SUITE DE LA GUERRE
Rochemadour et l'aségèrent. Chil de Rochemadour doubtèrent à perdre cors et biens : sy traitièrent devers les dis signeurs de l'ost , et fu le traitiet fait que de che jour en avant il seroient bon Englès, et firent le serment d'estre au roy d'Engleterre et au prinche. Et puis chevauchèrent les Englès oultre par devers Ville-Franche-en- Toulousain , gastant et pillant tout le pais et mettant les povre gens en grant misère et parconquérant villes et castiaulx , qui s'estoient nouvellement tourné franchois par le pourcach de l'archevesque de Toulouse , et vinrent devant Ville-Franche et l'aségèrent tout au tour, et y firent pluiseurs assauls. Chil de la Ville-Franche ne se sentoient aydiés, ne confortés de nul costés , ne point ne leur aparoit [secours]. Sy prièrent que on les volsist prendre à merchy , et il se tourneroient Englès ; et il furent pris à merchy par tel sy que d'or-mais-en-avant il feroient serment de estre bon Englès , comme il jurèrent.
Nous parlerons du siège qui se tenoit devant la ville de Bourdelle, et conterons comment chil qui dedens estoient, parsévérèrent. Vray est,. se orguel et présomptions ne les euissent sourmontés, il se fuissent là tenuttant qu'il volsissent ; mais les deus escuiers , qui dedens cappitaines estoient, yssirent ung jour hors atout ses gens et vinrent à chiauls de l'ost par fait d'armes escarmuchier. Sy avint qu'il furent enclos entre la fortresche et l'est des Englès, et là firent mervelles d'armes. Finablement il furent tout mors ou pris (onques ne s'en sauva) : par laquelle aventure, chil qui dedens le fortresse estoient, se rendirent et livrèrent le castiel. Alors le conte de Cantbruges et le conte de Pennebourcq en prirent le possession et y mirent nouvelles gens d'armes et archiers, et le prouveirent de tous poins. Et puis eurent conseil qu'il s'en retourneroient.
Entreuls que la besoigne se portoit bien et le terme qu'il
SUR LES FRONTIÈRES d'aQUITAINE. 479
avoient mis au reprouveir le ville, escripsy le prinche de Galles son intention as barons qui guerrioient et tenoient les camps en Roergue; et raporta les lettres Candos le hirauls, qui avoit les autres portées. Sy chevaucha tant que il vint en l'ost de ses raestres et seigneurs, qui o leur raessaige l'avoient envoiet, et leur monstra les lettres que le prinche leur envoioit. Il les prirent et ouverirent et lisirent, et trouvèrent que le prinche leur mandoit qu'il volloit que raessire Jehan Candos, le captai de Beus et messire Thomas Felton retournaissent en Angolesme devers luy , et messire Robert Canolle et tout le remenant de l'host et les routes tenissent les camps, et demorassent là ledit Robert Canolle et tout les autres, tant que il les manderoit. Ches quatre barons se consillèrent sur che, et dirent à monsigneur Robert Canolle : « Sire, vous veés et oës quelle chose « le prinche voelt que nous faisons. Il nous fault retourner, « et vous demorrés.» Adont respondy ledit messire Robert Canolle, et dist : « Che ne faura jà sans moy ; car, ossy « tost que vous partirés, je partiray. » Ensy se deffit ceste compaigne, et retournèrent arière en Angolesme, et donnèrent à leur département toute manière de gens d'armes et de corapaignes congiet, et disrent ensy à capitaines des compaignes, quant il se départirent d'eulx : « Signeurs, « il nous fault râler devers le prinche, ensy que vous poés « oïr , car il nous mande. Sy vous prions que à vostre « povoir faichiés guerre en Franche. Et, se vous prendés « ville, ne fortresse ou royalme de Franche, sy le obtenés « contre les François ; et, se vous estes asségiés, sy le « nous sénefiés. Comment qu'il soit, nous vous promettons « sur nos loyaultés que nous vous conforterons et oste- « rons de tout péril, ou nous demorrons en la paine. » De ches parolles se contentèrent bien les compaignes , et firent leur route à par yaulx, et les dis seigneur s'en aie-