PRISE DU SIRE DE HONTMORENCY
monseigneur Florent de Biaurieu , messire Olyphart de Ghistelle, monseigneur le bastart de Haynau et messire Robert de Glennes.
Celle nuit avoient fait le ghet en l'ost du roy de France le sires de Memorensy, et se devoit retraire , quant ches coureulx vinrent , qui alèrent sy avant que il se firent chachier des François , et furent reboutés jusques au Pont-à- Tressin , et là fu pris messire Oliphart de Ghistelle. Quant les autres compaignons virent venir les Franchois , adont sallirent sus les Allemans et Haynuiers, et les reboutèrent, et furent rués les François jus , et y fu pris le sires de Memorensy et monseigneur Renault de Schonvort , et y furent prins de la partie des Franchois plus de quatrevingts prisonniers ; et les Haynuiers et les Allemans retournèrent en l'ost moult joieulx , et les Franchois retournèrent devers le roy Phelippes , lequel fut durement courouchiés.
Ensy se tint et continua le siège devant la cité de Tournay , et l'avoit le roy d'Engleterre tellement asségiet que tous les jours y avoit aulcuns fais d'armes fais. Ladite cité fu sy bien soingnie et gardée des bonnes gens d'armes qui dedens Tournay estoient , que nuls damaiges ne leur vint ; mais il eurent grant défaulte de vivres et euissent eu se le siège se fust tenus plus longement qu'il ne fist.
Entre l'un ost et l'autre chevauchoit et se faisoit mener et charier madame de Vallois , seur au roy Phelippes et mère du conte de Haynau. Avecque elle estoit messire Loys d'Augimont , ung chevalier qui bien estoit ouïs et veus de toutes parties. Geste bonne dame et cheluy chevalier se travillèrent tant de aller d'un costé et d'autre et firent tant que on prendroit de chascun costé quatre notables hommes , dont de la partie de Franche furent pris,
lOé TRÊVE d'eSPLECHIN.
pour faire le traitiet, le roy de Behaigne , l'évesque de Liège , le duc de Bourbon et le conte d'Alenchon , et de la partie du roy d'Angleterre le duc de Brabant , le conte d'Erby , le conte de Norhantonne et l'évesque de Londres. Entre ches bons huit seigneurs estoit toudis celle bonne dame de Vallois , qui prioit à l'un et l'autre sy piteusement que grant pité seroit à recorder. Sy furent ces seigneurs trois jours en une cappelle vers Esplechin, et firent tant que une trièves furent prinses durant trois ans entre ces deus roys et leurs alliés, et à l'estet qui revenroit , dévoient envoyer les deux rois de par eulx aucunes personnes notables en la cité d'Aras, et là seroient de par le pappe deus cardinaux qui ayderoient à conduire les besoignes. Sur cel estât furent les trièves publyes et criées en l'ost de l'une partie et d'autre , et ossy dedens la cité de Tournay. Sy devés savoir que cheulx de Tournay furent moult resjoïs de celles trièves, car elle leur vint bien à point. Et ensy se partirent les deux osts, et retourna chascun à son ostel. Alors prindrent les Allemans et Brabançons congiet du roy d'Engleterre, et retourna chascun en son pais, et le conte de Haynau ossy en son pais, et fist au départir du siège crier une joustes et grant feste à Mons en Haynau de quarante chevaliers contre tous venans; et y eult moult belle jouste, et y fu le roy d'Engleterre , le duc de Brabant, Jaques de Hartevelle et grant foison d'autres seigneurs, et furent les joustes moult belles, et, après la feste faite, chascun se party et alla là où il leur plaisoit, et s'en revint le roy d'Engleterre à Gand, où madame sa femme estoit.
Sy ordonna le roy d'Engleterre toutes ses besoignes, et s'en râla en son païs , et laissa par dechà le conte
CONFÉRENCES d'aRRAS. 105
d'Erby , son cousin, et le conte de Norhantonne et l'évesque de Lincholle pour estre à che parlement et traitiet qui se devoit faire en la ville de Aras ; mais riens de pais ne s'v pot trouver, ne esploitier, Sy y furent deus cardinaulx. Le cardinal de Naples et le cardinal de Penestres y furent envoyet en légation de par le pappe Bénédict ; et osy de par le roy de France y fut le conte de Flandres, le conte de Bar, le sire de Saint-Venant, l'évesque de Ausoire. Ches traiteurs et ces cardinaulx se tinrent là ensamble plus de trois mois ; mais il n'y peurent trouver nulle fin de pais, Sy se départirent sur cel estât, et en ala chascun en son lieu. Nous vous lairons à parler de ceste besoigne et parlerons des guerres de Bretaigne.
Après ce que le siège devant Tournay avoit esté et fut dit que chascun ralast à son ostel , le duc de Bretaigne , qui là avoit esté en grant aroy et servy le roy Phelippes à plus de XV lanches de barons et chevaliers de Bretaigne , prist congiet au roy de Franche et retourna en son pais ; et, quant il vint sur le chemin , une maladie luy prist , de laquelle il mourut à Roen , et quant le duc de Bretaigne trespassa de che siècle , il n'avoit nul oir de sa femme , ne oncques n'eult nul enfant. Sy avoit un frère de par sa mère, qui estoit conte de Monfort. Che duc avoit ung autre frère germain de père et de mère , qui avoit esté mariés , et estoit de celluy demorée une jone fillette , laquelle damoiselle ledit duc avoit mariée à monseigneur Charles de Blois , frère au conte de Blois et nepveu au roy de Franche , et Tavoit ledit duc mariée en son vivant et à grant linage pour le cause de ce que il se doubtoit que , après son décès , le conte de Monfort , son frère , ne volsist clamer droit à l'iretaige de Bretaigne.