‹ Œuvres de FroissartChapitre 11 sur 75 · CHARLES VI A BÉZIERS · texte numérisé non relu

CHARLES VI A BÉZIERS

bien parfaittement entendu aux besongnes nécessaires de la vUle , car principalement c'estoit la cause pour quoy il y estoit venu , et tout refourmé et remis en bon estât selon Tadvis et ordonnance de son plus espécial conseil , et esté et abatu plusieurs oppressions , dont les bonnes gens de la ditte ville avoient esté traveilliés ^ , il prist congié aux dames et aux damoiselles moult doulcement , et puis se party ung jour au matin, et prinst le chemin de * Lisignan ' et là disna, et vint gésir à ^ Saint-Ubère ^ , et Tendemain après boire du matin il se party et vint à Bésiers où il fut recueillie à grant joye ; car moult le désiroient à veoir les bonnes gens de la ville et du pays environ , de ^ Pèsenach ^ , de ' Gabestain * et de Nerbonne pour luy remons< trer et getter plaintes oultre en sa présence sur ung oflScier du duc de Berry , lequel on appelloit Béthisach , qui tout avoit apovry le pays et les contrées d'environ où il avoit peu mettre les mains.

Celluy Béthisach , depuis la cité d'Avignon , avoit tousjours chevauchié en la compaignie du conseil du roy ; et ne luy disoient pas , *^ pour ce qu'ils " le pensoient à dégrader et à destruire de tous poins : « Béthisach , gardés- vous , « car trop dures enquestes se feront sur vous , et sont jà « complaintes dures et crueuses à rencontre de vous venues « jusques au roy ; » mais luy faisoient très-bonne chière et le tenoient de gengles et de lobes, et luy prommettoient de Tonneur assés dont il n'ot riens , ainsi que je vous recorderay assés prochainement.

Quant le roy party de Saint-Ubère , il estoit une heure de jour après nonne , et entre trois et quatre il entra en la

' Le temps durant que le duc d* Anjou et le duc de Berry en avoient •a le gouTemement. — *^ Limous.. Olipian. — *-• Saint -Hubert. — •^ Pésenaa. — "^ Cabestan. — *•-" Les consaulx du roy qui.

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oité de Bésiers. L'évesque du lieu et le clergié de toutes les églises , revestus des armes de Nostfe-Seigneur , et les bourgois de la ville « les dames et les damoiselles yssifent à procession toutes à rencontre du roy ; et, ainsi qu*il obe- Yâuchoit tout le pas , estoient ordonnés et rengiés à deux lés du diemin. Tous et toutes 8*agenoullèrent à rencontre de luy, et fut ainsi amené à Téglise cathédral , et là des-^ cendy devant le portail. Au devant du portail on avoit fait ong avtel et aoumé très-ridiement et paré des reliques de Téglise , et Ifl s*agenoulla le roy et fist ses oroisonê bien et dévotement ; et puis entra en Téglise adextré de Féveeque de Bésiers et de son oncle le duc de Bourbon , et tous les seigneurs le sieuvoient , et fut le roy en Téglise environ demy-heure « et puis en yssy et ala logier au palais qui il*est pas Icfing de là , et son frôre de Thouraine et son oncle de Bourbon aveuc luy , et les autres se logèrent et espardirent parmy la ville , car il y a logis assés pour estre tout au large et à leur aise, car Bésiers est une moult bonne cité.

Trois jours se tint le roy à Bésiers en joye et revel aveuo les dames et damoisdles, avant que Béthisach fiiist néant adhère , ne demandé ; mais les inquisiteure qui commis y estoient par le conseil du roy, faisoient quoiement et celléement enqueste sur luy , et trouvèrent par enqueste plusiemrscas horriUes mt luy, lesquels ne faisoient mie à pardonner.

Or advint que, nu IIIP jour que , le roy eut là esté , il fut mandé devant le conseil du roy et enclos en une chambre et examiné , et luy fut dit ainsi : « Béthisach , regar- • dés et adviséa et respondée ^ à ces oédules que veecy. »

* A CM BÉOtS ft^

DE BftTlSAC. M

Lon luj furent monstrées une grant quantité de lettres et de oomplaintes, lesquelles avoient esté apportées à Bésiers, et données au roy par manière de supplications, qui toutes parloient et chantoient du fol gouvernement de ce Béthisach et des oppressions et extorssions quHl avoit fitit au pueple. Toutes luy forent lûtes en sa présence , IHme après Tautre. Aux unes il respondoit bien et sagement pour ses deffezises , et aux antres non , et disoit : « De celle n*ay<*je nulle con- • gnoissance ; parlés-ent aux séneschauls de Beaucaîre et « de Gareassonne et au cbancellier de Berry. » Finableraent pour Teure il luy fot dit que peur luy purgier il ecmy^it que il t^st prison : il y obéy , et ce ftiîre hiy convint. Si tost qull fut emprisonné, les inquisiteurs allèrent à son bostel et saisirent tous le^ escripts et les 00Bip<ip8 dont du temp^ passé il s'^estoit ensonnlé , et les emportèrent aveuc eulx et les viiitèrent par loisir et trou- Tèrent ens moult df diverses choses et grans sommes de ftumees , lesquelles il avoit eues et levées du temps passé ens es sénesohaucies et sdgnouries du roy deesns dittis, et les nombres si grans que les seigneurs , en oant tire , en e^toient tous esperveilliés.

Lors fut-41 de reel^ef niandé devant le conseil et amoné. Quait il fot v^nu , oi\ luy monstra ses esoripte el luy fot demandé se il congnoissoit ces escripts pour siena. Il Fsqiondi à ce : • (k|yl. » Dont luy fot demandé se toutes les soHmi€i3 da flourins qui levées avoient esté de son temps ens es sénesc^aucies dessus dittes , estoient bonnes , et quelle ehoie on en ave)t Ikit , ne où tout povoit estre contourné, pe^ devepu. il reqM>ndy &, ce et dist 2 « Lee sommes « sont bonnes et vrayes« Tout est tourné devers monseic gneur de Berry , et pass^ par mes aaîna et par ses f trésoriers, et de tout je doy avoir et ay bonnes quittances « séellées de son séel. » — s Et où sont ces quittances ? »

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— « En mon hostel en tel lieu. » On y ala , et furent apportées devant le conseil et furent leutes , et se concor* doientassés aux sommes des réoeptes.

Adont furent les inquisiteurs et le conseil tous ' abus ' , et Béthisach remis en prison courtoise. Les consauls parlèrent ensemble sur cest estât et dirent : « Béthisach est « net de toutes ces demandes que Ten luy demande. Il « monstre bien que toutes les levées dont le poeuple se « plaint , monseigneur de Berry les a toutes eues. Quel « chose en peult^l « s*elles sont mal allées ?» A considérer selon raison , Béthisadi n^avoit nul tort en ses deffenses et excusations ; car le duc de Berry fut le plus convoitteux hon^me du monde et n^avoit cure où il fuist prins , mais qu*il Teust ; et quant il avoit la finance devers luy « si remploioit-il trop petitement ainsi que plusieurs seigneurs font et ont fait du temps passé. Les consauls du roy ne veoient en Béthisadi nulle chose pour quoy il deuist mort racepvoir , voire les aulcuns et non pas tous ; car moien* nement il en y avoit de tels qui disoient ainsi : « Béthisach a fiiit tant de levées crueuses et apovry tant de poeuple pour accomplir le désir à monseigneur de Berry, que sang humain du povre poeuple se plaint et crie haultement et dist qu*il a desservy mort ; car luy qui estoit ôs parties de par dechÀ tout le conseil du duc de Berry et qui veoit la povreté du poeuple » luy deuist avoir remonstré , et , se le duc de Berry n'y voulsist avoir entendu , il fmst venu devers le roy et son conseil et leur euist remonstré la povreté du poeuple et comment le duc de Berry les menoit : on y euist pourvea, et grandement se fiist excusé des amisses , dont il est maintenant ahers et eacottlpé. »

Appaii^.

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