‹ Œuvres de Froissart; (volume 2)Chapitre 263 sur 307 · LE PRINCE DE GALLES RETOURNE EN ANGLETERRE · texte numérisé non relu

LE PRINCE DE GALLES RETOURNE EN ANGLETERRE

consilliës par ses plus espésiauls amis que il retournast en Engleterre, pour sa santé. A clie consail dessendy-il assés légièrement et ordonna ses besoignes, et manda tous les barons de Gascongne qui à luy obéissoient et chiaulx de Poito et de Saintonge en la chité de Bourdiaulx, et là moult saigement et moult douchenient il leur remonstra qu'il les avoit tenus en pais et en prospérité tant qu'il avoit peut, et quec'estoit son intention de retourner en Engleterre; mais il leur laisseroit Jehan son frère, duc de Lenclastre. Sy leur prioit que tous obéissent à luy, sycomme il avoient fait à luy ; et il l'eurent tout en couvent de grant volonté et luy firent serment, présentie prinche, de foy et loyalté à tenir.

Depuis cheste ordonnanche faite ne demoura gaires de tamps que le prinche et madame le princhesse et Richars leur fils montèrent en mer à belle compaignie de gens d'armes, et estoientbien Xir, que uns, que aultres. Là estoient en sa compaignie le conte de Cantbruge, ses frères, et le conte de Pennebourcq. Sy singlèrent tant de nuit et de jouiqu'il arivèrent en Engleterre ou havre de Zandvich, et puis se mirent au chemin devers Londres, en laquelle chité fut rechut à grant joie ; car moult l'amoient tout cheulx du païs. De l'ordonnanche du prinche et du roy d'Engleterre son père et des paroUes qu'il eurent ensamble, je m'en tais ; mais il fu partout bien venus. Sy s'en allèrent demorer le prinche et la princhesse et son fil à Berquamestede à vingt lieues englesses de Londres, et là se tint le prinche aise en espéranche de santé recouvrer.

Or retournerons-nous au duc de Lenclastre.

Assés tost après le département du prinche qu'il se party de Bourdiaulx, le duc de Lenclastre fit faire l'obsèque de son nepveu le jone fils du prinche en l'église catédral de Bourdiaulx, et là furent tout li barons de Poito, de Saintonge et de Gianne, qui pour englès se tenoient.

506 SIÈGE DE MOiNTPAO.

Entreulx que on entendoit à faire ches besoignes, chil de la garnison de Pieregorth yssirent hors (environ IP lanches), et s'en vinrent courir devant le forteresse de Monpaon, et messire Guillarae de Monpaon qui sires en estoit, se rendy assés légièrement et fist sa ville franchoise, et fu rafrescie de Bretons.

Ches nouvelles vinrent au duc de Lenclastre et as signeurs qui se tenoient à Bourdiaulx; sy le tinrent en grant vergonne, et dist le duc de Lenclastre que jamais n'entenderoit à autre chose, sy le raroit. Sy pria à tous les signeurs qui là estoient, que il s'aprestaissent du plus tost que il pouroient, car il volloit aller vers Montpaon. Et tout obéirent, et se partirent en brief jour de Bourdiaulx à grant compaignie, et allèrent devers Montpaon, qui doubta le péril ; et estoient avec monsigneur de Montpaon, messire Guillames de Loncval, messire Allaiu de le Housoie, messire Lois de Mailly et le sire d'Arsy , tout quatre Bretons. Anchois que le duc de Lenclastre fust venujusques à là, messire Guillame de Montpaon se party et s'en vint en la chité de Piereghot.

Par devant Monpaon ot grant siège et grant assault, et moult s'enforchèrent les Englès pour prendre la fortresse, et tant [que] fînablement il furent moult apressés. Encore le siège durant, derechief s'y vinrent rebouter X lanches de Bretons, desquels Selevestre Bude estoit capitaine. En chel estât furent-il bien trois sepmaines et se tinrent moult vaillaument. Finablement, quant il virent que plus ne se pooient tenir, il commenchèrent à traitier devers le duc, et portoit le traitiet messire Guichart d'Angle. Nullement le duc ne s'y volloit asentir, se messire Guillarae de Montpaon ne luy estoit délivrés; mais il jurèrent que point n'estoit en la fortresche, et par ainsy il se partirent et rendirent la plache au duc, sans en riens enporter du leur.

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