‹ Œuvres de Froissart; (volume 2)Chapitre 36 sur 307 · INFLUENCE · texte numérisé non relu

INFLUENCE

il monstroit vérité (che estoit bien avis à ceux de Gant), il le firent mestre et souverain prumièrement d'eux et puis de tout le pais de Flandres , car en son commenchement ceux de Bruges , de Ypres et de Courtray furent rebelles à ses oppinions ; mais ceulx de Gant qui toudis ont esté mestre et souverain de toutes les villes et les pays de Flandres, de forche les firent obéir et estre enclins et obéissant à eulx et à Jaques de Hartevelle qui emprist le gouvernement de Flandres. Et convint le conte Lois widier et partir, et s'en vint en Franche déliés le roy Phelippes, son cousin, qui le rechut liement et luy assina rentes pour lui et madame sa femme vivre et entretenir leur estât ; car en le conté de Flandres, le vivant de Jacques de Hartevelle, eurent-ils moult petit.

Chils Jacques fu tantost sy grans et sy eslevés que je vous conteray; car, se aucuns contredisoit à ses parolles , il avoit toudis après luy allant aval la ville de Gant soixante ou quatre-vingt varies armés, entre lesquels en y avoit deux o trois qui savoient aucuns de ses secrès, et quant il encontroit ung homme que il haioit ou qu'il avoit en soupechon , cheus estoit tantost tués ; car il avoit commandé à ses varies : « Osy tost que jou encontre « ung homme et je vous fais ung tel seigne , sy le tués « sans déport, con grant ou con hault qu'il soit , sans « atendre. » Ensy avenoit souvent , et en fist en celle manière pluiseurs grans maistres tuer, par quoy il estoit sy redoubtés que nul n'osoit parler contre chose que il volsist faire, ne à paine penser de luy contredire. Et tantost que les quatre-vingts variés l'avoientraconduit à l'ostel, chascun aloit disner à sa maison, et après disner , il revenoient devant son ostel , et là estoient jusques à tant que il aloit devant la ville , et ensy le conduisoient jusques au souper , et avoit chascun compaignons six gros le jour

DE JACQUES d'aRTEVELDE. 57

de Flandres de gaiges , et les faisoit bien payer de sepmaine en semayne , et encores avoit-il partout en les villes et chasteleries de Flandres sergans et saudoyers à ses gaiges pour faire tous ses commandemens et espier et savoir se il y avoit nulle part personne qui fust rebelles à luy, ne qui desist, ne enfourmast nulluy contre ses vollentës ; et sy tos que il en savoit aucuns en une ville , il ne cessa jamais tant que il l'euist fait banir et fait tuer sans déport. Jà cheluy ne s'en seust garder, quelque grant mestre qu'il fust, et mesmement tous les plus poissans de Flandres , chevaliers et escuiers et bourgois de bonnes villes , qu'il pensoit qu'il fussent favorable au conte en aucune manière , il banisoit de Flandres et levoit la moitié de leur biens et laissoit l'autre moytié de leur revenue pour la femme et enfans ; et ceulx qui ensy estoient banis, se tenoient à Saint-Omer le plus , et les apelloit-on en la ville les avolés ou les outre-avollés. Et briefment à parler, il n'y eult oncques en Flandres, ne en autre pais conte, duc , ne prinche, ne autre seigneur , qui peuist avoir ung pais mieulx, ne sy à sa voUenté, comme cheluy Jacques avoit et eut longement. Il faisoit lever les rentes et les tonlieux , les vinaiges et les droitures et tout les revenues que le conte devoit avoir et qui à luy appertenoient , quelque part que che fust parmy Flandres , et toutes les malletotes, Sy en despendoit la moitié à sa vollenté, et l'autre moitié metoit au trésor; et quant il volloit dire que argent luy failoit , on le créoit partout , car on ne osoit dire au contraire. Et quant il en volloit emprunter à aucuns bourgois sur son non , il n'estoit nuls qui l'osa escondire, et tant estoit redoubtés parmy le pais de Flandres.

Cheluy Jaques d'Artevelle avoit le cuer plus englès que françois et pressa tant la querelle du roy d'Engleterre parmy

Page 1