LE COMTE DE DERBY EN GASCOGNE
mambour son cousin le conte d'Erby. Le roy , qui moult enclin estoit de aidier ses gens , s'y acorda vollentiers. Adont ordonna ledit conte d'Erby de aller en Gascongne à IIIIc hommes d'armes et rail archiers pour garder les frontières. D'aultre part, le conte de Pennebruck eut cherge de Ile hommes d'armes et IIIIc archiers ; le conte de Kenfort , 11^ hommes d'armes et II* archiers ; et furent prins tous en Engleterre. Adont pria le conte d'Erby à messire Gautier de Mauny que en che voiage il voulsist estre son compaignon ; car ledit conte le tenoit pour tout le railleur chevalier d'Engleterre. Messire Gautier , qui désiroit les armes et son corps avanchier et qui lors estoit en la fleur de sajonesse, ne se fist point plenté prier , mais ly accorda liement et prist sa cherge de ses gens desoubs lui ; car très dont endevant avoit messire Gautier à son commandement grant foison de bons compaignons et d'archiers, quant il volloit aller en une armée , car tout le servoient vollentiers pour les hardies emprises de luy , sa proèche et son eur , car oncques ne fut ledit Gautier en plache qui ne fust pour luy et pour ses gens. Celle fortune ot-il tout son vivant , dont ly chevaliers et escuiers et les compaignons de guerre le amoient de mieulx.
Quant tous ches gens d'arraes et archiers ordonné pour aller en Gascongne furent prest, il alèrent vers Hantonne , où leur navire estoit. Là raontèrent-il en mer et firent tant que il vinrent au havre de Bourdiauls sur la rivière de Gironne, [et estoient] bien quatre-vingts gros vasseauls sans les pourvéanches. De la venue du conte d'Erby et des Englès furent les bourgois de Bourdieaux granderaent resjoïs, et les rechurent liement et les logèrent tout à leur aise. Sy mirent les chevaulx et le harnast hors des batieaulx et mirent tout en la cité. Sy se rafreschirent là douze jours eulx et leur chevaulx.
En che terme et en che séjour ordonna le conte d'Erby toutes ses besoignes , et manda et escripsy à toutes gens d'armes où il les penssoit , ne povoit avoir , espésiallement en Gascongne , et y vint le sire de Monférant , le sire de Chaumont , messire Alexsandre , son frère , le sire de Courton, le sire de Chastre, le sire de Condon et pluiseurs aultres chevaliers et escuiers , qui ne désiroient autre chose fors que d'avoir une bonne cappitaine englès qui chevauchast contre les Franchois. Quant il furent tous asamblet, ledit conte d'Erby se trouva acompaigniés de XIP hommes d'armes , IIII" archiers et III"" brigans à lanches et à pavais : sy se party de Bourdieaulx , et prirent le chemin de Bregerach qui siet sur la rivière de Géronde à quatre lieues de là , et vinrent che soir gésir à ung chastiel et villaige que on appelle Monquq , qui siet à une lieue de Bergerach.
Ces signeurs de France et de Gascongne, qui en Bregerach se tenoient en garnison, furent tous informés que les Englès venoient. Sy en furent moult joieulx, et dirent qu'il seroient ly biens venus, et ne daignèrent rompre leur pont, mais dirent qu'il les combateroient l'endemain. Après boire , le conte d'Erby dist à ses gens en mocquerie quMI volloit souper en la ville de Bregerach et que chascuns fust avissés sur ce. Adont s'armèrent compaignons vistement, et montèrent à cheval, et s'ordonnèrent pour maintenir la bataille, les archiers devant, et vinrent à Bregerach. Ils trouvèrent bien à qui parler, car là avoit grant foison de seigneurs de Gascongne sur le pont , et leur banière devant eulx. Là commencha le hustin , grant et fort , et archiers à traire , qui tantost recullèrent ces Gascons, et fut ledit pont conquis de forclie , et s'en partirent ceulx qui le tenoient, et se retrairent en la ville. Au retraire en la ville et au conquerre le pont y eult sy grant presse et sy
pouvre aroy pour les Franchois, que les Euglès entrèrent en le porte et le conquirent , et, se caudement il fussent adont allés avant , il euissent pris le plus grant partie de ches seigneurs en leur ostel, qui toursoient et faisoient tourser pour leur en aler. Mais nennil, car il cuidoient , pour che que le ville estoit grande et esparse, que il le fesisent par malisse, pour eulx atraire dedens la fremeté. Sy eurent [conseil] le conte de Laille, le conte de Pierregoth et les autres de leur partie, et s'en allèrent hors de la ville et prirent leur chemin devers le Roille; et quant les bourgois de Bregerach virent le pouvre ordonnanche des Gascons et qu'il les laissoient , adont vinrent au devant du conte d'Erby, et luy prièrent qu'il les volsist prendre à merchy et de che jour en avant il seroient bons Englès et léal. Le conte en ot pité. Sy les prist à merchy, et commanda que nuls ne fourfesist riens à la ville de Bregerach englesse, et sy rafFreschit là deus jours, et tout son ost, et puis passa outre , et, par le consail du sénescal de Bourdieaulx, il prirent le chemin de Pierregoth. Et ensy que les Englès chevauchoient, il trouvèrent en leur chemin ung chastiel que on appelloit Lango, duquel le vighiers de Toulouse estoit capitaine. Sy se arestèrent par devant, et dirent que ill'aroient anchois que il separtesissent. Sy se mirent à assallir, et là furent ung jour tout entir, que oncques ne le pourent avoir. Sy se deslogèrent celle nuit, et l'endemain retournèrent à l'asault. Quant le capitaine vit que ces Englès ne partiroient point, sy les aroient, et que confort ne luy apparoit de nul costé , et que Bregerach estoit englesse, sy pria pour faire traitiet, et se rendy sauve leurs vies, pour aller quelle part que il voldroient, et tout che leur fut acordé. Ensy eurent les Englès le castel de Lango , et le donna ledit conte d'Erby à ung escuier d'Engleterre, qui s'apelloit Jehan Malevrier, et puis allèrent vers la ville du Lach.
Cheulx du Lach furent sy effraies de la venue des Englès, que il vinrent au devant traitier au conte d'Erby, et aportèrent les clefs et se rendirent et jurèrent à estre de clie jour en avant bons et léal Englès parmy tant que il demorroient en pais ; et passèrent outre sans entrer en la ville, mais il baillèrent graut foison de vivres, et chevauchèrent vers Pinac , et se rendirent , et puis la tour de Prudaire que XL Gascon gardoient , et puis allèrent vers Bieaumont-en-Laillois. Là furent les Englès quatre jours par devant , et y firent pluiseurs assauls ; car elle estoit forte et bien prouveue, et cuidoient les bourgois de la ville estre conforté du conte de Laille , leur seigneur , mais non furent ; car il estoit retrais en la cité de Toulouse et laissoit les Englès tenir les camps. Quant il virent che , il se rançonnèrent à dix mille escus , et en eulrent bon ostaige , qui furent envoies à Bourdieaulx , et ne dévoient dedens deux ans point grever , ne empeschier , ne faire guerre as Englès ; et parmy tant , il demorèrent en l'obéissance de leur seigneur et en pais. Et après il allèrent devers Laille , souveraine ville du conte , et estoient capitaines deux chevaliers du pais , raessire Phelippe de Dion et messire Ernault , son frère , à cent combatans, que le conte y avoit estably et envoies. Sy s'arestèrent toutes ces gens d'armes pardevant la ville , et dirent que elle estoit bien prendable , et avissèrent de quel costé il l'asauroient. Sy se ordonnèrent tout pour l'asallir , et fut la ville de Laille adont assaille de moult grant puissanche , et y eut de mors et de navrés d'un costé et d'autre. Et finablement fu sy continué d'assault que les Englès les euissent eu de forche et fussent entré dedens à leur ayse , quant les bourgois de la ville , qui doubtèrent à perdre corps et biens , allèrent au devant et dirent à chevaliers qui estoient leur capi •
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taines , que il se volloient rendre ; car plus chier avoient à, estre en Tobéysanche du roy d'Engleterre, et se fussent sauvés et leur ville , que il fussent mors ou tout perdu sans recouvrier. Quant raessire Phelippes et messire Renault veirent che, il parlèrent pour eulx et traitièrent tellement que eulx et leur gens s'en partirent sans damaige , et la ville demoura englesse, et y laissa le conte d'Erby en garnison le signeur de Montférant en Gascongne à deux cens compaignons de guerre.
Après la conqueste de Laille en Gascongne, les Englès prirent Bonival, et puis entrèrent en la conté de Pierregoth, et vinrent devant Bourdielle ; mais riens n'y firent, car elle estoit trop forte. A che jour estoit le conte à Pierregoth en sa ville. Quant les Englès vinrent devant, sy le trouvèrent trop fort et bien prouveu de bonnes gens d'armes et d'artillerie. Sy s'en alèrent lesdits Englès devant le chastel de Pellagrue. Entretant que il se retrairent, le conte de Pieregoth yssy hors de sa ville atout IF lances et vint férir en la queue des Englès ; mais nécessaire lui fust que il retournast et qu'il trouvast les portes ouvertes , car à Il son retour il fut si près chassiet dedens sa ville qu'il
perdy une partie de ses gens et quatre de ses chevaliers , et il-meismes il fut abatu desoubs la porte de Pierregoth, et le sauvèrent ses gens à grant mesquief. Sy se partirent I lesdits Englès , et vinrent de celle enpeinte tout enflamé
devant Pellegrue. Sy le prindrent et tuèrent tout cheulx qui le gardoient. Sy y mist le conte d'Erby des nouvelles gens , et puis passa outre, et allèrent devers Auberoche, qui estoit uns des bieaus chastieaus de toute la marche.
Cheulx d'Auberoche n'estoient point trop bien prouveus d'artillerie , ne de gens de guerre , et en estoit chastelain ung escuier , simple homme et qui mal congnisoit les armes. Sy fut sy effraés de la venue du conte d'Erby,
pour tant qu'il entendy que tout le païs se rendoit à luy , que il n'osa nul assault atendre , et envoia ung hirault devers le conte d'Erby pour traitier ; et dist le hirau que le capitaine rendroit vollentiers le chastel , mais que on le laissast partir en pais et toutes ses gens qui partir voldroient. Le conte ot grant joie de ces nouvelles, et dist qu'il s'en consilleroit et que il en renderoit response quant il seroit devant la plache, et tout che disoit par couverture ; car bien savoit que elle estoit moult forte. Sy chevaucha devant la plache atout son ost , et quant il vint devant Auberoche , encores fut ly chastelain moult esbahis, et plus que devant, quant il vit tant de gens d'armes. Adont vint à la barière ; car le conte le fist apeller , et là oiFry ledit chastelain de rendre le chastel , sauve sa vie et ses biens. Le conte lui dist que, pour che que il parloit sy biel , que il luy feroit grâce , et que vollentiers il le lairoit partir et cheulx qui partir volroient , mais riens du leur n'enporteroient, Elas ! le chastelain n'avoit cure comme il partesist, mais que il fust hors des mains des Englès. Sy s'acorda à che que le conte volloit , et se party d'Auberoche et délivra les clefs de la fortresche au conte d'Erby , et puis s'en ala le capitaine à Toulouse devers le conte de Laille , à qui il conta ces nouvelles. Alors le conte fu sy courouchiés , quant il sceut que les Englès avoient Auberoche , que il fist prendre l'escuier et jeter en la rivière et le noyer. Che fu son paiement qu'il en eult et à bonne cause ; car à pau de fait il rendy une trop bonne fortresse et qui depuis cousta trop grandement à Fran chois et à ceulx du pays.
Quant le conte d'Erby fut saisis du chastel d'Auberoche, il en ot grant joie , et dist bien qu'il le pourveroit bien autrement que le conte de Laille n'avoit fait. Sy y ordonna à demorer LX hommes d'armes et C archiers, messire
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Franque de Halle , messire Alain d'Estincode et messire Jehan de Lindehalle, et puis passa outre atout son ost deviens la ville de Liebourne, en retournant vers Bourdiaulx, et esploita tant que il vint devant Liebourne, et l'asëga tantost, et y firent pluiseurs assauls. Li bourgois de la ville, quant asségié se virent des Englès et la puissanche du conte d'Erby et que nul secours ne aparoit de nul costé, sy se commenchèrent à efFraer et à entrer en traitié devers le conte d'Erby. Sy se rendirent sauve leurs vies et leurs biens, et jurèrent estre bons Englès de che jour en avant, et obéirent à eulx vollentiers et à ses commis, et ouverirent leurs portes. Sy entra le conte d'Erby dedens la ville, et ses gens. Ensy eult le conte d'Erby la ville de Liebourne, et conquist en che voiage plus de soixante bonnes villes fremées et bons chastieaux, et mist tout en l'obéissance et hommage du roy d'Engleterre.
Entreus que le conte d'Erby se tenoit en Liebourne, il regarda que pour ceste saison il en avoit fait assés. Sy ordonna et départy ses gens et les envoia par les villes et plaches que il avoit conquis, pour estre mieulx au deseure du pais, et ordonna le conte de Pennebrucq en garnison à tout che que il avoit de gens d'armes estre en la ville de Bregérach, et ordonna messire Estiévène de Tomby et messire Alexandre Ansiel et LX lanches et otant d'archiers à demourer à Liebourne, et puis ala à Bourdieaulx, le conte de Kenfort et messire Gautier de Mauny en sa compaignie, et renvoia le sire de Labreth et tous les autres Gascons eu leur pais et leur dist au départir, se il est besoing, que il les redemanderoit ; mais pour la saison il n'en pensoit plus faire. Alors il se partirent dudit conte tout content et retournèrent en leur lieu, et le conte d'Erby se tint à Bourdieaulx où il estoit moult amés des bourgois et des dames et demoiselles de la ville.
IVll. — FBOISS^RT. Il
Osy tost que le conte de Laille en Gascongne peult savoir que le conte d'Erby avoit laissiet les camps et qu'il avoit donné congié à ses gens d'armes, sy fist ung mandement et assambla tout che que il pot avoir de gens d'armes et autres du pais à estre à Toulouse dedens un brief jour qu'il ordonna ; car il dist que il volloit tenir les camps, comme les Englès avoient fait. Et fut toute son armée preste, car il estoit lieutenant du roy de France eii cheluy pais , et vinrent tous ses gens à Toulouse et furent bien III™ hommes à cheval et VP" à piet. Quant il se virent tous ensamble , il se consillèrent quelle part il yroient, alors dirent que il yroient devers Auberoche et là mettre le siège ; car trop leur desplaisoit de che que les Englès le tenoient, et à ceulx de Toulouse. Adont se partirent de Toulouse en belle ordonnanche et estoient bien sans le caroy XIl'" , et tant esploitèrent qu'il vinrent devant Auberoche. Sy l'aségèrent tout autour ; car bien estoient gens pour le faire. Là estoient, avec le conte de Laille, le conte de Pierreghot, le conte de Quaremaing, le conte de Comminges, le conte de Valentinois , messire Charles de Poitiers, les frères du visconte de Villemur, le visconte de Thalar , le visconte de Brunikiel , le visconte de Mirendon, le sire de Tharide , le sire de Labarde , le sire de Pincornet, messire Aghos des Bans et bien IIP chevaliers, tous vaillans hommes, syque ces seigneurs firent maint assault à le fortresse d'Auberoche ; mais le chastiél estoit sy bien pourveus de bonnes gens d'armes et d'archiers que assault que il fesissent, ne leur grevoit riens, Sy advisèreut ces seigneurs de Franche que il n'asalleroient plus ensy. Lors mandèrent grans engiens en la ville de Toulouse, lesquels furent amenés devant la fortresse, lesquels engiens jettoient nuit et jour et débrisèrent et effondrèrent toutes les tours, et y avoit quatre grans engiens qui jetoient
d'auberochk. I6S
grans fais qui travilloient durement les chevaliers et ceulx de laieiis , et fut ahatu tous leur combles, et leurs chevaulx ochis. Quant les chevaliers veirent che , sy se commenchèrent à effraer, et se fussent voUentiers rendu saulves leur vies ; mais les Franchois ne les volloient mie ensy avoir, se il ne se rendoient à leur vollenté. Adont avisèrent que il metteroient ung varlet hors en aventure , qui porteroit unes lettres en la ville de Bourdiauls au conte d'Erby que les venist secourre. Sy escripsirent unes lettres , et baillèrent la lettre à ung varlet, lequel avallèrent de nuit ens es fossés. Ledit varlet ne peult sy coiement aller, que il ne fust pris du gait et mené le matin à la tente du conte de Laille, les lettres sur luy, et là furent mandés tous les seigneurs de chil ost , qui oïrent lire les lettres et seurent en quel dangier ceulx du chastel estoient. Sy en eurent grant joie, et, pour contrarier les Englès, loièrent le varlet les pies et les mains et la lettre au col , et puis par vergonne il le jettèrent en la fortresse. Or furent les compaignons plus esbahis que devant, quant il virent leur messagier, qui point n'avoit fait son raessaige. Ces nouvelles vinrent au conte d'Erby à Bourdieauls par une espie qui tout che avoit veu et oy comment ceulx d'Auberoche estoient en grant dangier et ne les volloient les Franchois prendre à merchy. Tantost le conte d'Erby fist armer tout che que il avoit de gens d'armes et d'archiers , et pooient estre environ IX'' , et escripsy au conte de Pennebourc , qui se tenoit en se garnison, que à tel jour il fust à Liebourne ; car il aloit combatre les Franchois et lever le siège, ou il perderoit tout. Et manda ensy à toutes les garnisons d'entour luy, dont il pensoit estre secourus, puis se party atout che qu'il avoit de gens, et messire Gautier de Mauny et le conte de Kenfort , et chevauchoit tout couvertement, que de nuit, que de jour.
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Il s'en vint bouter à Lieboun.e , et se tint là jusques à l'endemain à midi que cuidoit que le conte de Pennebourcq et ses gens deuissent venir, et point ne venoient, ne nulles nouvelles n'en ooient : dont le conte d'Erbj en estoit moult courouchiés , car bien sentoit en quel dangier les corapaignons d'Auberoche estoient. Si les euist vollentiers secoul'Ut, et conforté, à quel mescliief queche fust, car mies ne les voiioit laissier perdre.
Quant le conte d'Erby \ey que le conte de Pennebroucq ne venoit point , ne nulles nouvelles n'estoient de luj , sy s'avisa qu'il se metteroient sur les champs et que espoir il le trouveroient tout en uilact vers leurs ennemis, Sy se party de Liebourne à che que il avoit de gens , et n'ot que IIP hommes d'armes et YT archiers, et chevaucha tout souef en souratendant le dessus dit conte , et s'en vint bouter en ung bois assës près de l'ost des Franchois, et toudis souratendant la venue du conte de Pennebourcq et ses gens. Quant che vint à heure de vespre, que jy sollaus se commenchoit à abaissier , le conte d'Erby demanda consail à messire Gautier de Mauny comment il se maintendroient. « Sire , dist messire Gautier , puisque nous « veons nos ennemis pardevant nous , qui tiennent nos « compaignong en grant dangier , vergonne et blâme nous « seroit trop grant de retourner sans riens faire. Res- « traindons nos armes et rechainglons nos chevaulx, et « puis chevauçons autour de che bois et nous frapons « soudainement en l'ost de ces Franchois. Nous leur « porterons grant damaige. Espoir les desconfirons-nous , « seloncq che que il ne sèvent riens de nostre venue. » « — Sur ma foy, dist le conte d'Erby, messire Gautier, se je « refusoie che consail , il me deveroit estre reprouvé. » Adont descendirent-il tous de leur chevaulx et les rechainglèrent, et puis remontèrent et chevauchèrent outre ung
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petit bois où il estoient desseudu premiers et avoient beu ung cop. Quant il vinrent sur le debout, au lés devers leurs ennemis , il se mirent en bonne ordenanche , et n'estoient que mille combatans, uns et aultres. Or regardés qu'il firent ; car ly Gascons estoient bien X™ combatans. Evous venus ces Englès en courant, et crièrent à haulte vois : « Saint Gorge ! » et entrèrent en l'ost des François qui de che ne se doubtoient , mais soupoient les aucuns , et les autres juoient à tables et as dés , et les autres dormoient et esbatoient , ensy que gens tout asseurés qui n'avoient doubte de uulluy. Adont furent moult efFraés et esbahis , quant il oïrent crier : « Alarme ! Tray ! Tray ! Vechy les « Englès! » Adont veissiés gens fuir sans conroy et sans aroy et laissier tentes, très et pavillons, et ne savoient où aller pour estre à garant ; car les Englès , qui estoient bien montés et tout avissés de che que il dévoient faire , adont leur venoient au devant et les abatoient et ochioient et navroient. Bien est vérité que aulcuns seigneurs s'armoient et recuelloient, et se mirent en ordonnanche pour eulx deffendre ; mais che ne leur vally riens , car il furent soupris sy soudainement et tellement envay et espars qu'il ne 'se peurent rasambler , et rechurent trop grant damaige. Messire Franke de Halle et les chevaliers qui dedens Auberoche estoient , virent tos que leur gens estoient là venus pour lever le siège et combatre les François : sy s'armèrent et montèrent à cheval et vinrent à le desconfiture. Là fu prins le conte de Laille, le conte de Pierregoth, le conte de Quarmaing, le conte de Vallentinois, messire Charles de Poitiers , messire Aghos de Baus et plus de vingt-deux , que contes , que viscontes , que barons de Gascongne, et bien cent et cinquante chevaliers , et y eut mors desus la plache, que uns, que autres, plus de trois milles. Geste bataille fut l'an mil CGC XLIIII le XXVI» jour du moisd'aoust.