‹ Œuvres de Froissart; (volume 2)Chapitre 85 sur 307 · UNE TRÊVE DE TROIS ANS EST CONCLUE EN BRETAGNE · texte numérisé non relu

UNE TRÊVE DE TROIS ANS EST CONCLUE EN BRETAGNE

Tant esploitèrent les seigneurs de Franche que il vinrent à Nantes où il furent recheu à grant joie de monseigneur Charles de Blois et des barons de Bretaigne, qui moult désiroient leur venue. Sy se repousèrent là six jours, et en ce terme il eurent conseil que il se tiroient devers Vernies et lèveroient le siège et combateroient les Englès. Sy se mirent à chemin et esploitèrent tant que il vinrent assés près de Venues. Sy se logèrent ches seigneurs de France , dont le duc de Normandie estoit chief, et se logèrent du costé de la ville ; et les Englès estoient de l'autre costé. Et tellement se fortefîèrent les uns et les autres pour les escarmuches et les resvellemens de nuit, que il ne povoient entrer, ne chevauchier l'un desus l'autre, fors que par ung certain pas. Et cheluy pas fut tousjours de nuit et de jour bien gardés entre l'os des François et les Englès, et là avoit un petit bras de mer où bien souvent, quant la mer en estoit rallëe, tout estoit sec, et povoit-on aisément chevauchier sur le sabelon. Là eult, tandis qu'il furent l'un devant l'autre, tantmaintes joustes de chevaliers et d'escuiers des deus parties, qui le faisoient à la fois par fais d'armes pour leur corps avauchier.

Che siège durant, le roy Phelippes vint à Nantes et ne passa plus avant. Sy envoia... (i), et y avoit plusieurs grans traitiés entre les parties , et par espécial deux cardinaulx y estoient, qui portoient les paroUes, le cardinal de Pierregoth et le cardinal d'Ostun, et là furent envoies de par le pape Clément VI. Sy se mirent ches deux prélas avecque le conte de Flandres , qui estoit frère de le contesse de Monfort, et le seigneur de Ghistelles, et eurent grant paine

' La phrase est incomplète dans le manuscrit.

150 SUPPLICE d'olivier DE CLISSON.

de acorder la contesse de Monfort à messire Charle de Blois ; et finablement tant parlementèrent que unes trièves furent prinses d'une partie et d'autre durant trois ans, et devoit tenir chascun et possesser che dont il estoit saisis, et demouroit Venues à messire Charles de Blois, pour tant que ses gens le tenoient, et furent escangiet le sire de Cliçon et le baron de Stanfort l'un pour l'autre, et messire Henry de Lion deraora prisonniers au roy d'Engleterre, dont il fut moult courouchiés, et se tint mal content de che que on ne luy avoit fait grâce ausy bien que au sire de Clichon, de quoy il en avint depuis grant mal, sycomme vous orés recorder chy-après en brief.

Ensy par les traitiës des deulx cardiuaulx et bonnes gens qui s'en ensonnièrent, se départy ceste grosse armée , et furent les trièves prises des deulx roys et de tous leurs alliés et adhérens à durer trois ans , et en furent escriptes lettres et séellées et confremées , et puis s'en retourna chascun en son pais. Le roy de Engleterré et toute ses gens prirent congiet à la contesse de Monfort , et le roy Phelippes, qui s'estoit tenus à Nantes et qui avoit séellé tout che traitiet, se party et donna congiet à toute ses gens d'armes et s'en retourna arière en Franche.

Ne demoragaires de temps de puissedy que, ou quaresme ensiévant, que messire Olivier de Clichon fut mandés à Paris et acusés de traïson, et l'en convint mourir , et ne s'en peult oncques purgier, ne excuser, qu'il ne fust décollés, dont son linage fut durement courouchiés, mais amender ne le pourent.

Encore pour tel cas samblable furent décollé à Paris autres hauls barons de Bretaigne et de Normendie, le sire de Malatrait et son fils, le sire d'Avaugor, messire Tibaut de

FONDATION DE l'oRDRE DE LA JARRETIÈRE. 151

Montmorlion , le sire de Rochetison et plusieurs autres , jusques à quatorze , dont che fut damaige et pité, et croy bien que sy vaillans hommes que cheulx estoient, ne pensèrent oncques mauvaiseté , ne trayson. Pour ceste justiche avinrent depuis en France moult de maulx, dont le royalme de France en eult depuis moult à souffrir.

En ce taraps vint-il en voUenté au roy d'Engleterre de rédifyer le biau chastieau de Windesore et de faire une congrégation de chevaliers , où quel chastiel anchiennement la Table Ronde avoit esté faite et ordonnée, dont tant de bons chevaliers estoient yssus, et seroient en celle ordonnanche quarante chevaliers , sy les nommeroit-on les chevaliers du Bleu Gertier , et à solemniser tous les ans le jour Saint-Gorge. Et pour celle feste commenchier le roy d'Engleterre assambla de tout son païs contes , barons et chevaliers , et leur dist son entention et le grant désir qu'il avoit de le feste emprendre. Sy lui acordèrent liement , pour tant que che leur sambloit une honnourable chose et où tout amour se nouriroit. Adont furent esleu quarante chevaliers par avis et par renommée les plus preulx de tous les autres , tant ou royalme d'Engleterre comme dehors, voire de cheulx qui se tenoient homme et chevalier du roy ; et séellèrent et s'obligèrent sur leur foy et par serment avecque le roy à tenir et à poursiévyr le feste et les ordonnanches telles que elles estoient acordées et séellées. Et fist le roy fonder et édeffier une capelle de Saint-Gorge, ou dit chastel de Windesore , et y estably canonnes pour Dieu servir, et les arenta et prouvenda bien et largement ; et, pour celle feste mieulx congnoistre et exauchier , le roy d'Engleterre fist crier une joustes parmy son royalme à y estre à

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