SUITE DE LA CHEVAUCHÉE
confort des Franchois et que le roy y deuist envoler, sycomme il luy avoit rnandet et escript, et sur celle fianche se tenoit-il sy franchement , et rechut pluiseurs grant assauîs , et se tint sy longement que toutes ses prouvëanches commeuchèrent à fallir. Lors s'avisa-il qu'il ne se povoit plus en cel estât tenir et que secours ne luy venoit de nul costet. Sy entra en traitiet devers les chevaliers du conte d'Erby, tels que messire Richart de Stampfort et messire Gautier de Mauny. Le traitiet se Hst par le moïen de messire Alexandre de Caumont, que ils se party sans damaige et rendy la fortresse , et ly pardonna le conte son mautalent, que moult grant il avoit eut sur lui pour ce que tant s'estoit tenus, et qui moult luy avoit fait despendre d'argent en tenant che siège devant la ville et le castie!. Ensy fut la Riolle pour che tamps englesse et le demora depuis plus de vingtsept ans. Sy le fist le conte d'Erby réparer et refaire , et y mist gens et prouvéanche et artillerie.
Le conte d'Erby se party de la Riolle, et alla atout son ost devers Montpesas , qui est ville belle et forte et de bonne garde. Cheulx de la ville et du pais d'environ estoient là retrait sur l'espéranche du fort lieu, etyavoient amenet leur biens. Sy ne se voldrent mie sy tos rendre que le conte y fut venus ; mais se firent assallir , et y eult le conte mors et blechiés de ses gens , dont il fut moult courouchiés. En la lin les Englès le prinrent, et y eult ochis grant foison de ceulx de la ville, pour tant que il s'estoient fait assallir. Sy donna ledit conte la ville à ung sien escuiei* , ({ui s'apelloit Thomas de Bancestre , et y laissa en garnison LX archiers , et puis alla devers la ville de Mauron ; et quant il fut là venus, il fist assallir radement ,
mais il ne l'eurent mie par leur assault. Sy se logèrent là celle nuit, et l'eudemain il le gaignèrent par l'avis et le consail de messire Alexandre de Caumont , car il dist au conte : « Monseigneur , vous partirês de chy soudaine- « ment et lairés la plus-grant partie et vostre harnas « derrière, et chevaucherés devant atout vostre ost , et « je me raetterai en esbusque atout 111"= lances. Je croy bien « que cheulx de la ville videront par présomption et « isteront hors et venront sur vostre harnas ; et tan- « tostjeles enclouray , syque il ne pouront rentrer en « la ville, et vous retourneres ausy , et ensy seront-il « mors , et la ville prise. » Tout en telle manière il fut fait , et se party le conte, et mist tout son harnast derière soy, et messire Alexandre se mist en embuscade. Et cheulx de la ville , qui furent présomptueux mal avisé, issirent bien Y" hors de leur ville, pour gaignier sur les gens du conte, et se férirent eus es harnas. Et messire Alexandre se bouta entre la ville et eulx, enescriant : « Cau- « mont ! Au signeur de Caumont ! » et « Herby à le rescouse ! » Là furent cheulx de Mauron attrapé ; car oncques piet n'en escapa , que ne fussent tout mors ou prins. Après firent rendre la ville de Mauron et le mettre en obéisance du conte d'Erby. Et y estably ung chevalier englès de par luy pour estre cappitaine et LX archiers et LX bediaulx atout pavais. Et puis passa outre, et vint devers Villefrancheen-Agenois. Sy le conquist par assault, et ardy la ville, et laissa le chastiel qui estoit en dehors, assés simplement , dont depuis se repenty. Et passa outre deviers Thonis sur la Géronde , et le prirent ses gens anchois que il y fust venus. Sy se rafrescby , et tout ly ost , trois jours, et puis chevaucha devers la chité d'Angolesma ; mais, ainçois qu'il y parvenist, il trouvèrent le fort chastiel de Damassem en Angolesmois , Sy le asségèrent et y