UNE TRÊVE EST CONCLUE EN GASCOGNE
d'Ango ou le duc de Lenclastre qui encores se tenoit à Bourdiaus, le conte de Fois et tout chils signeurs [luy] recongnoistreroient foyaulté et hommaige. Chil tretié et ches parclions furent oyes, et les acorda le duc d'Ango par l'acord du consail du connestable de Franche, et se retrait devers le chité de Pieregorch, et ne donna nul de ses gens d'armes congiet.
Or advint ensy que ly archevesque de Ravenne et ly évesque de Carpentras qui estoient en la marche de Bourdiaus, allèrent tant de l'un à l'autre que en celle saison une trièves furent faites et données du duc de Lenclastre et du roy de Francheà durer jusques au prumier jour de may l'an LXXV (che qui estoit delà la rivière de Géronde tant seulement), et Guidèrent les Englès que ly ordenanche que ly barons de le Haulte-Gascongne avoient pris, se deuissent tenir et passer parmy chela, mais non fist, sycomme vous orës chyaprès.
Tantost ches trièves prises et accordés, le duc de Lenclastre et tous les barons et chevaliers d'Engleterre qui là estoient, se partirent de Bourdiaus et entrèrent en leur vassiaulx sur le Géronde et singlèrent tant par mer qu'il retournèrent arière en Engleterre.
Or vint le my-aoust, et le duc d'Ango s'en vint tenir son siège devant Montsacq ossy estofément, et otant de belles gens d'armes et à piet y mit-il que oncques il euist ensamble. Nuls n'aparut contre luy ; car les Englès s'en estoient ralet, et ly Gascons ne veulrent mies faire partie (le sire de Lespare, le sire de Rosera, le sire de Landuras, le sire
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de Muchident, le sire de Pumiers, ne li auîtres), contre le duc d'Ango, car il n'estoient mies fors assés. Et demora la journée as Franchois, et se mirent tous les seigneurs chidessus nommés et leurs terres en l'obéissanche du roy de Franche, et ossy le ville de Montsacli : de quoy les Englès furent moult courouchiés quant il seurent les nouvelles.
Nous retournerons au siège de Bécheriel sur les marches de Bretaigne et de Normendie, et vous conterons comment chil qui le tenoient, persévérèrent. Messire Jehan Appers et messire Jehan Cornuaille qui cappitaines en estoient et qui jà l'avoient tenu en garde contre les Franchois plus d'un an, regardèrent que secours, ne confort ne leur apparoit de nul costé,et se afoiblissoient grandement de leur prouvéanches. Sy eulrent consail et traitiet devers ches seigneurs de Franche qui là estoient, que, se il n'estoient secourus dedens le jour de le Tousain, il se renderoient sauf leurs vies. Chils traitiés fut acordés et le terme vint, nuls ne s'aparut d'iauls aidier, et vint devant Bécheriel ly connestable de Franche à plus de IP lanches, et tint se journée et eult par celle ordenanche devant dite le castiel et en prist la saisine ou non du roy de Franche, et s'en partirent tous les Englès qui dedens estoient, qui partir s'en volloient. Sy s'en alèrent à Saint-Saulveur-le-Visconte , où il furent recuelliet et devant laquelle fortresse, tantost après le siège de Bécheriel , les Franchois vinrent mettre le siège, et s'y tinrent grandement toute celle saison.
Or advint que ly capitaine de Calais, messire Jehan de Harlestons, et le capitaine de Ghines, messire Gautier [d'Évrues], se recuellèrent ung jour, et se partirent de
LE COMTE DE SAINÏ-POL TOMBE AU POUVOIR DES A^GLAlS. S51
leurs plaches et s'en vinrent à Ardre querre le signeur de Goumegnies et les compaignons qui dedens estoient. Sy se partirent tous ensamble pour faire aulcune chose en Franche et estoient environ VIIP'' lanches. Sy alèrent devers Boulongne.
En che jour estoit parti de Boulongne messire Jehan de Longvillers , qui capitaine en estoit , à LX lanches, et avoit chevauchiet devers Wissant ; sy trouva à son retour ches Englès, dont il fut reboutés villainement, et y demorèrent XIIII lanches de ses gens, et rentra à grant paine en la ville de Boulogne.
En che propre jour, avoit [fait] se monstre messire Hues de Castillon , maistre des arbalestriers et capitaine pour le tamps d'Abeville , et avoit en sa compaignie bien IIIP lanches des garnisons prochaines. Sy s'estoit le jovène conte de Saint-Pol mis en sa compaignie, qui nouvellement estoit revenus de sa terre de Ligny en Loraigne et alloit en pèlerinage à Nostre-Dame de Boulongne, siques sans son arroy il se mist privéement en la compaignie dudit maistre ; et chevauchoient les Englès devers Ardres et volloient rentrer ens , quant on leur dist que les Franchois chevauchoient sur les camps. Sy se mirent as camps, en instanche que pour trouver les Franchois. Sy a\fint que assés près de Likes, il se trouvèrent ; et assallirent les Franchois les Englès, et [les cachièrent jusques à] l'embusque que avoit fait le sire de Goumegnies , et reboutèrent prumièrement les Englès, tant qu'il vinrent au dehors d'une haie où leurs gens se tenoient. Sy se recuellèrent là tout ensamble, Esvous venir les Franchois, le conte de Saint-Pol prumièrement qui s'estoit mis à les cachier moult radement ; mais les Franchois (la plus grant partie) ne s'aquitèrent pas bien, et tout prumièrement messire Hues de Castillon se party , et ossy firent