EDOUARD III RETOURNE EN ANGLETERRE
conte de Haynau son frère et madame la contesse sa femme , fille au duc de Brabant , et madame de Vallois sa mère , qui se tenoit en l'abéie de Fontenelles delés Valeuchiennes , et ossy faisoient les dames et demoyselles et bourgoises de Gand. Sy advint que la dite royne d'Engleterre en celle saison s'ajut d'un bieau fil en l'abbéye de Saint-Pierre de Gant, qui ot à non Jehan contre le duc de Brabant qui le leva , et fut depuis duc de Lenclastre , pour che qu'il eut à mariage la fille au bon duc Henry de Lenclastre et de madame Blanche.
Nous retournerons à aucunes besoignes et incidenses qui advinrent en Haynau cel ivier et l'estet ensiévant, entreus que le roy d'Engleterre estoit en son pays. Vous savés comment messire Gautier de Mauny prist par proesse le fort chastel de Thun-l'Évesque sur la rivière de l'Escaut. Sy estoit dedens messire Gregnars de Mauny , ses frères , qui travilloit durement ceulx de Cambray ; car près tous les jours couroit-il jusques à portes. Tant alla et vint qu'il l'en mesquéy ; car ung jour il y fist son emprise ensy que d'usaige avoit fait. A che jour y estoit venus nouvellement ung canonne , neveu de l'évesque , qui s'apelloit Guillame Rollans , appert homme d'armes. Cheliiy s'arma et monta à cheval, et issy hors de Cambray atout pluiseurs campaignons de guerre , et s'en vint de cop de lanche jouster audit messire Gregnart de Mauny , qui pau le prisa. Ly aventure vint ensy que ly Franchois, qui Gascons estoit , consiéwit le chevalier tellement que il lui perça le cors, et le chevalier quéy mort, et il n'y eult plus riens fait. Ses gens l'enportèrent tout raort^au chastel de Thun. Là estoient les deus frères , Jehan et Thierry , qui durement en furent courchiés ; mais amender ne le povoient, tant que à ceste fois.
PRISE DE RELEMGHES. 79
Assés tost après avint que cheux de Carabray issirent hors et vinrent à ung petit chastelet qui estoit là près, qui s'apelloit Relenges , del hirtaige monseigneur Jehan de Haynau , et le gardoit ung sien fils bastart , jone escuier, qui s'apelloit Jehan. Cheulx de Cambray espièrent qu'il estoit sy fort gellet que on povoit bien aller sur le glache. Sy vinrent à che dit fort et l'assallirent. Sy n'y firent riens. Lors retournèrent à Cambray ; mais au partir il raanechèrent moult ceulx du castiel, et dirent que l'endemain il y retourneroient plus fort la moitié , et feroient tant que il l'aroient, et metroient tout à l'espëe. Quant che vint à minuit, cheulx qui dedens estoient, se conseillèrent l'un à l'autre , et virent bien que longement tenir ne se povoient ; car on les aprochoit de trop près. Sy eulrent consail de widier , ensy qu'il firent , et s'en vinrent à Valenchiennes et à l'endemain cheulx de Cambray yssirent esforchiement hors et vinrent à Relenges et trouvèrent que les compaignons s'en estoient party et avoient bouté le feu dedens. Sy le prirent et l'abatirent moult villainement.
Vous devés savoir que en ce temps , de par le roy de Franche , estoit messire Godemars duFay tout gouverneur et capitaine de la chité de Tournay et de Tournésis et des fortresses environ ; et ossy le sire de Beaugeu , de la ville et du castel de Mortaigne , et de Saint- Amant , le sénescal de Carcassone , et de Douay messire Émars de Poitiers, et de la cité de Cambray messire Mille de Mirepois , le Gallois de le Baume , savoyens , et le sire de Villers et de Rousillon , et ossy messire Tibaud Moruel. Ches sauldoyers de Cambray et du Castel-en-Cambrésis dësiroient moult que il peuyssent avoir congiet de courir en Haynau , qui leur estoit voisine , pour contrevengier les
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despis que les Haynuiers , sycomme il disoient , leur avoient fait au siège de Cambray.
En che tamps estoit le conte de Haynau tous cois à Paris delés le roy de Franche. Li évesque de Cambray , qui rendoit grant paine au consail du roy que on peuist de Cambrèsis courir en Haynau , se complendoit trop amèrement du conte de Haynau , et disoit que c'estoit chelui ou siège estant devant Cambray qui plus leuravoit fait et porté de damaiges. Encore plus avant il disoit que tout couvertement le conte de Haynau estoit bons Englès ; car il avoit esté au parlement du roy d'Engleterre en Brabant et Flandres et savoit tout leur secret et avoit encores grant alianches as Englès. Tant dist et tant procura et tant esploita che dit évesque que le consail du roy se contourna à che que on fesist aucuns despits au conte de Haynau , non mie au nom du roy de Franche , mais soubs ombre du duc de Normendie qui estoit bauls de Cambrésis. Sy trestost que ceste cose fut acordée , les saudoyers de Cambray le seurent. Sy se partirent ung soir , samedi des Brandons , et vinrent courir jusques à Haspre. Sy coururent toute la ville et le pillèrent et puis l'ardirent , et. quant il eulrent che fait , il s'en retournèrent à sauveté en la chité de Cambray.
Nouvelles vinrent à Valenchiennes et jusques au jone conte de Haynau qui celle nuit y dormoit. Alors se leva, et fist armer et monter à cheval toute manière de gens , et monta à cheval tout prumier et se mist as champs , et tant esploita qu'il vint à Haspre ; mais les François estoieut jà retraits. Sy retourna le dit conte vers Vallenchiennes, et ala vers l'abéie de Fontenelles où madame sa mère estoit, à laquelle il dist et se complaindy grandement des sauldoyers de Cambray , qui che despit luy avoient fait. La bonne dame apaisa son fils de tout che qu'elle peult , mais
LE COMTE DE HAINAUT DÉFIE PHILIPPE DE VALOIS. Si
riens n'y vally ; car le conte dist et jura que il seroit temprement chier vendu sur le royalme de Franche.
Depuis ceste avenue ne demora gaires de tamps que le sire de Vrevius et le vidamme de Chalons et leur gens alèrent deviers Aubenton par le Térasse et entrèrent en la terre monseigneur Jehan de Haynau et coururent de chy à Chimay , et ardirent tous les fourbours de Chymay , dont messire Jehan de Haynau fu durement courouchiés et s'en plaindy à son neveu le conte , lequel l'en apaisa che qu'il peult , et dist que teraprement il seroit chier comparé.
Adont se party le conte de son païs et s'en ala en Brabant et conta au duc sen grant sire les despis que les Franchois luy avoient fait. Le duc luy dist : « Bieau fils, « quant vous volrés , je vous presteray gens assés pour « vous aydier à contrevengier. « Le conte dist : « Grant « merchy. » Et tout ensy luy dist Jaques de Hartevelle que le duc de Brabant avoit fait. Sy retourna ledit conte en son pais, etfist ung parlement en la ville de Mons en Haynau que tous les fiévés , prélas et autres , de la conté venissent à che parlement. Adont furent d'un acort que le conte envoiast deffier le roy de Franche et séellassent avecques luy tous cheulx qui deflfier le volloient, et là furent escriptes et sellées lettres de deffianches, et sellèrent tous les barons de la conté de Haynau et tous cheulx qui riens ne tenoient du roy de Franche, et renvoièrent leur hommaiges, excepté le sire de Naste. Cheluy se party de eulx et ne veult oncques deffier le roy de Franche : de quoy le conte saisy toutes ses terres de Haynau, ne oncques depuis ne luy volt rendre.
On porta les deffianches du conte de Haynau à Paris , et les porta l'abbé de Crespin , qui s'apelloit Thibau , et