EDOUARD III DÉBARQUE A ANVERS
d'un bieau fils que on apella Lion, et fu depuis duc de Clarense, sycomme vous orés chy-avaut en ces croniques. Entreuls que madame la royne d'Engleterre gisoit , s'en ala le roy d'Engleterre à Gant, et fu là environ quinze jours, et là eult ung parlement. Se y fu le duc de Brabant, le conte de Haynau , ses oncles, le duc de Gueldres , le marquis de Julers, le seigneur de Fauquemont et messire Wallerans de Ligny. Là ne savoient les seigneurs tant consillier, ne trouver voie, ne manière, comment il peuissent avoir cause de guerrier le roy de France, ne aydier le roy d'Engleterre , quant un clerc du duc de Brabant , qui s'apelloit Jehan de le May ère , y trouva voie , et fu ses consail creus et oïs ; car il dist ensy : « Messeigneurs, « je vous voy trestous arester et abuser sur ung estât que « je vous esclarchiray vollentiers , se vous voilés , et je « vous le dèclareray. Vechy le roy d'Engleterre , qui chy « est en vostre présenche, et demande avoir le confort et « ayde de vous, et vous ne lui povés bonnement donner, ne « acorder pour guerrier le roy de Franche , se che n'est « par un point que je vous diray. Il s'en voist pardevers « le roy d'Allemaigne , lequel est empereur de Romme, « et faiche tant envers luy qu'il le establisse es parties de- « chà vicaires, ou envoie son vicaire par deçà et devers « vous [réclamer] ou non de l'empereur toute obéissance, et « il vous menra là où il luy plaira. » Les seigneurs regardèrent adont l'un l'autre, et puis dirent : « Il dist vérité. » Ensy fut l'avis et consail de Jehan le Mayère.
Alors s'arestèrent tous ces seigneurs de l'Empire qui là estoient, et ordonnèrent que le roy d'Engleterre s'en yroit devers le roy d'Allemaigne et esploiteroit tant que par dechà le Rin seroit vicaires de l'empereur.
EDOUARD m VICAIRE DK l'eMPIRK. G1
Sur chel estât s'en retourna le duc de Brabant , le duc de Gueldre et le conte de Haynau en leur païs, entretamps que le roy d'Engleterre s'en ala devers l'empereur, et pria son serouge le marquis de Jullers qu'il volsist aller en sa compaignie , et il luy acorda vollentiers. Sy se party le roy d'Engleterre de Gant et enraena aucuns barons d'Engleterre avec luy et messire Robert d'Artois , et passa tout parmy Brabant et Hazebain, et vint à Tret et à Jullers. Là trouva le marquis qui se mist en sa route , et sy esploitèrent tant par leur journées que il vinrent à Convalanche, là où l'empereur estoit , qui le rechut liement. En ce temps esploita tant le roy d'Engleterre pour son argent, car moult cousta son fait à pourchacier, et fist tant au roy d'AUemaigne, que il luy bailla lettre et ordonna son vicaire le roy d'Engleterre par tout son empire, pour semonre tous gens de fief , barons et chevaliers et escuiers , et mener là où il luy plairoit. Et en furent ces ordonnances escriptes, et levées lettres et instrument publicque aprouvant tous ces fais, et là jurèrent pluiseurs grans seigneurs de l'Empire à estre prest pour servir le roy d'Engleterre osy tos que il les semonroit. Adont fu fait le conte de Jullers marquis de Jullers.; et [le marquis de Jullers et] le duc de Gueldre renouvelèrent pluiseurs nouveltés en la court de l'empereur ou non du roy d'Engleterre.
Quant tout ces choses furent faites , et du consail et consentement de l'empereur , et osy des aliés qui là estoient présens , et que tout y furent appelles , alors le roy d'Engleterre prist congiet et s'en retourna arière en la ville d'Anvers où madame sa femme estoit encore. Et là eult de rechief à sa revenue ung grant parlement, et nus ne s'y oublia de y venir. Et là y fu Jaques de Hartevelle, qui soustenoit grandement le partie du roy d'Engleterret, [et ossy] le duc de Brabant, le conte de Haynau, messire