DE TOURNAY
conte d'Eu, et le conte de Ghines, son fils, monseigneur Aimart de Poitiers, monseigneur Joffroy de Chargny, monseigneur Gérart de Monfaucon, ses deux marsecauls messire Robert Bertran et le seigneur de Trye, le seigneurdeKayeu, le seigneur de Crésèques, le sénescal de Poitou, le seigneur de Chastillon, messire Jehan de Landas et pluiseurs autres bons chevaliers et escuiers, qui vollentiers y alèrent par l'ordenanche du roy pour leur corps avanchier. Sy entendirent ces seigneurs à portes, as murs, as barbakennes , as bailles et à tout che que nécessité leur estoit en la ville, et ossy à toute l'artillerie remettre à point. Les prouvost de la cité visetèrent toute la ville, et le povre autretel et cheulx qui bien n'estoient pourveu pour atendre le siège, il les firent partir.
Quant le jour de la Madelaine fut venus et que les blés estoient par les camps assés bons pour les chevaulx, et les avaines , le roy d'Engleterre tout prumièrem.ent se mist à voie , et s'en vint asségier Tournay à six raille hommes d'armes et dix mille archiers et otant de Galois , et se mist le siège à le porte Sainte-Fontaine , en remontant amont devers la porte de Saint-Martin. Tout li prumier qui vinrent après luy et qui asségèrent, [furent] les Flamens, et vint là Jaques de Hartevelle atout LX°* Flamens. Sy se logèrent en ces bieau près desoubs la porte Sainte-Fontaine , en comprendant l'Escault de nefs et de vasseaus , et comprendoit leur ost grant espase de terre. En après vint le conte de Haynau , le conte de Namur en sa compaignie , monseigneur Jehan de Haynau , "son oncle , le seigneur d'Engien , le seigneur de Havrech, le seigneur de Lingne , le seigneur de Lens , le seigneur de Brabenchon , le sénescal de Haynau , le seigneur d'Antoing , et avoit bien le dit conte deux mille lanches , tant de Haynau comme de Hollande , et vingt mille
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Hollandois. Sy se loga ledit conte au lés devers Epplechin. En après vint le duc de Brabant atout quatre mille hommes, que chevaliers, que escuiers , et trente mille de commune. En après vint le duc de Gheldre , le conte de Jullers , le marquis de Brankebourc , le sire de Faucquemont , messire Ernoul de Backehen , le marquis de Mise et d'Eurient, le conte de Mons et autant d'autres. Sy se logèrent tout environ Tournay et les nombra-on, et estoient bien deus cens milles hommes , et estoient logiet par telle manière que nul n'en povoit entrer , ne ysssir en la ville que il ne fust veus , et avoient ceulx de Tournay , pour eulx mieulx forteffier , enterré sept de leur portes. Sy estoient bien au large , et leur venoient de Haynau et de Brabant grant foison de vivres. Sy estraindirent et constraindirent cheulx de Tournay et par espésial par assauls d'engiens , car aultrement n'estoit-che mie ; car chascuns seigneurs avoit en son ost ses engiens qui jettoient pierres de fais dedens Tournay , nuit et jour , qui leur portoit grant damaige , et tuoient les gens en leurs lis et en allant la voie par les rues , dont il estoient là dedens moult efFraet. Sy vous dy que par assauls de la main les Flamens de leur costé les travilloieut et curioient plus que nul autres , et le conte de Haynau des courses que il fist autour de Tournay ; car il ardy en poudre la ville d'Orchies et plus de quarante villaiges ens ou pais , et assaly Saint-Amant et de forche le prist , et furent tous mors cheulx qui dedens estoient , et le sénescal de Carcasonne ossy, qui cappitaine en estoit, et ly abéie arse et destruite. Et depuis revint le dit conte devant le castiel de Mortaigne et le fist assaillir de deux costés par trois jours ; mais le sire de Beaugeu , qui dedens estoit avoecques foisons de bonne gens d'armes , le garda et defïendy sy bien que point de damaige il n'y eult, ne
cheulx de le fortrèche. Presque tous les jours le conte de Haynau chevauchoit d'une part et d'autre pour querre les armes. Ung heure reboutoit ses ennemis, et l'autre heure estoit reboutés , eusy que il avient souvent en telles adventures et par espésial à cheulx qui demandent les armes.
Le roy de Franche, qui se tenoit en la chité d'Aras et y estoit tenu tout l'esté, entendi comment le roy d'Engleterre et tous ses allés avoient tellement asségiet la cité de Tournay que ung oselet ne s'en peuist mie partir sans congiet, et que elle estoit en grant péril d'estre perdue, se elle n'estoit confortée : pour quoy le roy de Franche voUoit tous autres affaires mettre jus et à cheluy entendre, car trop luy touchoit pour sa bonne chité conforter. Se fist ung trèsgrant et très-espécial mandement et commandement par tout son roialme que tout chevaliers et escuiers venissent devers Aras. Sy pria le dit roy à aucuns de ses amis de l'Empire, tels que le roy de Behaigne, monseigneur Caries, son fils, le duc de Loraine, le conte de Bar, l'évesque de Liège, l'évesque de Mes et pluiseurs aultres grans seigneurs, qui tout obéirent et vinrent à son mandement et ordonnanche, et vinrent tous ces seigneurs devers le roy ev grant arroy, et se présentèrent de grant voUenté à son serviche.
Le roy de Franche, qui moult grant peuple avoit assamblé, s'en vint logier au Pont-à-Bouvinnes, à trois lieues près de ses ennemis, et pooient courir li uns sur l'autre tous les jours et faire aucunes appertises d'armes, ensy que souvent faisoient : dont il advint que une compaignie de Haynuiers se mistsuspar l'enhort de messire Wafflart de Crois,
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qui leur dist que trop bien les menroit et qu'il savoit bi^ tout le païs. Sy chevauchèrent ches chevaliers et escuierà de Haynau, desquels messire Guillame de Bailleul estoit chief, et allèrent devers le Pont-à-Tressin, et pooient estre environ six-vingts compaignons. Geste propre matinée chevauchoient d'autre part les Liégois, desquels messire Robert de Bailleul, frères audit messire Guillame, estoit chief; car il estoit avecques l'évesque de Liège, qui estoit ses sires, et riens ne savoientli uns de l'autre. Ly Haynuiers qui estoient premierslevés, chevauchèrent celle matinée moultavarit, et faisoit si grant bruyne que à paynes pooient-il veoir devant eulx, et passèrent le Pont-à-Tressin, et les menoit le dit Wafflart. Quant il fut outre le pont, ils ordonnèrent que messire Guillame de Bailleul et la banière demourroit toute coie au pont , et messire Waflars de la Crois, messire Rasses de Moncheaulx, messire Jehan de Sorre et messire Jehan de Wargny courroient devant, et allèrent sy avant que s'embatirent en l'ost du roy de Behaigne et de l'évesque de Liège , qui assés près du pont estoient îogiés ; et avoit le nuit fait le ghait, en l'ost le dit roy , le sires de Momorensy. Quant les coureurs haynuyers les virent , sy leur sallirent au devant hardiement, Sy reboutèrent ces coureurs moult asprement, et y eult adont là moult bons compaignons ; car les Haynuiers vaillaument s'y esprouvèrent. Toutefois, pour revenir à leur banière , ils se retrairent devers le Pont-à-Tressin. Evous les Liégois et Luxemboursins après eulx, et eulx venus au pont, là y eult grant bataille, et fu consilliet à monseigneur Guillame de Bailleul qu'il rapassast le pont, et sa banière ; car il avoient encores de leurs compaignons outre. Sy rapassèrent Haynuiers au mieulx qu'il peurent, et y eult en rapassant maintes appertises de fait d'armes et maintes prises et maintes rescouses. Et avint que messire WafHars de Crois
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fu de syprès suivis que il ne peult rapasser le pont. Sy douta le péril qu'il ne fust pris , et s'avisa que il se sauveroit , et yssy hors de la presse , et entra en ung vert chemin entre sauchois et mares, et se bouta entre rosiauls et fontaines et autres petis buissons , et dist que là il se tenroit jusqu'à la nuit. Quant Luxemboursins et Liégois furent venus sy puissans que la banière fut ruée jus et convint messire Guillame fuir , le demeurant des Haynuiers furent tous mors et desconfîs par le banière de messire Robert de Bailleul en laquelle il s'enbatirent , et cuidoient que che fust la leur et non estoit. Là eult dur hustin, et furent les dis Haynuiers rués jus, et y furent mors de leur costé trois bons chevaliers, messire Jehan de Wargny , messire Gautier de Pontelarce et messire Guillame de Pipenpois et pluiseurs autres , dont che fu damaiges , et pris messire Jehan de Sorre, messire Deniauls de Blezé, messire Rasses de Moncheaulx et messire Loys de Juppeleu et pluiseurs autres , et retournèrent le demeurant au mieulx qu'il pourent, avecques messire Guillame de Bailleul, qui en fut tout honteux.
Or avint que fauconniers qui volloient leurs faulcons, en perdirent à chel endroit où messire WaufHars estoit boutés, syque par celle aventure il fu trouvés et racusés et chachiet de gens d'armes de l'ost des gens le seigneur de Saint- Venant , qui le prinrent et le gardèrent ung jour et ne le volloient mie rendre , tant que ils seurent comment la besoigne s'estoit portée. Le roy le veult veoir et le rendy et donna à ceulx de Lille eu recompensation de la prise du conte de Sallebrin , que pris avoient , à eulx faire leur volenté. Ceulx qui le hayoient pour le grant guerre que fait leur avoit , le menèrent à Lille et le firent là morir de moult cruelle mort et à grant martire.
Ensy ala et vint de le chevauchée des Haynuiers. Messire Guillame de Bailleu et les Haynuiers perdirent , dont