‹ Œuvres de Froissart; (volume 2)Chapitre 78 sur 307 · JOUTE A LONDRES · texte numérisé non relu

JOUTE A LONDRES

pour sa marchandise. Sy le prist ledit messire Robert , et dist qu'il le pendroit , s'il ne faisoit rendre la ville de Jugon dont il estoit, et le bourgois eult paour : se s'y acorda. Et avint que le propre nuit que fut rentré eu Jugon , il ouvry les portes , car il estoit sy bien cru de cheulx de la ville que il povoit bien che faire , et mist ens messire Robert et ses gens.

Adont cheulx de la ville furent moult esbahis , et adont se tirèrent ou chastel , et le bourgois avec eulx, de paour que il eut que il ne se perchussent de son fait. Et adont il fut pris de ceulx du chastel et pendus à ung crestiel , et puis rendirent le chastiel à messire Robert de Bieauraanoir ; car autrement il euissent esté prins , car il ne se povoient tenir. Ensy fu la ville de Jugon à monseigneur Charle de Blois qui estoit en la chité de Craais : sy demeurèrent en pais.

Le XII® jour de may ensiévant , tint le roy d'Engleterre une moult grande et noble feste , et y furent tous les seigneurs d'Engleterre et le conte Guillaume de Haynau et messire Jehan de Hainau, son oncle : sy fut la feste moult grande, et y eult grosses joustes, dont messire Henry de Beaumont y fut ochis , fils du vies conte de Bieaumont , dont on en fut moult dollant , et l'ochit le conte de Haynau , mais amender ne le povoit. Geste feste dura XV jours.

Alors vinrent au roy d'Engleterre pluiseurs nouvelles de divers pais , d'Eschoche , de Poitou , de Saintonge , de Gascongne, de Flandres. Alors le roy bailla response à cheulx qui plus lui touçoient. Adont vint la contesse [de Monfort] , et amena ses deux fils , et moult prioit le roy d'Engleterre de avoir confort et ayde , et ly disoit

ROBERT d'aRTOIS EN BRETAGNE 141

que messire Charles de Blois et les Franchois estoient jà sy fors au pays qu'il avoient près tout conquist , syque le rois , pour aidier la bonne dame , ordonna et pria messire Robert d'Artois , son cousin, d'aller en Bretagne avecques le contesse et d'estre chief de ceste armée.

Messire Robert ne l'euist jamais refusé , et prist la cherge , et alla avec luy le conte de Salbry , le conte de Kenfort , le conte de Pennebourcq , messire Thomas de Hollandes, le sire de Stanfort , le sire de la Warre , le sire de Bieaucamp et grant foison d'autres, et furent bien mille hommes d'armes et deux mille archiers. Sy montèrent en mer et vinrent devers Bretaigne , et arivèrent à Saint-Mahyeude-Fine-Posterne, et se tenoit de la partie de la contesse. Che fu environ le Saint-Jehan- Baptiste l'an mil CGC. XLII , quant la guerre estoit jà ouverte entre la contesse et Charles de Blois , et se tenoit le dit messire Charles en la ville de Rennes. Sy tos que messire Robert d'Artois ot des Bretons en sa route, les Etiglès prirent terre et se rafreschirent à Saint-Mahieu deus jours , et puis se partirent et vinrent mettre le siège devant la cité de Venues. Pour che tamps en estoient capitaine messire Henry de Lion et le sire de Clichon.

Entreulx que messire Robert d'Artois tenoit son siège devant Vennes avecque ceulx qu'il avoit amené d'Engleterre et les gens de la contesse qui estoient pour elle , coururent les Englès tout le pais d'environ, et tenoient les camps.

Or advint que à ung moult grant assault que les Englès firent, [il] s'y portèrent sy vaillaument que de forche il concquirent les bailles et entrèrent de forche dedens, et y fut près prins messire Olivier de Clichon et messire Henry de Lion ; mais il se sauvèrent par derière et s'enfuirent, et y

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