‹ Œuvres de Froissart; (volume 2)Chapitre 302 sur 307 · NOUVELLES CONFÉRENCES POUR LA PAIX · texte numérisé non relu

NOUVELLES CONFÉRENCES POUR LA PAIX

et du costé des Franchois fu envoyet à Monstreul le sire de Couchy, messire Guillame de Dormans, chanselier de Franche, et Nicolas le Merchier. Sy se tenoient les Englès à Calais, et les Franchois à Monstreul, ne oncques ne peulrent tant esploitier les enbassadeurs que ches parties se volsissent comparoir, sur une certaine plache entre Monstreul et Calais, l'un devant l'autre, car il ne s'osoient fier l'un à l'autre. Sy se partirent sans riens faire, et ne furent les trièves plus données, ne ralongies, mais la guerre toute ouverte et renouvelée : de quoy pluiseurs chevaliers et escuiers en l'un royalme et en l'autre furent moult resjoïs , car il ne désiroient que la guerre.

Toute chelle saison et ches traitiés de Bruges et de Calais durant, le roy de Franche s'estoit poissaument pourveu sur la mer, et avoit une partie de la grosse navire du roy d'Espaigne. Et ly avoit le roy Henry envoyet son amiral qui s'apelloit dant Ferran Sans de Thouwars, et estoit amiral de la mer pour le roy de Franche messire Jehan de Vianne. Et avoient les Franchois grant vollenté de passer mer et aller en Engleterre.

Sy envoia le roy de Franche messaigiers au [roy] Robert d'Escoche, car le roy David d'Escoche estoit nouvellement mort. Sy avoient les Escochois couronné son nepveu qui avoit onze fils tous vaillans hommes. Sy prioit le roy de Franche au roy d"Escoche que il volsist tenir les alianches qui jadis estoient jurées et sellées entre le roy de Franche et le roy d'Escoche et leurs aydans. Les Escochois qui oncques parfaitement n'amèrent les Englès, s'y enclinèrent assés, parmy les biaulx dons que le roy de Franche leur fist présenter et départy au roy d'Escoche et as barons, le

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conte de Duglas, le conte de Mouret, le conte de Surlant, messire Robert et messire Thomas de Versy et as aultres, où on sentoit que il estoit enployet. Sy commenchèrent les Escochois à haïr ^ les Englès, et leur commenchèrent à faire guerre du costé d'envers Northonbrelant ens es marches de Wervich et tant que les Englès se doubtèrent moult à estre grèves de che costet, et plus redoubtoient le guerre des Escochois que des Franchois.

En che tamps s'estoit tenus en Flandres delës le conte son cousin le duc Jehan de Bretaigne par l'espasse d'un an, et avoit esté à tout ces traitiés, et avoit esté cause du desrompre ; car les Englès luy avoient juret (che que bien li tinrent) que jamais ne feroient pais as Franchois, sy y seroit et raroit son pais de Bretaigne et tout l'iretaige. Ossy le roy de Franche volloit mettre en sa pais le roy Henry d'Espaigne. Ensy estoit la cose bien tailliet du demourer.

Quant le duc de Bretaigne vit que la guerre estoit renouvelée entre le roy de Franche et le roy d'Engleterre, sy prist congiet à son cousin le conte de Flandres et se retrait vers Calais ; mais messire Hues de Cavrellée, qui pour che tamps estoit capitaine de Calais, vint contre lui à gens d'armes et archiers, et ossy fist che gentil chevalier messire Guichart d'Angle, qui encore estoit à Calais, et l'alèrent requerre à Gravelignes et le ramenèrent saulvement à Calais, et depuis ne demoura gaires le duc de Bretaigne à Calais, mais monta en mer avoecq ses gens tant seulement pour retourner en Engleterre. Il vint à Londres et demanda du roy et où il estoit. On li dist qu'il estoit encore à sept lieues de Londres à ung hostel sus le Tamise, et n'estoit

' Envahi)' ?

MORT DÉDOUARD III. 565

pas bien haitiés, mais afoiblisoit tous les jours. De ches nouvelles fu le duc de Bretaigne moult courouchiés et ala moult tost celle part, et là trouva le roy moult grevé de malladie et delés luy ses trois enfans le duc de Lenclastre, le conte de Cantbruge et moasigneur Thomas le maisnet.

Eu l'an de grâce mil IIIc LXXVII, le jour devant le vegille de Saint-Jehan-Baptiste, trespassa de che siècle en l'ostel de Cènes près de Londres le noble et vaillant et redoubté roy Edouwars d'Engleterre. De la mort de luy furent toutes manières de gens, nobles et villains,parmy le royaulrae d'Engleterre moult désolé ; car oncques n'avoient eu sy bon roy, ne sy bien fortunet en toutes ses besoignes. La mort du vaillant roy ne fu pas sitost seue par deçà la mer ; car on fist clore tous les passaiges et par toutes les mettes d'Engleterre, ne nul n'y passoit oultre, pour cose que il eust à faire. Se fu le corps du roy enbausmés et apportés au chastiel de Londres, et de là en très-grant ordonnanche, en le compaignie de ses enfans, des nobles et des prélas de Engleterre, fu aportés à grant solempnités au loncq de la cité de Londres à viaire descouvert. Sy poés bien croire et savoir que là eult che jour grant doleur et grans lamentations de toutes gens. En pleurs et en crys et regrès fu le corps du noble roy portés en l'église et abéie de Wesmonstre, et là ly fu faitte toutte ses ordonnanches trèssolemnellement, et fu ensepvelis dalés la bonne et noble royne madame Phelippe de Haynau sa femme, ensy que ordonné en leur vie l'avoient.

Bien se doubtoient chil de le marche de Hantonne et des ysles marchisans sur Normendie de le grosse armée du

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roy, de Franche, car il les avoient veu aparoir par pluiseurs fois sur les costières d'Engleterre. Sy l'avoient remonstré chil du pais au duc de Lenclastre et à ses frères et au consail de Engleterre, Sy furent ordonnés d'aler au passaige de Douvres le conte de Cantbruge et messire Thomas son frère atout IIIP hommes d'armes et Ville archiers, et d'aller àHantonne messire Jehan d'Arondel à IIIc hommes d'armes et Y" archiers.

Anchois que chil signeur se départesissent,consaulx généraulx fu de tous les barons et prélas d'Engleterre que de couronner à roy le jovène Richard qui fu fils au prinche de Galle. Sy fu couronné à Wesmonstre en la capelle du palais le roy Richart le onzième an de son eaige, et fist che jour quatre contes et neuf chevaliers, prumièrement monsigneur Thomas son oncle, conte de Boukinghem, le signeur de Persy, conte de Northombrelant, monsigneur Guichart d'Angle son maistre, conte de Hostidonne, le signeur de Moutbray, conte de Nothingen. Les chevaliers je ne les say nommer, et fist Camdos le hirault roy d'armes d'Engleterre. Et tout le gouvernement du royalme d'Engleterre mist ens ou duc de Lenclastre son oncle.

Sy se partirent ches signeurs qui dévoient faire frontière sus mer, le conte de Cantbruge et le conte de Boukinghen ses frères , et s'en vinrent vers Douvres. Le conte de Sallebrin et messire Jehan de Montagu s'en allèrent d'aultre part en le conté d'Exsesses , et monsigneur Jehan d'Arondel deviers Hantonne.

Entreulx que ches ordonnanches se faisoient, messire Jehan de Vianne et le sire de Ray, bourguignons, et leur

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gens et ly Espaignol s'en vinrent prendre terre en l'isle de Wiske et ardirent les villes qui chy s'ensieut : Le Monde , Daremoude , Pleumoude et Wesmoude , et fustèrent tout le païs de là environ : de quoy chil des frontières furent moult esbahis, et se doubtèrent grandement chil de le chité de Sallebrin et de la grosse ville de Warvich qu'il ne fuissent envay de clies Franchois ; mais les Franchois retournèrent en leur navire atout grant butin et [foison] de prisonniers, et puis prirent le chemin par mer pour venir à Hantoune, et entre l'isle de Wiske et Hantonne siet le ville et le port de Pesck. Là vinrent les Franchois et Espaignol d'une flote, et voUoient prendre terre. En ychelle ville estoient le conte de Sallebrin et messire Jehan de Montagut ses frères , atout grant puissanche qui moult et vaillaument gardèrent et deffendirent che pas, ou aultrement la ville euist esté prise, et le païs d'environ tout ars. Sy rentrèrent ches Franchois en mer et costièrent le païs pour venir à Hantonne et vinrent jusque au havre de le ville avec le marée pour prendre terre ; mais messire Jehan d'Arondel atout grant puissanche estoit en la ville. Sy le gardèrent vaillaument, ou aultrement elle euist esté prinse et arse. Sy s'en partirent les Franchois et les Espaignos , et costièrent le païs en aprochant Douvres et volloient prendre terre à le fois et l'euissent pris pluiseurs fois, mais les gens de guerre les poursiévoient à le mesure que il nageoient, et leur defFendoient à prendre terre. Toutesfois les Franchois vinrent sur ung port d'une prioré que on dist Liaus, où avoit aulcuns chevaliers et escuiers du pays et bien IIIP bons hommes d'armes qui se mirent à defFense avoecq le prieur et les chevaliers. Là eult grant hustin et dur au prendre terre. Toutesfois il le prirent et recullèrent les Englès. Sy dura cheste bataille environ deus heures. Finablement les Franchois obtinrent la

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plache et furent les Englès desconfis , et en y eult mort 11% et y furent pris messire Thomas Ceni et messire Jehan Afuselés et le prieur de Liaus et foison des aultres . Sy fu ladite abbéie toute pillie et arse, et la ville ossy , et puis s'en retournèrent en leurs navires, et là y menèrent leur prisonniers , par lesquels on seut que le roy d'Engleterre estoit mors, siques messire Jehan de Vianne monta en une barge dont il traversa la mer au lés devers Dieppe, et le senefya au roy de Franche. Quant le roy de Franche seut la mort du roy d'Engleterre, il en fist ensy que je vous diray , car il fist faire en le Sainte-Capelle du palais de Paris son obsèque très-honnourablement pour cause de lignaige , et ensy l'avoit-il fait l'année devant du prinche de Galles, desquelles ordonnanches il fu grandement prisiet.

Nous parlerons de messire Jehan de Vianne et de leur armée sur mer, comment il persévérèrent après che que il eurent estet à Liaus. Il retournèrent en mer et singlèrent viers Douvres, et avoient intention de là prendre terre et de ardoir le pais ; mais il seurent par leurs prisonniers que le passaige estoit bien gardés, et toutefois singlèrent tout celle part, mais en leur chemin il prirent terre à ung port que on dist Rie, Sy n'y trouvèrent que les hommes de la ville, qui furent moult tost desconfis, et la ville arse, et puis rentrèrent en mer et s'en vinrent devant Douvres. Là estoient sur le rivaige les deus frères le conte de Cantbruge et le conte de Boukinghen à V*" hommes d'armes et bien M, archiers, et toudis leur venoient gens de Londres et de ailleurs et de tous lés pour aydier à garder che passaige, et estoient tous les gens d'armes rengiés et ordonnés sur le rivaige, et euissent vollenté veu que les Franchois fussent aprochiés et pris terre, car il avoient grant désir de les combatre ; mais les Franchois n'eurent pas de che conseil ,

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