‹ Œuvres de Froissart; (volume 2)Chapitre 26 sur 307 · AMBASSADE ANGLAISE EN HAINAUT · texte numérisé non relu

AMBASSADE ANGLAISE EN HAINAUT

saigement la cause pour quoy ils estoient là venus et comment leroy d'Engleterre, son bieau-fîls, estoit infourmés que il avoit grant droit à la couronne et hirtaige de Franche. Sy ne volloit mie son droit laissier déquéir, se le conte luy consilloit ; et puis luy monstrèrent comment le roy d'Engleterre ymaginoit et pensoit le fait à emprendre à guerrier le royalme de France, desquelles choses il demandoit avoir consail. Quant lebonconteGuillamesde Haynau eult entendu les paroles de ces seigneurs d'Engleterre et la raison que ly roys son fils mettoit en avant, S}'' les tint moult pour saiges et avisées, et respondy en disant : « Certes, seigneurs, je tieng à moult saige mon fils que telle chose jette et présume que de guerrier sy grant chose que le royalme de France. Ossy je ne voroie pas que par mon conseil que on laissast son droit aller et que il se soufresist du calengier. Et sachiés que il fauroit bien à mon fils avoir aultre ayde que la mienne, se guerrier volloit le royalme de France ; car mes pais est petit. Je aroie plus chier ung prouffit pour mon fils et pour ma fille que pour mon serouge. Sy vous diray que vous ferés. Vous retournerés devers mon fils et ly dires que je luy con- ( seille que il se traie en AUemaigne et s'acointe de mon ( fils le roy d' AUemaigne et du marquis de Jullers et des barons de l'Empire. Se il le volloient aidier, sa guerre en ;( seroit plus belle, et, se il a leur ayde, sachiés que moy ( et Jehan mon frère ne luy faurons raie. » Alors dirent ly Englès : « Chertés, sires, vous nous avés bien consilliet et ( loiaument , et nous ferons tout che que vous nous dittes, » Depuis ne séjournèrent gaires et prirent congiet et retournèrent ainsi en Engleterre devers le roy qui vollentiers owy le responce de son bieau-père le conte de Haynau, et dist que il feroit tout che que le conte luy conseilloit. Sy s'aprestèrent le plus brief que il pourent, et fist

PROJET DE CROISADE DE PHILIPPE DE VALOIS. iô

se navire aparlier tout coyement sur le rivière de Tamise pour aler par mer et pour venir ou Rin en Hollande et jusques à Meyenche. On luy dit que l'empereur Lois de Bavières se tenoit Là pour le tamps, et dist que il menroit avecques luy monseigneur Robert d'Artois, son cousin, qui l'ayderoità acointier des Allemans.

En che temps et devant avoit eut le roy Phelippes grant désir et dévotion d'aller en Surie en la sainte terre sur les infidèles pour eulx guerrier, et avoit enchergiet la crois, et avec luy par compaiguie le roy d'Aragon, le roy de Behaigne, le roy de Navare, le roy de Mayogres et plusieurs haulx barons de France. Et faisoit le dit roy Phelippe preschier la crois partout et voUoit ouvrir son passaige et prester vaissiaulx et navires et vivres à tous chrestiens, et avoit fait faire au port de Aiguemorte et au port de Lares de Monpellier et sur les bendes de la mer là en che pais les plus belles et les plus grosses prouvéanches de vins et de chars sallées et de byscuit que on ouist parler depuis deux cens ans, et voUoit passer sans faulte. Et disoit-on pour che tamps que le roy de Honguerie et le roy de Sésilleet le roy de Chipre faisoient ossy leurs pourvéanches grandes et grosses d'autre part pour atendreles pèlerins de Dieu, et tout che avoit comfermé le pappe Bénédict qui régnoit pour che temps, et se fust chils passaiges fais, et n'est mies doub te, car grant nouvelles vinrent au roy Phlippes que, se il se partoit de son royalme, il se metteroit en aventure de tout perdre ; car on espéroit que le roy d'Engleterre par l'ennort de messire Robert d'Artois luy feroit guerre, et aquéroit pour estre plus fors l'ayde des Aleraans, syque, ces parolles misses en doubte, le dit roi Phelippe retarda son voiage

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et s escusa pour celle sayson qu'il devoit passer, à tous ceulx asquels il avoit donné à entendre qu'il paseroit, et par espécial as Genevois dont il avoit trait avant sur les costes de Franche grant foison de gallées, de nefs et de barges toutes apparillies , et ne se volloit mie partir , sur l'information que il avoit, jusques à tant que il verroit à quel fin le roy d'Engleterre se vouroit traire et se il luy feroit guerre selonc che que infourmés estoit.

Quant le roy d'Engleterre Édouart fut apparillies, et cheus qui avecques lui dévoient aller en Alemaigne (che ne fut point trop grant quantité de seigneurs , car il y volloit aller tout secrètement, affin qui il en fust mains de nouvelles), il entra en son batel desoubs le castel de Londres sur le Tamise, et messire Robert d'Artois delés luy, et le conte de Norhantoune et le conte de Hostidonne et jusques à dix chevaliers tant seullement, et se départirent du kay de Londres à quatre vaisseaux tant seullement parmy les pourvéanches. Sy entrèrent de le Tamise en la mer et costièrent Flandres et puis Zellandes et Hollandes, et entrèrent ou Rin et firent tant que il vinrent à Convallenche là où il trouvèrent l'empereur, qui rechut moult liement le roy d'Engleterre, quant il sceut que c'estoit ils, et messire Robert d'Artois et tous les autres barons et chevaliers qui là furent, pour l'amour du roy d'Engleterre.

Le roy Édouart, qui moult diligent fu de sa besoigne, remonstra là au roy d'Alemaigne che pour quoy il estoit venus, sy saigement par l'enhort de messire Robert d'Artois que le dit empereur entendy bien vollentiers et respondy à sa requeste et dist que pour son droit aydier à poursivéir ils leconforteroitetaideroit très-vollentiers. C'estoit raison,

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