‹ Œuvres de FroissartChapitre 10 sur 75 · ET DU SIRE DE COURTMEY · texte numérisé non relu

ET DU SIRE DE COURTMEY

a tait , avés-Yous eu celle painne. Or soies une autre fois

« mieulx advisé. Et si remerchiésdevostre délivrance mon-

a seigneur de Bourbon et le seigneur de Gouchy , car ils y ont

« fort entendu pour vous, et aussi la contesse de Saint-Pol ;

« car la bonne dame s*en est bien et grandement acquittée

t de vous aidier ^ » Le sire de Glary respondy et dist :

« Grant mercis, mais je cuidoie avoir bien fait. »

Le roy de France séjournant en la bonne ville de Montpellier ' en esbatemens et reveaulx ^, sicomme il est cy-dessos contenu , à -ung bancquet qui fut très-bel et bien estoffé, lequel il avoit donné aux dames et aux damoiselles de la ditte ville de Montpellier , furent recordées et mises avant toutes les paroles lesquelles je vous ay recordées, et la cause pour quoy elles furent là récitées, je le vous diray.

Vérité est que je vous ay commenchié à parler de trois vaillans chevalliers de France , c*est assavoir messire Bouchicault le maisné , messire Regnault de Roye et le sire de Saint-Py, lesquels trois avoient entreprins à faire armes en la firontière de Galais sur le temps d'esté qui retoumoit, attendans tous chevalliers et escuiers estranges le terme de trente jours qui jouster à eulx vouldroient , fiiist de glaive de paix ou de guerre. Et pour ce que Temprinse des trois chevalliers sembloit au roy de France et à ceulx et à celles qui là estoient , très-haultaine , il leur fut dit et remonstré pour le meilleur que ils le feissent escripre en une foelle de papier ; car le roy et son conseil le vouloient veoir et collationner , et , se riens de oultrageux avoit en la ditte emprise, on le cancelleroit et amenderoit ; car le roy et son conseil ne vouloient mettre sus chose nulle , ne soustenir , qui fttist desraisonable.

' A «xeoaer. — **' Et s'esbatant et festoyant.

PROCtAMATlOIf DES J0UTB8

Les trois chevalliers à oeste requeste respondirent et dirent : « Voas parlés de raison. Nous le ferons yoolentiers. » Si prindrent ung clerc, encre et papier, et se boutèrent en une chambre, et escripvi le clerc ainsi : a Pour le « grant désir que nous avons d'avoir et de venir à la con- « gnoissanoe des gentils hommes, chevalliers et escuiers, du « royaulme de France et des autres royaulmes Imngtains et t prochains, certiflSons à tous que à Tayde de Dieu nous t serons à Saint-Ingleverth , le neuflème jour du mois de a may prochain venant , et y serons trente jours accomplis « tousoontinuels, et tous les trente jours horsmy les vendre- • dis délivrerons toutes manières de chevalliers et d'escuiers, « gentils hommes estranges, de quelsccmques marces , ne « pays, quils soient, qui venir y vouldront, diaseun de cinq a pointes de glaive ou de cinq de rochet, lequel que mieulx « leur plaira, ou de tous deux, se ce leur agrée. Et au dehors « de nostre logement seront trouvées nos targes et nos « escus armoiés de nos armes, c'est à entendre de nostarges « de guerre et de nos escus de pais. Et quiconques vouMra « jouster, viengne ou envoie le jour devant tonchier et hurter « dune vergdette auquel que mieulx luy plaira à choisir. « Et, se il hurte ou fait hurter à la targe de guerre, À Ten- « demain de quelque homme qull vouidra il aura la jouste « de guerre ; et, se il hurte ou fait hurter à Tescu de pais. « il aura la jouste de pats ; et, se il hurte ou fiidt hurter à u tous deux , il aura la jouste de pux et de guerre, et cod- « vendra que tous ceulx qui vendront ou envoleront hurter, « dient ou facent dire leurs noms À ceulx qui commis y <f seront de par nous à garder les targes de guerre et los « escus de paix, et seront tenus tous chevalliers et escuiers « estranges qui jouster vouldront, 4*ane&er ung ooMe « honmie de leur part, et nous en aurons «Dg de la no«tre, fl lesquels ordonneront de toutes les choses qui pour ceste

DE SADIT-IlfGLBT£RT. 57

cause pourront estre faittes ou advenir à faire , et prions à tous les nobles chevalliers et escuiers estranges qui Tenir y vouldront, que point ne voeuUent penser, ne ymaginer que nous faisons ceste chose par orgueil , hayne , ne malvueillance , mais que pour les veoir et avoir leur honnourable compagnie et accointance , laquelle de tous nos coeurs entièrement nous désirons. Et n*aura nulles de nos targes couvertes de fer, ne d'achier, ne celles de ceulx qui vendront à nous jouster, ne nous à eulx, ne nul autre avantage, fraude, barat, ne malengien, fors que par Tesgard de ceulx qui y seront commis des deux parties à garder les joustes. Et pour ce que tous gentils hommes , nobles chevalliers et escuiers, ausquels ceste chose vendra à oongnoissance, le tiengnent pour ferme et pour estable, nous avons séellëes ces présentes lettres des séauls de nos armes. Escriptes , faittes et données à Montpellier le ' XX* * jour du mois de novembre , en Fan de grâce Nostre^Seigneur mil CGC. IIIP' et IX. » Et par dessoubs ayoit : • Renault de Roye, Bouchicault, Saint-Py. »

De la haulte emprise et ' courageuse ^ des trois chevalliers fut k roy de France moult resjouy ; et, avant qn*il voulsîst concéder que la chose passast oultre , la besongne fut bien grandement examinée , veue et regardée se nul membre de vice y povoit estre lachié , ne entendu ; et sembloit à aucuns qui premièrement à ce conseil pour avoir advis y furent appelles, que la chose n'estoit pas raisonnable pour tant que les armes se dévoient faire si près de Calais, et que les Anglois pourroient tenir ceste chose à atine dV>rgmil et de présomption , laquelle chose on devoit bien considérer , car trièves estoient données et jurées à tenir le terme de trois ans entre France et Angleterre. Si

VUK — *^ Oaltragenae.

58 PaOCLAMATlON DBS JOUTBS DE SAIHT-IKGLEVERT.

ne devoit-on pas sus escrutiner , ne faire chose par qaoy nulle disoention s*esmeust , ne mesist entre les deux royaulmes. Et furent ceulx du conseil du roy plus d*un jour sur cest estât que len ne sçavoit que faire , et le vouloit-on brisier , et disoient les sages que ce n estoit pas bon à consentir tous les propos des jeunes ^ chevalliers *, et que plus tost en povoient ' naistre ^ et venir incidences de mal que de bien. Néantmains , le roy qui estoit jeune , slndinoit trop grandement à Topinion de ses chevalliers, et disoit : « On leur laisse faire leur entreprinse ; ils sont a joennes et de grant voulenté ; et si Font promis et juré à « fS&ire devant les dames de Montpellier. Nous voulons « que la chose se conmience et poursiôve à leur léal « povoir. »

Quant on vey Faffection que le roy y avoit, nuls ne Tosa contredire , ne brisier sa voulenté , et de ce furent les chevalliers tous resjoys , et fut conclud et accordé que la chose se passeroit sur la fourme et manière que les trois chevalliers avoient escript , séellé et intitulé. Et manda le roy en sa chambre à part les trois chevalliers et leur dist : a Bouchicault , Regnault, et vous, Saint-Py , en ceste « ordonnance gardés bien l'onneur de vous et de nostre a royaubne , et au tenir estât riens n*y ait espargnié , car « nous ne vous fauldrons point pour dix mil frans. » Les trois chevalliers se agenouUèrent devant le roy et dirent : « Sire , grant merchis. »

Quant le roy de France ot prins ses esbatemens en la bonne ville de Montpellier environ quinse jours , le plus aveuc les dames et damoiselles , et il et son conseil orent

•-• Geni. — ^ Croistre.

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