LES FRANÇAIS SEMPARENT DU CHATEAU DE MONTCONTOUR
En che tamps tenoient les camps en Auvergne , en Roergue , en Quersin et en Limosin , le conncstable de Franche , le duc de Berry , le duc de Bourbon et les compaignes, et se commenchoit moult fort le pais à esbahir et à pierdre en Poito pour le cause de chiauls qui desconfis furent à l'entrée de la Rochelle, et vinrent adont chil signeur de Franche et leur gens devant Montcontour que ly Englès avoient pris l'année devant. Sj l'aségèrent de tous point et y livrèrent pluiseurs assauls (c'est à six heures de Poitiers), et firent remplir les fossés qui y estoient grans et larges. Et quant il eurent che fait, il l'allèrent assallir de sy près, que de Torche il le conquirent ; mais Jehan de Cressuelle et David Hollegrave qui dedens estoient , par traitiet que il eurent as Franchois, se sauvèrent et furent mené en Poitiers, et leur gens.
Ensy eulrent les Franchois le castiel de Moncontour, dont chil de Poitiers furent moult esbahis , et se doubtèrent d'avoir le siège. Sy mandèrent le sénescal monsigneur Thomas de Persy qui chevauchoit en le compaignie du captaul, que venist celle part, car il se doubtoient d'avoir le siège. Ledit messire Thomas reraonstra che au captai, et eult congiet de retourner à Poitiers, et y vint atout grant compaignie de gens d'armes.
Quant les Franchois seurent che, il congnurent assés bien qu'il ne pouroient esploitier à Poitiers ; car il estoient grandement et bien rafreschy. Sy eulrent consail que il se trairoient en Limosin devant Sainte-Suyère, laquelle se tenoit englesse , et en estoit sire messire Jehan d'Évrues, et le gardoient de par ly messire Guillaume de Persy , Richart Gille et Richart Holme, et là mirent le siège, et estoient bien Vil™ combatans, et y livrèrent pluiseurs assauls.
SIÈGE DE SAlNTE-SEVÈRE. o21
Les nouvelles vinrent à messire Jehan d'Évrues, qui estoit en la Rochelle delés le captai , et aux signeurs qui là estoient, que ly Franchois avoient aségiet sa fortresche de Sainte-Suyère et ses gens dedens. Sy prya audit captai et as seigneurs que il le volsissent aydier tant que le siège fut levés.
Chil signeurs de Gascongne et de Poito ly otrièrent et s'asarablèrent à Poitiers , et estoient parrny les Englès Xir lanches et se tirèrent celle part pour lever le siège, et les nouvelles vinrent au connestable de Franche et au duc de Berry qui estoient devant Sainte-Suyère comment les Englès enforchiement venoient pour lever le siège. Il n'en fu noient efFraès, mais fist toutes ses gens armer et traire à l'assault, et là fu ladite fortresse tellement asallie et par sy bonne ordonnanche, que chil qui dedens estoient, tout considère, n'osèrent atendre l'aventure, ne le secours, mais se doubtèrent à estre prins de forche , et rendirent la fortresse, sauf leur corps et leurs biens, et se partirent et alèrent vers Poitiers , et encontrèrent leur gens qui les venoient secourir , lesquels furent moult courouchiès de ceste aventure, et jurèrent là sus les camps que jamais en fortresche qui en Poito fust, il ne se logeroient , sy aroient combatu les Franchois.
En che tamps esquèy la ville de Poitiers en grant dissention l'un contre l'autre ; car li aulcun et chil de l'Eglise se volloient tourner franchois, et le maire et aulcun saiges hommes ne s'y volloient point asentir. Toutesfois chil qui le plus de vois avoient en le chité, mandèrent secrètement au connestable que, se il se volloit tant avanchier que il venist à II ou IIP lanches, on le lairoit en la ville. Le connestable , quant il oit ces nouvelles, il les remonstra