A CALAIS ET BORDEAUX
ensy qu'il l'avoit empris. Ossy le connestable de France n'eu faisoit par trop grant conte, mais le poursiévoit toudis de grant vollentë, et sachiés que les Englès sur che voiage eulrent pluiseurs nécessités, espécialiement quant l'ivier aprochoit ; car il estoient si près poursié^y des Franchois que à paine s'osoient-ii couchier, quant ii estoient logiet, fors tous armés, et ne povoient, ne osoient aller fourer. Dont le plus bieau consail qu'il eurent, che fu qu'il rainchonnoient villes et petites plaches et abbéies à non ardoir à vivres, et puis le départoient par portions à l'un l'autre cascuns selonc se quantité. Et tant firent qu'il passèrent sans bataille tout parmy le royalme de Franche et vinrent à Bourdiaus-sus-Géronde , et toudis les poursiévoit le connestable.
Ensy que vous avés oy recorder , firent les deus dus dessus nommés leur voiage et retournèrent à Bourdiaus , et jusques à là les poursiévirent l'enbassade du pappe, et messire Bertran de Claiquin et les Franchois s'en retournèrent en Franche, et les deus duc sur l'esté s'en retournèrent en Engleterre.
Tout l'ivier devant nommet et le quaresme ensiévant avoit le duc d'Ango, qui se tenoit à Thoulouse, fait secrètement ung très-grant appareil, et avoit intention que de chevaucher en le Haulte-Gascongne et de tout destruire ou constraindre tous les signeurs rebelles à luy et mettre en l'obéisanche de son frère le roy de Franche. Tantost après le Pasque l'an LXIIII, le duc d'Ango se party de Toulouse à bien XV™ hommes, que d'uns, que d'aultres , dont il y avoit V™ chevaliers, que escuiers, et se mirent toutes ches gens sur les camps, et là estoit le connestable de Franche et le sire de Clichon, le visconte de Rohem et grant plenté de bonnes gens de Bretaigne. Tous le pais frémissoit devant
548 CHEVAUCHÉE DU DUC d' ANJOU DANS LA HAUTE-GASCOGNE.
yaulx, et disoit-on que il volloient aller aségier Baïone ; et quant tout furent assamblet à Pieregorch, il s'en vinrent devant une. ville que on appelle Saint-Salvier, dont ung abbé estoit sires. Ly abbés qui doubta le puissanche du duc d'Ango, vint au devant et pria que luy et sa terre peussent deraorer en pais et que il volsist passer oultre ; et tout ensy que les aultres signeurs feroient, il obéiroit. Le duc d'Ango à che traitiet s'acorda légièreraent et passa oultre ; mais on prist bons ostaiges de dant abet, que on envoia à Pieregorch, et puis chevauchèrent devant une ville que on appelle Lourde. Sy l'aségèrent, et fut prise de forche et fu toute pillie et arse, et à leur département il chevauchèrent avant et entrèrent en la terre du visconte de Castielbon et l'ardirent toute ou environ et toute le terre du Castiel-Noef, et chevauchèrent amont viers Bierne et vers le conté de Fois, et sy estoit le pais efFraés du duc d'Ango que toute gens se rendoient à luy et se raetoient en son obéissanche ; et vinrent en la terre du signeur de Lescut, et vinrent devant une ville et un fort castiel que on dit Saut, dont Guillame de Pons estoit capitaine. Sy l'aségèrent et y livrèrent pluiseurs assault.
Le conte de Fois, qui se tenoit en son pais et qui sentoit le duc d'Ango là sy enforchiement venu, veoit que tout che païs se perdoit, qui estoit de ses arière-fiefs par droit et duquel il convenoit qu'il fesisthommaige au roy de Franche ou au roy d'Engleterre. Sy manda le signeur de Marsen et les plus grans de son païs pour avoir conseil de ches besoignes. Sy fu adont consilliet que d'envoier une esbassade grande devers le duc d'Ango et le connestable de Franche pour traitier pour luy et pour ses gens, affin que le duc se volsist retraire à Pieregorch ou là où le mieus que luy plairoit, et que chils qui dedens le my-aoust seroit le plus fors devant Montsack en Gaseongne, ou le duc