EXPÉDITIO.-N DU DUC DE LANCASTRE
L'endemain les Englès se retrairent vers Calais , et entrèrent en la ville, et s'y reposèrent par trois jours ; et puis s'en partirent ordounément et prirent leur chemin pour entrer en Franche, et chevauchèrent tout ardant et exillant le pais, tant qu'il passèrent le rivière de Somme à le Blanche-Taque desous Abeville, et puis entrèrent ou païs de Vimeu et de Vexin, et esploitèrent du tout à leur entente, sans prendre fortresses ; car il trouvoient partout les villes et les fortresches sy bien garnies de gens d'armes que le roy de Franche y avoit envoiet, que assauls y eult petit vallut, et chevauchèrent ensy jusques à Harfleu.[Là estoit] le grosse navire du roy qui [y] avoit jà jeu tout le tamps à l'ancre ; mais osy tost que on senty les Englès venir, on le désancra et bouta ou parfont en mer, hors du péril des Englès, et furent les dis Englès devant Harfleu trois jours, ou quel lieu estoient le conte de Saint-Pol, messire Lois de Namur et bien II chevaliers en garnison. Se n'y pooient les Englès riens faire, et eulrent adont consail de retourner viers Calais ; car il en avoient pour celle saison assés fait, et sy leur aprochoit l'ivier. Sy se misrent les dis Englès au retour et prirent leur chemin parmy les terres au signeur d'Estouteville, qui mal courtoisement et sans congiet de son hostaigerie estoit yssus d'Engleterre. Pour tant et en son despit li fîsrent toute ardoir en soy retournant et ensy par bonne ordonnanche en Pontieu et vers Abevire. Et en che tamps estoit cappitaine d' Abeville messire Hues de Castillon, sique pour regarder as ordenanches et fortresche de la ville. Quant il seut que les Englès venoient et aprochoient les portes, il monta à cheval luy acompaigniés assés simplement et se mist ens es fourbous d' Abeville et passa deus portes et vonoit sur le tierche. Entre celle daraine porte des camps et l'autre devers la ville s'estoit boutés en esbuche messire Nicolas de Lon-