PRISE DU CHATEAU DE BELLEPERCHE
En che tamps s'en vint le duc Lois de Bourbon atout grant puissanche de gens d'armes par l'ordenanche du roy de Franche mettre le siège devant Bielle-Perce, et asëga dedens madame sa mère et chiaulx qui l'avoient pris , et basty le dit duc devant une bonne ville et jura que jamais ne s'en partiroit, sy raroit ladite fortresse, et fist drechier pardevant la plache pluiseurs grans engiens qui jettoient pierres et mangonnaus et qui trop durement grevoient la fortresche. Sy le mandèrent les compaignons qui dedens estoient, à monsigneur Jehan d'Évrues, qui se tenoient à le Souteresne en Limosin, Ledit messire Jehan d'Évrues de grant vollenté entendy à messagiers et dist qu'il en esploiteroit , c'estoit raison ; car on leur avoit promis que s'il estoient assegiés, il seroient secourus comment que che fust. Sy se party incontinent de le Souteresne et recommanda le garnison en le garde de l'un de ses compaignons , et puis chevaucha devers Angolesme où ly signeur se tenoient dalés le prinche. Sy les infourma du fait. Le prinche s'acorda bien à che que le conte de Cantbruges , ses frères , et le conte de Pennebourcq et ly barons de Poito se traissent celle part atout leur puissanche pour lever le siège ou ramener les compaignons de Belle-Perce. Le commandement du prinche fut accomplis. Il se partirent de Angolesme en grant ordenanche et chevauchèrent vers Belle-Perce en Bourbonnois , et estoient bien XIIManches , que chevaliers, que escuiers, et IIP" aultres gens , et s'en vinrent logier devant ladite ville et forteresche contre le duc de Bourbon, qui se tenoit en son fort. Yauls venus devant Belle-Perce , il y eult pluiseurs parolles et parchons d'armes faites , mais nul n'en vint au fet. Toutesfois fînablement les Englès furent ung jour tout armés et rengiet sus les camps et ordonnés pour faire bataille , et y eult fais aulcuns chevaliers, et là
leva banière messire Guillames de Montagu , nepveii au conte de Sallebrin.
En chel estât chil du fort vidèrent et amenèrent devers leur signeurs la dame de Bourbon, mère au duc de Bourbon, qui le recnurent douchement et le firent monter sur ung pallefroy et ses femmes d'autre part à heure de midy, et l'enmenèrent, voiantles Franchois, et retournèrent en leprinchauté. Et le duc de Bourbon, qui juret avoit [de ne pas quitter] le siège, reut sa fortresche et le lîst réparer et ravitaillier et la remist en milleur garde que elle n'avoit esté par avant.
En che tamps, fu mandés en Engleterre de par le roy messire Robert Canolle, liquels obéy vollentiers, et se party du prinche, car il avoit esté en toutes ces clievauchies dessus dites ; et vint en Bretaigne en son castiel de Derval, et quant il eult ordonné toutes ses besoignes, il monta en mer et ariva à Cornuaille, puis fistil tant qu'il vint à Windesore, où il fu reehut grandement.
En celle saison se party de Toulouse le duc d'Ango et s'en vint en Franche veoir le roy son frère et ses aultres frères le duc de Berry et le duc de Bourgongne. Sy furent à Paris en grant revel et récréation ensamble, et là avisèrent que à cel esté il yroient esforchiement en la princhauté et bouteroient hors les Englès. Ossy le duc d'Ango, qui moult amoit monsigneur Bertran de Claiquin, le pourposa adont Ipour] estre connestable de Franche et pour le remander en Espaigne : mais il n'en fu encores riens fait, quoyque le roy de Franche y entendesist vollentiers. Quant chil quatre frères eulrent esté un terme ensamble et parlel de leur besoignes, le duc d'Ango se party et s'en vint par Bourgongne et par Avignon à Monpellier, et fist là son mandement de gens d'armes et de bidaus. Le duc de Berry d'aul-
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ire part s'en vint à Bourges en Berry , et fist là son mandement et se traist à Riom en Auvergne, et le duc de Bourbon, en Bourbonois.Sj se comraenchèrent ches signeurs à esmouYoir et à faire grandes clievauchies en Acquitaine. De ches besoignes estoit assés infourmés le roy d'Engleterre. Sy euît consail que d'envoier son fils le duc de Lenclastre à 1111= hommes d'armes et otant d'archiers devers son enfant le prinche et le conte de Cantbruge qui se tenoit en Acquitaine et qui sy fort estoit guerrié des Franchois qu'il ne savoit auquel entendre. Sy party le duc de Lenclastre environ le Saint-Jehan-Baptiste à toutes ses gens d'armes, et vint monter en mer à Hantone,et esploita tant qu'il vint à le Rochelle, où il fu recheus à joie, et toute sa compaignie. En che tamps fu délivrée de prison le mère du duc de Bourbon en escange pour monsigneur Simon de Burlé , que ce prinche, comment qu'il fust, volloit avoir. A che traitiet faire rendy grant paine raessire Ustasses d'Aubrechicourt , de quoy le duc de Bourbon ly en seut grant gré.
Or se party le duc d'Ango de Monpellier et vint à Thoulouse, et là trouva sur le pais grant foison de barons et de signeurs de Gascogne et de Langhedocq , qui tout volloient estre en la compaignie du duc d'Ango, tels que le conte d'Erminach, le sire de Labreth, le signeur de Taride, le conte de Laille, le conte de Piereghot, le conte de Comminges, le visconte de Quarmaing et pluiseurs aultres et bien XV"" de gens de compaigne, desquels le Petit-Mesquin, Amenon d'Ortigo , Jaques de Bray et Naudon de Paus et Pierrot de Savoie estoient capitaines. D'aultre part y estoient le sénescal de Biaukaire, le sénescal de Carcasone, le sénescal de Toulouse et le trésorier de Nismes, et estoient II"* lanches et VU"" bidaus, et là estoit messire Bertran de Clai-
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quin, qui nouvellement estoit venu de Castille pour servir le duc d'Ange qui moult l'amoit, et adont le fist connestable de toutes ses gens d'armes, gouverneur et conduiseur, et chevauchèrent devers Aghen. Le prumière fortresche où il vinrent , che fu devant Montsach. Le pais estoit sy efFraés de la venue du duc d'Ango pour le grant nombre de gens qu'il menoit, qu'il frémissoient tout devant luy, et n'avoient les villes, ne les castiel nulle voUenté d'yauls tenir, Chil de Montsach se rendirent à pau de fait, et puis allèrent devant la cité d'Aghen , qui se tourna ossy , et puis vinrent devant Thonins-sur-Géronde , laquelle se tourna franchoise , et puis prirent le chemin de Montpaissier et d'Aguillon, gastant tout le pais. Quant il furent venus devant Montpaissier, qui est une bonne ville et forte, il furent sy efFraés que il se rendirent, et puis vinrent devant le fort castiel d'Aguillon, qui se rendy ossy à pau de fait. Dont chils de Bregérach furent moult esmerviiliés comment il s'estoient pour rendre ordonné , "et le ségnefyèrent au prinche qui se tenoit en Angolesme, et ly prièrent qu'il leur volsist envoyer gens d'armes pour aydier à garder leur ville ; car il ne savoient que les Franchois avoient empensé. Encores fut signifiet au prinche que c'estoit l'entensyon du duc d'Ango et du duc de Berry qu'il venroient mettre le siège devant Angolesme pour luy asségier et madame la princhesse, et là se dévoient trouver ches deux hosts ensamble. Le prinche, qui fu toudis ung signeur confortés en toutes ses besoignes, dist que jàsy anemys ne le trouveroient en fortresche nulle. Sy manda et signifia partout ses féaulx et subgès en Poito et en la Rochelle, en Quersy, en Roergue et en Bigorre, et asigna la journée en son mandement à estre à Congnach , et fîst se femme et Richart son jovène fîl là mener.
Entreus que che mandement se faisoit et que ses gens s'asarabloient, vinrent avant les Franchois, et vinrent devers
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le Linde, une bonne chité et forte, qui se tenoit englesse, et en estoit capitaine messire Thomas de Batefol, et siet suf le rivière de Bourdonne, à une lieue de Bregérach, de laquelle ville de Bregérach estoit capitaine le captai de Beus. Le duc d'Ange et tous ses gens d'armes s'en vinrent devant le Linde et mirent là le siège et y furent quatre jours. Au cinquième jour un traitiet secret se fist entre che messire Thomas et les gens du duc d'Ango, qu'il les devoit mettre dedens la ville. De che traitiet fu infourmés msssire le captauls qui se tenoit en Bregérach. Sy vint celle part au plus tost que il peult et tout de nuit atout C lanches et sy à point qu'il trouva le porte ouverte par où les Franchois dévoient entrer, et messire Thomas les atendoit. Tantost le capital avisés de son fait traist son espée et le bouta ou corps de che messire Thommas et Tabaty mort. Ensy fallirent les Franchois à leur entente, et le regarnist de nouvelles gens ledit captai, et puis s'en retourna devers Bregérach, et là trouva venu le conte de Cantbruge et le conte de Pennebourcq et messire Thomas de Felleton à ir lanches. Sy se partirent les Franchois de devant la ville de Linde, et chevauchèrent vers Roergue pour trouver les gens du duc de Berry qui estoient à grant puissanche entrés en Limosin et conquéroient villes et chastiaus, et ossy les seigneurs se tournoient vers luy et devenoient franchois.
Nous parlerons d'une armée que Robert Canolle raist sus en celle saison par le commandement du roy d'Engleterre pour passer tout oultre parmy le roialrae de Franche et ariver en Picardie, et avoit ledit Robert II" hommes d'armes et IIIP archiers, tout payet pour demi-an de leurs gaiges. Il passa la mer et vint à Calais où on ly fist grant