Sy furent celles trièves prises six ans durant , et furent bien tenues le vivant du roy d'Escoche. Et congnut que mourir devoit. Sy manda par devant luy en sa cambre tous les plus hauls barons et prélats d'Escoche. Quant il furent tout venus , il leur dist moult douchement que mourir luy convenoit , ensy qu'il veoit. Sy leur dist et pria moult douchement, et leur charga son fils David, et quant il seroit en eaige, il le mariaissent en lieu honnourable et luy aydaissent à conseillier et à garder le royaume. II ly eurent tout en convent. Après se retourna le roy devers monseigneur Guillame de Douglas, et ly dist moult douchement : « Gentils chevalier et com- « pains, je vous prie que vous m'acordés ung don. » Messire Guillame , qui envis ly euist escondit , ly dist : « Chiers « sires, demandés, et je le vous acorde volontiers. » Adont respondy ly rois : « Chiers amis , grant merchy. Vous « savés que j'ay eut voUenté , il a grant temps , que, se je
povoie avoir achevé mes besoignes au lés par dechà contre les Englès, que jeyroie au Saint-Sépulcre en Jhérusalera et viseter le saint mont de Calvaire ; et, Dieu merchy, les besoignes au lés pardechà de mon royaulme sont assés en bon estât ; mais je suis sy apressé de maladie , ensy ;( que vous poés veoir, que mourir me convient, Sy voel et ordonne que , quant je seray mort , que on oeuvre mon corps et que on y prengne mon cuer et le faites enbasmer ( et l'emportés avecques vous en la sainte terre , car ( mieudre chevalier de vous ne ly pouroit porter ; et ensy ( m'en acquiterés-vous devers Dieu , et sy ensy en moray ( plus aise. » Lors respondy messire Guillame de Douglas et dist : « A ! chier sire , vous me chergiés trop grant chose, qui voilés que le cuer d'un sy vaillant homme et roy que vous estes , je porte au Saint-Sépulcre. Chiers sire , il y a chy de moult vaillant hommes et riches et puissans, qui sont mieulx tailliés de faire che voiage que je ne soie ; sy leur rechergiés , et je vous en prie. » Adont dist, le roy : « A ! chiers sires, compains et amis, vous le m'avés acordé. Sy vous prie que vous le me tenés, et jou en moray plus ayses , car j'ay plus grant fianche en vous que en tout le monde. » Messire Guillame de Douglas s'avisa et dist : « Chertés , monsigneur, je suy moult courouchiés de che que je vous voy en che point, et, puisqu'il vous plaist que je faiche che voiage, je le ferai vollentiers et le vous acorde liement. » Depuis ne demoura gaires que le dit roy Robiert de Brus trespassa de che siècle , et fut ouvert ensy que ordonnet avoit, et son cuer prins et enbasmés et chargiet à che gentil chevalier qui bien s'en acquita, ensy que vous orés recorder chy-après. Sy fu le roy Robert d'Escoche ensevelys en l'abbéye de Donfremelin en Escoche, et trespassa l'an de grâce mil trois-eens et vingt-sept le neuvième jour de septembre.
DE ROBF.RT BRUCE. ôl
Apriès le trespas de che roj Robert, ly barons et les prélats du joyaulme d'Escoche couronnèrent à roy son jovène fils David et le marièrent haultement, ensy que en convent l'avoient au père , à la seur du roy d'Engleterre, mademoiselle Isabel.
Depuis ne demoura gaires de temps que messire Guillame de Douglas , pour son voiage accomplir, tantost au mars ensievant se party d'Escoche luy vingt-cinquième , que chavaliers et escuiers, et y estoit le conte de Mouret en la compaignie. Sy vinrent en quatre vasseaulx ariver à l'Escluse en Flandres , pour là savoir et enquerre des nouvelles de tous pays et s'il y avoit nuls estraigiers qui volsissent passer outre en Jhérusalem ; et se tenoient tout quoy en leur navire et s'y tinrent le terme de quinze jours qu'il reposèrent là à l'ancre. Sy vous dyqueil tenoient estât royal ossy grant et ossy estofFet que dont que le roy y fut personnellement , et faisoient tous les jours leur diner et leur soupper corner et tromper moult solempnellement , et estoient en leur ostel venut et requeilliet moult lyement toute gens de bien et d'onneur, et leur donnoit-on de deus manières de vin à boire et des espisses , quant il se volloient embattre. Finablement, messire Guillame de Douglas entendy que le bon roy Alphons de Castille avoit grant guerre au roy de Grenade et que c'estoit le plus prochain fait d'armes sur les ennemis de Dieu, qui fust aparant. Sy dist que il se volloit traire celle part , et se désancra du port de l'Escluse et singla devers Castille, et tant esploita qu'il ariva en la compaignie de aucuns Espaignos au port de Séville. Là se reposèrent par quatre jours. Au cinquième , il se partirent, et puis yssirent des bateaulx et montèrent à cheval , et allèrent devers le roy Alphons qui