PIERRE LE CRUEL RÉCLAME
remettre en son pais , et le roy dan Piètre se humelia moult devers le prinche en luy remonstrant et complaindant des tors et injures que son frère le bastart ly avoit fait et faisoit encore tous les jours , et se plaindy ausy grandement de toutes ses gens qui l'avoient relenquy , et par espësial d'un traitre de Castille qui tout avoit pourcachiet , qui s'apelloit Gomès Garils. Le prinche entendy toutes ces complaintes, et à ses parolles le prinche respondy che jour sy à point que il deult bien souffîr au roy dan Piètre , et ossy fist-il. Et là se tint le roy dan Piètre et ses gens tout aise le terme de trois sepmaines , tant que les chevaliers qui envoiet avoient esté en Engleterre , furent revenu , et raportèrent telles nouvelles que ch'estoit bien la vollenté du roy et de tout son conseil que le prinche fesist che voiage. Sy en fu le prinche moult resjoïs, et en relescha le roy dan Piètre , et dist : « Sire cousin , j'ay « espoir que vous serés aidiés et confortés de che que vous « demandés. » Or entendes, nobiesche de signeurs , quelle cose il respondoit quant on disoit au prinche : « Chiertes , *( monsigneur, vous estes saiges et grans assés pour regar- « der sur toutes vos besoigne et y veés-vous tous seuls plus K cler que tous vos consauls, mais pour Dieu fraindés-vous « de che roy dan Piètre de trop avant promettre ; car « encores ne savés-vous comment les choses se porteront , « ne de quel lés les compaignes se voiront traire , ne ossy « le roy de Navarre ; car sans l'aide de chiauls vous « entreprendés trop grant cose. » Dont re&pondy le prinche : « Taisiés-vous. Qui oncques riens n'enprist, riens u n'achiéva. »
Or fu avisé et regardé de tons cheus que uns parlemeus seroit asignés et mis en le chité de Baïone : « Et M envoirons pryer le roy de Navarre que il y velle estre. » Sy escripsy devers le roy de Navarre et y envoia deux de