HENKI DE TRANSTAMARE ÉCRIT AU PRINCE DE GALLES
' raison assés pain , char et vin pour leur argent ; mais tous
■' ne paio.ient mie leurs disners. Sy séjournèrent et [se] rafres-
chirent ches gens d'armes en le marche de Panpelune jus-
ques au dimanche pour che qu'il trouvoient assés largement
à vivre.
Quant le roy Henry eut et sceut les chertaines nouvelles
• que le prinche de Galles et son ost estoient passés les
• destrois de Navarre , sy pensa bien que jamais ne retourneroient sans bataille. Sy fist moult tost escripre unes lettres qu'il séella et les envoia devers le prinche qui se tenoit encores en le marche de Panpelune. Le prinche prist
. le hiraut par la main et les lettres que le hiraut ly présenta; sy les ouvry et lisy , lesquelles lettres disoient ensy : « A « très-honnourable et poissant prinche de Galles et « d'Acquitaine. Chier sire , nous sommes moult esmervil-
. « liés pourquoy ung peu d'irtaige que Dieu nous a donné , « vous nous voilés tollir et débatre , ^et sy ne vous four- '« fesimes, oucques riens, ne voldrimes avoir fait , pour « quoy vous euissiés cause de nous guerrier. Mais pour « che que Dieu et fortune vous ont maintenant sy eslevet « que vous ne cremés nul seigneur qui soit ou monde, « vous aydiés à soustenir le querelle de dan Piètre (che « que luy [clame] sans nul title de raison) , et nous est
. « dit que vous désirés à nous trouver pour combatre , et «• vous ensignons par le porteur de cheste que vous voulliés « rescripre et nous laissier savoir par quel lieu vous vorés « entrer en Castille , et nous vous serons au devant sans « nulle faulte. Escriptes à Burges desoubs les oliviers « le XVIP jour de février. » Quant le prinche de Galles eult lite ceste lettre une fois ou deus , sy regarda sur ses chevaliers qui là estoient, et dist : « Par saint Jorge, en « ce bastart a ung moult vaillant chevalier à homme ,
cuevaucuée: de thoiuas de felton. 445
« quant il nous escript ensy, -> Si dist au hirault : « Amis, « vous demorrés delés les compaignons et vous tenrés en « nostre ostel ; car par vous en rescriproiis-nous et non 4« par aultre. » Le hirau respondy : « Monseigneur, à vostre « plaisir en soit. »
Che propre jour au soir que le hirau eult aportë les lettres au prinche, s'avanclia messire Thuraas de Felleton de demander ung don au prinche , et le prinche lui acorda , et encorres ne savoit-il quelle chose il volloit demander , et ly demanda par prière , et fu telle que monsigneur Thuraas requist au prinche qu'il lui donna congiet de chevaucher devant atout une quantité de gens d'armes pour aviser le païs et le conduite des ennemis. Le prinche qui vey et considéra le grant affection du baron , ly ottria liement. Dont se prouvey ledit messire Thumas et se hourda de bonnes gens d'armes et d'archiers , et eult bien VI" lanches à l'eslite et III'' archiers , et Thumas se fist chief de ceste compaignie , et estoient tous à cheval , et se partirent ches gens de l'hoost du prinche en le compaignie de monsigneur Thumas , et se misrent [ensamble] messire Guillames de Felleton ses frères, messire Robert Canolle, messire Thomas d'Orfort , messire Gaillars Vighier , messire Raouls de Hastinghes , messire d'Aghorisses et pluiseurs aultres chevaliers et escuiers, et passèrent oultre parmy le roialme de Navarre , et avoient guides qui les menoient, et passèrent le rivière d'Émer qui est moult forte et moult rade au Groing , et allèrent oultre logier en ung villaige que on dist Navaret , et là s'arestèrent pour mieulx savoir où le roy Henry estoit.
En che tamps fu le roy de Navarre pris en chevauchant