COURONNEMENT DE PHILIPPE DE VALOIS
humble et moult doulche , le roy en eut ung fils qui morut jone , et, assés tost après , la mère et le fil morurent à Isodun en Berry tous deux et assés souppechonneusement. Et en après prist le roy Charles à femme la royne Jehenne, seur au roy de Navare. Celle dame demoura ençainte de luy. Quant le roy Caries deubt mourir , il manda les douze pers de France et les barons, et leur dist ensy : « Sei- « gneurs , vous veés que mourir me convient , ensy que il « plaistàNostre-Seigneur. Je vous rechergeray ma femme la « royne ; elle est ençainte de moy. S'elle porte hoir malle , « ils sera roy ; se c'est une fille, sy ordonnés de la couronne « de France à votre consienche et avis, et le donnés au plus « prochain hoir masle : autrement n'en saroie ordonner, » Il respondirent tout que ensy le feroient, et puis après ung pau de temps le roy Charles morut et fut ensevely à Saint- Denis en Franche.
Ne demoura gaire de tamps après que ly douze pers et les saiges du royalme de France s'asamblèrent à Paris et regardèrent qui seroit manbours tant que la royne Jehenne seroit acouchie. Sy ordonnèrent par commun acort messire Phelippes de Vallois, fils jadis au conte de Vallois. En che terme se ajut la royne enchainte du roy Charles et délivra d'une fille , de quoy tout le royalme fut moult courouchiés et tourblés ; et de rechief se mirent ensamble ly douze pers et les saiges du royalme de France et regardèrent qui seroit roy. Sy eslurent pour le plus prochain à leur avis de par le commun acort de tout le royalme mes^ sire Phelippe de Vallois, et fu couronnés à Paris le jour de la Trenité l'an de grâce Nostre-Seigneur mil trois-cent vingt-huit.