A CALAIS ET BORDEAUX
dit host, et tant que messire Gautier Hues, qui bon chevalier estoit et qui trouvé s'estoit en pluiseurs grosses besoignes , soudainement pour estre à clielle escarrauche, monta sur ung coursier et prist sa lanche et sa targe, et de haste il ne s'arma que d'une cote de fier, et mist son bachinet et s'en vint en frapant des esporons sur les Franchois, son penon devant luy. Là fu avisé d'un rade chevalier franchois, qui s'apelloit messire Jehan del Mans, qui vint jouster avec luy d'une lanche forte et rade, et par forche de corps et de son coursier il lui percha le targe et le cotte de maille et le doublet, et ly passa la lanche tout parmy le corps et le navra à mort : dont ses gens furent esbahis et tout desconfis , et raportèrent leur signeur. Ches nouvelles vinrent en l'ost que les Franchois escarmuchoient et avoient rebouté les gens de monsigneur Gautier Hue et le navré à mort. Sy se tirfirent toutes gens de celle part, et les Franchoys ossy, et, quant il veirent que point fu, il se retrairent. Ensy alla de ceste aventure, et fu là mors messire Gautier Hues, qui grandement fu plains et regrettés des Englès.
En che tamps se party du siège de Bécherel le connestable de Franche, le sire de Cliçon, le visconte de Rohem et tout les Bretons, et y laissèrent tant seulement les Normans. Sy vinrent les dessus dit à Paris devers le roy pour savoit quelles cose il volloit qu'on fesist de ces Englès ; car ly aulcun du royalme disoient que c'estoit grans blasmes et confusions pour tous les nobles du royalme de Franche que on ne combatist les Englès qui ensy chevauchoient le royalme à leur aise. Le roy eult pluiseurs immaginations et pourpos sur che et n'en scavoit lequel faire. Toutesfois il estoit plus enclins à non combatre que du combatre ; car il resoignoit et doubtoit tant les fortunes et les périls et le damaige de ses gens que pour che il ne s'osoit aventurer à faire combatre.
FROISSAUT. XVII. — 35