DE CAMBRAY
sire du Vort et tous les AUemans de dessus le Rin , qui alyés estoient au roy d'Eugleterre , et passèrent parmy Haynau et esploitèrent tant que il vinrent devant Cambray, et encores n'i estoit point le duc de Brabant, de quoy tous les autres seigneurs s'esmervilloient pour quoy il demouroit tant, quant il avoit juret et convenanciet par sa foy que il y venroit sy tost que les seigneurs seroient venus devant Cambray. Adont renvoia le roy d'Engleterre devers luy et luy mandant que il tenist che qu'il' avoit promis et juré. Quant le duc de Brabant vey que c'estoit acertes que aller devant Cambray luy convenoit, ou aultrement il seroit trop reprochiés de son honneur , lors list son mandement que tous chevaliers et escuiers de son pays venissent à Brouselles et envoia devant son compaigon le sire de Kuck pour aviser plache devant Cambray là où le duc se trairoit et ossy ses gens. En après vint le duc de Brabant atout douze cens hommes d'armes , que chevaliers , que escuiers , et esploita tant que il vint devant Cambray et se loga avec. les autres. Osy tost que il fust venus , il fu requis du roy d'Engleterre qu'il volsist deffier le roy de Franche , ensy qu'il apertenoit et que en convent l' avoit. Sy le fîst et l'envoia deffyer à Compiégne là où il se tenoit. Quant messire Loys de Cranehen , chevalier dudit duc , entendy ces nouvelles , ils qui tondis avoit escuset le duc de Brabant , son seigneur , de toute souppechon , alors vint devers le roy de Franche en grant air de cuer , et tellement se courouça que il s'en couça malades , de laquelle maladie il en morut.
Au siège qui fu devant la chité de Cambray vinrent pluiseurs grans seigneurs d'AUemaigne à saudée et à gaiges du roi d'Engleterre, et se y vint bien trente mille Flamens en la compaignie de Jaques de Hartevelle pour servir le roy d'Engleterre. Et fu là le siège ung moult grans temps, dont
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il y eult pluiseurs assaulx et escarmuches, mais riens ne conquirent , car elle estoit forte et bien frumée , 'et sy estoit adont bien gardée et defFendue de bonnes gens d'armes , que le roy de Franche y avoit envoiet , et ensy fut tout le pays d'environ ars et gasté et pilliés ; et Jehan de Haynau et le sire de Fauquemont y firent pluiseurs assaulx , mais pau y gaignèrent , car le sire de Coucy avoit là mis des chevaliers de Vermandois qui vaillaument le defFendirent , car il n'eurent point de damaige. Sy fu là le siège devant Cambray environ cinq sepraaines , et presque tous les jours il y avoit escarmuche ou assault , et travilloient les Haynuiers plus cheux de Cambray que tous les autres.
Quant le roy d'Engleterre vey que là il séjournoit à grant despens , et que riens n'y conquestoit , et que la chité estoit si bien prouveue de bonnes gens d'armes que jamais il ne l'aroit , si eult consail que il s'en partesist et marchast plus avant en Franche , en requérant bataille , se avoir le povoit, à son adversaire le roy Phelippe. Sy se deslogèrent de devant Cambray , et donna à Jaques de Hartevelle congiet et as Flamens de retourner en Flandres, et les remerchia grandement de che que s'estoient travilliés de là venir à sa prière. Ensy se départirent les Flamens. Et le roy d'Engleterre et tous les autres prindrent leur chemin pour venir au Mont-Saint-Martin ; car on leur disoit que le roy de Franche estoit à Péronne en Vermendois et avoit là grant foison de gens d'armes.
Le jone conte de Haynau dit au roy d'Engleterre que sy avant que ly Empire se porteroit, il yroit ; et quant il deut entrer en Franche , il luy dist : « Sire roy d'Engleterre et « bieau frères , je croy que je me suis bien acquîtes devers
ASSAUT D HONNECOURT. tSf
« VOUS du commandement de l'empereur. Vechy delà ceste « rivière le royalme de Franche , et le roy est mes oncles, « et est à neuf lieues près de chy et a fait son mandement, « et m'a jà mandet et escript que je luy doy serviche et « homage. Se l'yray servir. » — « Bieau frère, respondy « le roy d'Engleterre, vostre compaignie me plaisoit gran- « dément ; mais je ne voel pas que vous vo desloyautés « pour mon serviche. Adieu vous dy, jusques au revoir. » Ensy se départirent ly uns de l'autre Le conte de Haynau prist congiet et prist le chemin de Péronne en Vermendois, et le roy d'Engleterre cheluy du Mont- Saint-Martin. Et osy tost que il furent passés la rivière , ils entrèrent en Franche. Le dit roy fist chevalier Henry de Flandres et lui donna en Flandres deux cens livres de rente à sa nouvelle chevallerie.
Le roy d'Engleterre s'en vint logier à l'abéye du Mont- Saint-Martin et y fu quatre jours ; et entreulx que se tenoient là , ses gens couroient tout le pais environ , et vinrent jusques à Bapaumes et bien près de Péronne et jusques à Saint-Quentin. Sy ardirent et essillèrent tout le païs .
Or avint que en che séjour raessire Jehan de Haynau à toute sa route se party de l'ost, et ossy le sires de Fauquemont , le sire de Berghes , le sire de Cuck , le sire de Baudesen et messires Henry de Flandres , et estoient bien cinq cens lanches. Sy chevauchèrent tant que il vinrent jusques à Honnencourt , une ville non pas trop grant , mais bien frumée ; et y avoit une abéie dont le abbé en estoit seigneur , et là s'estoient retrait les gens du plat païs (eulx et leur biens). Adont ches chevaliers et leur gens , pour aquerre honneur , sy se tirèrent celle part , et là eult
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grant assault et dur , et vint dams abé en bon aroy, et se tint devant la porte à bailles en bon convenant et fîst la porte de la ville ouvrir toute , et avoit au devant fait faire une baille de gros baus au travers de la rue devant la porte, syque ces seigneurs qui là estoient, s'arestoient tout devant ces bailles et commenchèrent assallir de grant vollenté. Là eult fait pluiseurs assaus, et se tenoit messire Henry de Flandres tout devant , sa lanche en sa main, et lançoit entre ces bailles et assalloit de grant vollenté ; et là estoit dams abé au devant de la baille , qui s'aventuroit hardieinent , car il estoit grans et poissaus et hardis assés et bien fourmes de tous membres , et brisoit à le fois les cops que messire Henry jettoit.
Or avint que, en lançant et en escarraii chant, chils abbé apoingna la lanche de che messire Henry et le tira à luy si roit que il tira le chevalier jusques à baille , et l'euist tiré dedens , se le chevalier n'eust laissiet aler sa lanche, et demora à l'abé, ou autrement il euist perdu son brach : laquelle chose on tint à grant proesse pour l'abé , car messire Henry en fut tout honteux. Sy dura cel assault toute jour ajournée, et y eult mort ung chevalier hollandois qui estoit desoubs monseigneur Jehan de Haynau, qui s'apelloit messire Herman Bisses , et blechiet moult d'autres. Quant che vint au soir , les dis assallans retournèrent tout travilliet sans riens faire et revinrent à leur logis.
Encore estoit le roy d'Engleterre au Mont-Saint-Martiu. Sy se party le matin , et prirent le chemin de Tierrasse devers Oregni ; car il avoit entendu que le roy de Franche estoit à Péronne en Vermendois atout grant assamblée de gens d'armes , et disoit-on qu'il aprochoit et les venroit combatre. Pour tant se volloient-ils aviser et prendre
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pièche de terre, Sy chevauchèrent tout bellement devers Fémy et devers Farvacque pour venir à l'Esquelle et à Guise. Sy avint que la route du seigneur de Fauquemont et de messire Ernoul de Braquehen et de monseigneur Henry de Flandres s'en vint à Oregni-Saint-Benoit , une bonne ville, et avoit adont une moult belle abéye de dames. Sy fu par asault la ville prise, et ochis grant foison de gens de la ville , et toute la ville et abëie arse , dont che fut grant pité , et puis passèrent outre.
Or avint que l'évesque de Lincolle et messire Renault de Gobehem et messire Gautier de Mauny atout cinq cens lances passèrent outre la rivière d'Oise, et entrèrent en la terre du seigneur de Couchy, et ardirent tout le plat pais environ Saint-Quentin et chevauchèrent jusques bien près de Laon, et prirent leur tour pour venir à Cressysus-Selles, et ardirent la bonne ville de Cressy, où bien avoit trois cens hostels, et s'en revinrent à Guise , et là trouvèrent-il monseigneur Jehan de Haynau et le seigneur de Fauquemont atout ses gens, et alors se combatoient à aulcuns Franchois qui gardoient le pont et la rivière de par monseigneur Charles de Blois à qui la ville estoit , siques, quant les Englès vinrent de l'autre costé, les François se retrairent ou castel ; et passèrent adont l'évesque de Lincolle et leur route au pont. Sy fut la ville de Guise toute arse, et ly mollin abatu, ne oncques n'en fu riens déporté, quoyque la contesse de Blois leur priast, et estoit la contesse ou castel, qui seur estoit à messire Jehan de Haynau qui là estoit présent et qui en pria assés. Depuis vinrent devers le roy d'Engleterre qui estoit logiés à Farvacques.
Che propre jour vint le roy de Franche à Saint-Quentin atout sy grant foison de gens d'armes que c estoit grant mervelles à recorder , et ne peurent tout logier en la ville,
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mais il se logèrent ens es villaiges d'environ, et poursiévoit le dit roy les Englès caudement, car il les voUoit combatre.
Tant esploita le roy d'Engleterre et tout son ost , où bien avoit quarante mille hommes , et s'en vint à la Cappelle en Terrache, et ardirent ses gens toute la ville du Louvion, qui estoit au conte de Blois, et ossy ardirent la ville de la Cappelle, et puis s'en vinrent à le Flamengherie.
Entre le Flamengherie et Bueronfosse s'en vint logier le roy d'Engleterre, et dist que il n'yroit plus avant , sy aroit veu ses ennemis et combatu le roy de Franche et sa puissance qui le siévoient moult efforchiement. Et s'en vint che soir logier le roy de France entre la Cappelle en Terrasse et Bueronfosse. Sy se reposèrent celle nuit les deus ost qui estoient à mains de deus lieuvves près l'un de l'autre et firent grant gait de chascune partie.
Quant che vint au matin , le sire de Faigneulles et le sire de Thupegny, qui estoient de la route du jone conte de Haynau, qui estoit delés son oncle le roy de Franche , montèrent sur deus coursiers moult vistes et moult appers, et dirent entr'euls : « Alons veoir l'ost du roy d'Engleterre, » Sy y allèrent tout d'un acort sur les camps , et avint que le sire de Faigneulles avoit un jone coursier durement rades et mal enbridés , que le conte de Haynau luy avoit donné , sique à sallir ung fosset il s'esfréa et emporta ledit seigneur de Faigneulles , vaulsist ou non , parmy les camps ens ou logis du roy d'Engleterre. Le sire de Thupigny , qui vey l'aventure et qui nuls tallent n'avoit de faire che voiage , retourna , et son compaigon s'embati maugré luy entre les AUemans. Sy fu pris et amenés au logis de messire Jehan de Haynau , de quy il se renouma, et ledit messire Jehan le raplega de sa rainchon. Sy se retourna arière le sire de Faigneulles en l'ost du conte de Haynau et recorda son aventure. Sy en eulrent les seigneurs bon ris.
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Entre les Franchois et les Englès n'avoit que une seulle lieue de pays pour chevauchier de l'un à l'autre. Sy regardèrent adont les seigneurs de l'un host à l'autre , pour savoir où on se combateroit , et furent ung venredy tout rengiet et ordonnet ly uns devant l'autre et mis en ordenanche de bataille. Et là fu fait chevalier de la main du roy d'Engleterre messire Jehan Candos , qui depuis fu sy bon et sy vaillant chevalier en toutes plaches. Le roy de Franche , à che que on disoit , avoit bien deux cens mille hommes , que à pied, que à cheval, et furent conté par nombre tous les barons qui estoient en sa compaignie. Se y eult XI" et XV bannières et dix- sept cens chevaliers. Et là fut le roy de Behaigne , le roi de Navare , le roy d'Escoche , le duc de Normendie, le duc de Bourgongne , le duc de Bourbon , le conte d'Allenchon , le conte de Haynau , le conte de Flandres , le conte de Blois , le conte de Bar et tant de grans seigneurs que à mervelles seroit à recorder. Et avint que entre les batailles ung lieuvre sally hors d'un buisson. Sy fu escryet au haro après luy, et cuidèrent adont pluiseurs gens , qui derière estoient , que ceulx de devant se combatissent. Si eult fait à che jour pluiseurs chevaliers que depuis on apelloit les chevaliers du Lieuvre. Ensy furent ches seigneurs , tant englès comme franchois , et aloient l'un devant l'autre par ung venredy , et point ne se combatirent , dont on s'en peult moult esmervillier pour quoy il le laissèrent ; car il y avoit de toutes parties grans foisons de gens d'armes, et, à che que j'ay depuis owit recorder, il tint plus en la partie du roy de Franche que en cheluy du roy d'Engleterre , car il y avoit tant de fouré chapprons qui estoient du consail du roy de Franche , lesquels brissèrent la journée ; car qui euist crut le roy Phelippe , on se fust combatus sans