‹ Œuvres de Froissart; (volume 2)Chapitre 41 sur 307 · CHEVAUCHÉE DE GAUTIER DE MAUNY · texte numérisé non relu

CHEVAUCHÉE DE GAUTIER DE MAUNY

ville de Gant. Osy tost que il eult deifyet le roy Phelippe et que le roy Phelippe se tint pour defFyet et qu'il eult fait saysir le conté de Poitou par son connestable et le conté de Ghines , le dit roy d'Engleterre cuida tantost partir et venir devant Cambray ; mais il n'eut mie ses gens sy tantost prest , espécialeraent le duc de Brabant , et détrièrent les AUemens à venir de la Saint-Jehan-Baptiste jusque» en my-aoust et plus avant.

En che détriement fist ung grant envaïsement messire Gautier de Mauny , car il se party de Gant du roy d'Engleterre atout quarante lanches et chevaucha tant jour et nuit qu'il vint à Mortaigne- sur- l'Escaut , à quatre lieues de Tournay , et droit par ung ajournement il entra à l'une des portes en ladite ville de Mortaigne et le conquist, et fu sire de la ville , excepté du castiel , et fu de ses gens toute pillie , et croy que il l'euist bien tenue , se il volsist ; mais il sentoit encores le roy d'Engleterre trop loings et cheux de Tournay trop près. Sy s'en party ; mais ses gens boutèrent le feu en la ville, et fu ensy que près toute arse. Encore de celle empointe il s'en vint en Cambrésy à Thun-l'Évesque , qui se tenoit françois , et le conquist sur ung ajournement vaillaument , et prist dedens le castelain et tous ceulx qui le gardoient , lequel pour ces deus choses en le tanips de adont on tint de moult hault emprise et moult grant vaillance ; et quant messire Gautier se party de Thun-l'Évesque , il institua messire Gilles Grignart , son frère , à garder le castel de Thun , et grant foison de bons compaignons de guerre , lesquels firent grant escarmuches et envaïes à ceulx de Cambray et ou pays de Cambrésis. Et puis s'en retourna ledit Gautier ù Gant devers le roy, son seigneur , qui le vey

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voUentiers et qui jà avoit oit parler de ses adventures , si luy en savoit bon gré et le tenoit pour ung des plus aventureus de son ostel et vaillans.

Le roy d'Engleterre s'en vint tenir à Willevort pour che que ses gens de Engleterre , qui avoient passet la mer , où bien estoient deux mille hommes d'armes et quatre mille archiers, qui estoient là logiet en ches bieaux prés ou environ , et là furent de la Madelaine jusques après le Notre-Dame en septembre. Adont s'en party ; car les AUemans commençoient à venir vers luy, ensy que mandé les avoit et semons par le vertu des privilèges de l'Empire , et s'escripsoit et appeloit partout avec son title vicaires de l'Empire, et esploita tant ledit roy d'Engleterre qu'il vint à Mons en Haynau, et avec luy grant foison de ses gens , et eut au départir ung parlement à Malignes , et convint que le duc de Brabant venist devers luy.

En la ville de Mons et environ se logèrent le roy de Engleterre et ses gens , et là estoit le jone conte de Haynau qui le rechut liement et l'onnoura moult et fîst honnourer par ses chevaliers de son pays.

Quant le roy eult séjourné en la ville de Mons deux jours , il s'en party et ala devers Valenchiennes et entra en la ville lui quarantième seullement, et toutes ses gens prirent le chemin de Haspre et se logèrent sur la rivière d'Escaillon.

Le roy d'Engleterre dessendy en la Salle à Valenchienne. Le conte de Haynau et messire Jehan de Haynau estoient avec luy. Ensy que ces seigneurs raontoient les degrés de la Salle , il s'arestèrent tout quoy , car l'évesque de Lincolle parla et dist ensy : « 0 Guillames d'Ausoire , « évesque de Cambray , nous vous admonestons de par

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« le roy d'Engleterre , lieutenant et vicaire de par « monseigneur Lois de Bavière , roy d'Aleinaigne et « empereur de Rorame , que vous ouvriés les portes de la « chité de Cambray et receulliés son vicaire. » Là ne fu nuls qui respondesist pour le dit évesque. Ensy fu-il requis et amonesté par trois fois , et après le dit évesque adreça sa parolle vers monseigneur le conte de Haynau et dist : « Sire, toutevoies nous vous requérons de serviche « en venant, saulf vostre despens, devant la cité de « Cambray , comme hommes de l'empereur , pour aydier « et constraindre le dit évesque qui est en désobéis- « sanclie et tous les rebelles d'icelluy pays. » Le conte respondy et dist : « Evesques , je m'en aquyterai « vollentiers , sy avant que ije en suys tenu. » Depuis ne y eult rien fait, ne parlet ; mais montèrent amont en la Salle et furent là en grant revel , et soupa le roy che soir en la Salle du conte , et y j ut cette nuit, et l'endemaiii s'en party et fu aconvoyés jusques à Haspre où ses gens l'atendoient.

Adont prist congiet le conte de Haynau au roy et de son oncle , et au prendre congiet luy dirent que il fust tout prest dedens trois jours et venist devers luy atout cinq cens lanches , et que jà estoient fait leur mandement de toute pars. Le roy d'Engleterre respondy : « Dieu en ayde ! « Sy retournèrent les dessus dit seigneurs à Valenchiennes , et le roy d'Engleterre et toutes ses gens s'en allèrent mettre le siège devant la cité de Cambray.

Ne demora gaires de temps après que le conte de Haynau et messire Jehan , son oncle , et leurs gens s'en vinrent devant Cambray et prirent plache et se ordonnèrent là par manière de siège. En après vint le duc de Gueldres , le conte de Julers , le conte de Mons , le marquis de Misse et le sire de Fauquemont , messire Ernoul de Bakehem, le

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