‹ Œuvres de Froissart; (volume 2)Chapitre 63 sur 307 · ARRÊT DE LA COUR DES PAIRS · texte numérisé non relu

ARRÊT DE LA COUR DES PAIRS

« mes. Je le feroie moult envis, mais de le proïsmeté dont « vous me parlés, il m'est avis, sauve vostre grâce, que vous « mesprendés ; car je ne say nuls sy prochain du duc de « Bretaigne, mon frère darrain trespassé, comme je suis. « Et, se jugiet estoit par droit que uns aultres y euist plus « grant droit, je n'aroie pas honte de moy en déporter. » Adont dist le roy : « C'est bien dit. Or vous defFen-je que « en quanques vous vos povés fourfaire, que vous ne vous u partes de Parisjusques à tant que du droit sera déclaré « etjugié parles pers de France. » Le conte respondy : H Sire, vollentiers. » A tant se fina le parlement.

Le conte de Monfort s'en revint à son ostel durement pensis , et entra en une chambre et commencha à buchier et à ymaginer sur ses besongnes et le jugement des pers ; car il [se] estoit trop grandement fourfais, quant il avoit esté en Engleterre et relevé autruy hiretaige du roy d'Engleterre. Che luy estoit ung grant préjudise. Sy , tout considéré , il dist en soy-meisme qu'il retourneroit en Bretaigne et pérsévéreroit en son propos et tenroit la terre de forche ; car bien veoit que par le jugement des pers de Franche il l'avoit perdue , car tout estoient contre luy et tout pour monseigneur Charles aidier.

Lors ledit conte prist consail à aucuns de ses chevaliers qui bien le consillèrent de retourner arière en Bretaigne. Sy fist le malade toute celle journée , et quant che vint à la nuit , il monta à cheval et se party de Paris lui troisième , que point les portes n'estoient adont frumées. Et esploita tant que il revint à la cité de Nantes devers madame sa femme qui vollentiers le vit ; et ses gens le siévirent et se partirent de Paris.

On puelt bien savoir que le roy Phelippes fut durement

EN FAVEUR DE CHARLES DE BLOIS. llo

courouchiés , ossy fut messire Charles de Blois , quant il sceurent que ledit conte estoit ensy escapés. Toutesfois il atendirent jusques au jour qui asignés estoit, que les pers et les barons de Franche furent audit jour en la chambre du roy et déterminèrent de celle besongne. Sy jugèrent en sentenche du tout la duché de Bretaigne à monseigneur Charle de Blois , et en ostèrent le conte de Monfort par deux raisons. Ly une fut pour tant que madame la femme Charle estoit fille du frère germain au duc nouvellement mort de père et de mère , duquel en le droite ligne la duché leur venoit , et que le conte de Monfort qui estoit d'un autre père que dont le conte, n'y avoit riens , par celle raison de droit ; et l'autre raison estoit que , se il fust ensy que le conte de Monfort y euist aucun droit de par son frère , se l' avoit ledit conte fourfait par deux raisons : l'une pour tant que il l' avoit relevé d'autre seigneur que du roy de France , de quoy on le devoit tenir en fief ; l'autre raison estoit , pour tant que il avoit fourpassé le commandement de son seigneur le roy de Franche et brisiet son arest et sa prison , et s'en estoit party sans son congiet.

Quant che jugement fut rendu par les pers de France , le roy appella monseigneur Charle , son nepveu , et luy dist : « Bieaux nepveu , vous avés jugement pour vous « d'un bel hiretaige et grant : Dieu en soit loés ! Or vous « hastés et pryés vos amis , le conte de Alenchon , mon « frère et vostre oncle , mon fils le duc de Normendie et « vos autres cousins , que vous aident à le conquerre « contre ledit conte , qui s'en est mis en possession (je « croy que il ne vous fauront mie), par quoy le conte ne « se puist trop enforchier et mettre les Englès en « Bretaigne ; car mon adversaire ne pouroit avoir plus « belle entrée pour moy porter grant contraire. »

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