‹ Œuvres de Froissart; (volume 2)Chapitre 282 sur 307 · LE CONNÉTABLE OCCUPE TOUTE LA BRETAGNE · texte numérisé non relu

LE CONNÉTABLE OCCUPE TOUTE LA BRETAGNE

conforta sen fil che qu'il peult et dist que les choses ne demoroient pas longement ensy.

Le connestable de Franche et ches gens d'armes, sicomme vous avés oyt, se tenoient en Bretaigne et conquestoient villes et castieaulx à pau de fait , car tout li païs se tournoit franchois, et s'en vinrent devant Hainbon, et là eult grant assault , et se deffendirent moult vaillaument aulcuns Englès qui là estoient , mais finablement il se rendirent par composition, car nuls secours ne leur apparoit, et sy avoit dit le connestable, se nuls de chiaulx de la ville se mettroient à deffense, il leur feroit oster la teste et nul n'en prenderoit à merchy. Pour tant ne s'osoient-il amonstrer as crestiaulx, et se partirent les dit Englès , saulve leur vies, et s'en vinrent à Brest où messire Robert Canolle se tenoit. Là furent-il requelliet, et Hainbon demora franchoise. Et s'en vinrent les Franchois devant Conke-surmer, dont messire Jehan de Laghinghay estoit capitaine, atout grant gens. Sy se mirent à deffense, et y eult pluiseurs assauls. Finablement, il furent prins par forche, et tout les Englès, qui dedens estoient, mors , excepté le dit monsigneur Jehan et six hommes d'armes , qui furent prisonniers , et eurent les dis Franchois le castiel de Conke et le réparèrent et y mirent nouvelles gens. Et puis sy s'en vinrent devant Derval, le maistre fortresche de monsigneur Robert Canolle, de laquelle messire Hues Broe estoit capitaine , et estoit cousin audit Robert Canolle.

En che tamps se départirent du connestable bien V« lanches de Bretons , desquels le sire de Clichon , le

538 PRISE DE LA ROCUE-SUK YON.

visconte de Rohem , le sire de Biaumanoir , le sire de Quintin, le sire de Rais et le sire de Rieus estoient gouverneur, et s'en vinrent au commandement du duc d'Ango mettre le siège devant le Roche-sur-Ion, qui estoit englesse, sur les marches de Poito, et là vint le duc d'Ango en propre personne bien à M. lanches d'Auvergne et des marches d'Ango , et ossy vinrent tout li Poitevin qui franchois se tenoient. Là eult grant siège et fort et qui longement dura. Finablement ly Englès de le Roche-sur-Ion se rendirent par composition , que , se il n'estoient conforté et secourus dedens six sepmaines, il renderoient le fortresse et s'en partiroient sauve leur vies, et, che terme durant, on ne leur faisoit point de guerre. Là se tint tondis le siège , tant que les six sepmaines furent acomplies et qu'il ne furent point conforté. Sy s'en partirent , sauve leur vies , et s'en alèrent vers Bourdiaus , et la fortresse demeura franchoise.

Sy s'en retournèrent ly Bretons après che siège devant Derval où toute le grant ost de Franche se tenoit devant le castiel de Derval , et y eult fait pluiseurs assaulx et escarmuches , et y levèrent les Franchois de grans engiens qui y jettoient nuit et jour et qui travilloient durement chiaulx de la fortresse. Dont s'avisèrent messire Hues Broe et ses deus frères que il feroient ung traitiet as Franchois, que, se il n'estoient secourus dedens deus mois des Englès , il se rendroient à yauls. Chils traitiet fut entamés et parlementé et se passa par le consentement du duc d'Ango , qui vint au siège , et livrèrent les Englès deus chevaliers et deus escuiers pour hostaige devers les Franchois. Et se desfit le siège ; car le roy de Franche remanda gens et par espésial le sire de Clichon , le visconte de Rohem, le sire

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