‹ Œuvres de Froissart; (volume 2)Chapitre 68 sur 307 · LES ÉCOSSAIS FOINT LA GUERRE ALX ANGLAIS · texte numérisé non relu

LES ÉCOSSAIS FOINT LA GUERRE ALX ANGLAIS

« ay perdu monseigneur par traïson, veschy son restor , « mon fil et le sien. Ne vous desconfortés, ne esbahysiés « point pour ce , car encores ferons-nous bonne gherre ; « car j'ay or et argent assés pour vous en tant donner « que bien vous devera soufBre , et sy treuveray à mon « fil un tel mambour pour vous aydier à garder contre « tous vos anemis. »

Ensy ala ladite contesse de plache en plache , et en renouvelant hommaige et priant à ses gens que ils se volsissent bien acquiter en tous estas et tenir le serment que juret avoient , et elle leur seroit bonne dame , et tous ly eurent en couvent. Quant elle ot ensy fait , elle se party de Hambon , et monta en mer à privée maisnie , et laissa son fil en la garde de monseigneur Henry de Pennefort et de Olivier son frère, et fist tant que elle vint en Engleterre devers le roy , qui le rechut liement et qui le reconforta de toutes ses besoignes , et qui luy dist et proraist seurement que elle aroit temprement tel confort que pour résister à ses ennemis. Sur che retourna la contesse et vint en Hambon, et en fist sa souveraine garnison, car c'est une des fortes villes de Bretaigne.

En che tamps courut aultres nouvelles au roy d'Engleterre , dont il ne se donnoit garde et pour quoy le confort de la dame fut grandement arrières, et ne l'eut mie sy tost qu'elle cuida avoir : le cause pour quoy , je le vous diray.

Vous avés bien chy-dessus oy recorder comment le roy Édouart d'Engleterre mena tel guerre au jone roy David d'Escoche, son serouge , que il lui convint vidier son royalme et venir demeurer en France delés le roy Phelippe , et sy fu plus de six ans que oncques en ce

DAVID BRLCIi UtMUE EN licOSSE. 121

terme pendant il n'osa retourner en son pais ; car il se tenoit luy et sa femme à Paris delés le roy qui leur paioit tout leurs despens , et combien que che roy d'Escoche fust en Franche , ne se abstenoient mie pour ce ses gens de faire guerre aux Englès ; car il y avoit pour ce tamps quatre moult vaillans chevaliers qui maintenoient la guerre aveuc les autres chevaliers d'Escoche , tels que messire Guillame de Douglas, nepveu à l'autre bon Guillame qui demoura en Grenade , et le jone conte de Mouret , qui demoura avec luy, messire Robert de Versy, messire Simon Fresiel et un escuier qui s'apelloit Alexandre de Ramesy. Ces chine firent pluiseurs fais d'armes et rencontres sur les Englès , et messire Guillame de Douglas reconquist par son sens et vaillanche le fort chastel de Handebourcq , que les Englès tenoient, et puis vinrent mettre le siège par devant Struvelin , et le reconquirent, et tous les chastieaulx qui avoient esté du roy Robert de Brus , excepté Brevick et Rosebourc , lesquels estoient garnys de bonnes gens d'armes, par quoy les Escochois n'y povoient advenir. Et nientmains faisoient ches chevaliers d'Escoche souvent chevauchies et des armées jusques en les terres le sire de Persy et le sire de Noefville. Une heure estoient rechachiet, et l'autre fois gaignoient, et l'autre fois perdoient ; mais ceulx des frontières d'Escoche sentoient bien que messire Guillame de Montagut , conte de Salbrin , estoit prisonniers en Franche , car, se il y fust, les Escos n'euissent oset chevauchier sy avant.

Or vinrent les nouvelles de ches barons d'Escoche au roy David , qui se tenoit en Franche , et lors ledit roy d'Escoche fut délibéré de retourner en son païs , car \\

ll2S DAVID BRUCE RENTRE EN ECOSSE.

estoit assés en bon estât : sy yroit faire guerre as Englès et conforter ses gens. Adont le roy d'Escoche en parla au roy de France : sy en fut bien content. Le roy David prist congiet et se party , et sa femme avec luy , et luy bailla le roy de France grant foison de gens d'armes , et monta en mer à Harfleur en Normendie, et nagèrent tant qu'ils arivèrent à Saint-Jehan en Escoche , sur le rivière de Taye.

Quant on sceut en Escoche que le roy David estoit arivé , sy en furent moult resjoïs, et le vinrent veoir , et parla à barons et chevaliers de son royalme , et les barons d'Escoche le reconvoièrent ensy que on doit faire son seigneur , que long tamps n'avoient veu ; et depuis ne demeura gaires que il fist un grant mandement et commandement que tous fiévés et arière-fiévés fussent à ung certain jour en la ville de Hamdebourcq ; car il volloit aller en Engleterre. Adont s'esmurent gens de tous costés de tout le pais d'Escoche , et eult ledit roy pluiseurs soudoiers de Norwèghe et de Danemarche, et luy vint encores par prière et par amour un sien serouge du royalme de Suède, qui s'apelloit Robert conte d'Orkenay. Là vint le conte de Mouret, le conte de Surlant, le conte de Mare , le conte de Bosquem, le conte de Saint- Andrieu, l'évesque d'Abredanne, le sire de Bresy et tous les barons et fiévés d'Escoche , et furent bien tous ensamble six mille hommes d'armes et quarante mille d'autres gens , parmy ceulx de le Sauvaige-Escoche que Jehan des Adtulles amena. Sy se logèrent tous ces gens autour de Hamdebourcq , et puis s'en partirent sans faire long séjour ; car ils désiroient d'entrer en Engleterre. Et estoient toutes ces gens à cheval , et poctoient par derière eulx de la farine tant seullement pour faire du pain pour vivre à nécessité pour XVIII ou XX jours ; car Escochois

SIEGE DE KEWXASTLE.

en chevauçant sont moult sobres, et aussi sont Englès. Sy passa le roy et ses gens emprès le chastel de Rosebourcq, et point ne Tassai lirent, et puis se ravallèrent sur le marine devers Bervich, sans point asallir, ne bouter feu en Engleterre, et costièrent Bervich et tiroient à venir vers le Noef-Chastel et vers la cité de Durem , et furent en bon païs pour porter plus grant daraaige as Englès. Sy entrèrent les Escochois en le conté de Northombrelant etardirent moult villainement la terre du seigneur de Persy et du seigneur de Noefville.

Ches nouvelles vinrent en Engleterre à Windesore, où le roy setenoit, que les Escochois estoient resvilliés et ardoient son païs et estoient entrés à puissanche en la conté de Northombrelant. De ches nouvelles fut le roy moult desplaisant, et fist ung mandement publier parmy son royalme que toutes gens d'armes traissent avant et se missent au chemin devers la cité de Ewruich. Nuls n'osa désobéir, et le roy se raist au chemin pour aler contre les Escochois, mais il ne se seurent [tant haster] les gens du roy, ne le roy, que les Escochois ne furent passés la rivière de Thin deseure le Noef-Chastiel et qu'il ne fussent venus à Durem; il assallirent la chité par telle manière que il le prinrent de forche, et y conquirent moult grant avoir, et le pillèrent toute, et puis l'ardirent et église et tout. Et quant il eurent ainsy fait, il toursèrent tout l'avoir et se misrent au chemin, et prirent leur retour devers le Noef-Chastiel, et estoient sy fort chergiés que à paine povoient aler avant. Sy se logèrent devant le Noef-Chastiel, et dirent que il assairoient se par assault il le pouroient conquerre. Sy l'asallirent ung jour tout entir par trois ou quatre fois, mais riens n'y firent; car il y avoit dedens bien IIP armeures de fer, qui le ville aydèrentà garder, et ossy elle estoit forte.

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