‹ Œuvres de FroissartChapitre 12 sur 75 · DE BÉTISAC · texte numérisé non relu

DE BÉTISAC

Adont fut remandé Béthisach en une chambre devant le conseil. De rechief il fut moult fort examiné pour sçavoir que toutes ces finances povoient estre devenues ^ car Ten trouvoit la somme de trente cens mille frans. Il respondi ad ce et dist : « Messeigneurs , je ne le puis bonnement sçavoir^ Il en a mis grant ' foison * en ouvrages et réparations de chasteaulx et d*ostels et en achats de terres au conte de Boulongne et au conte d*Estampes et en pierrie , ainsi que vous sçavés que tels choses il a achatté ' légiôrement , et s en a estoffé son estât trèsgrant que il a tousjours tenu , et si en a donné à Thiebaut et à Morinot et à ses vallets autour de luy tant que ils sont tous riches. » — « Et vous , Béthisach , dist le conseil du roy , en avés-vous bien eu pour vos peines et services que vous luy avés fais , cent mille frans à vostre singulier prouffit ?» — « Messeigneurs , respondi Bétiiisach y ce que j*en ay eu « monseigneur de Berry le me consent bien ; car il veult que ses gens ^ deviengnent ^ riches. » Dont respondy le conseil du roy : « Ha ! a ! Béthisach , Béthisach , c*est follement parlé. La richesse n*est pas bonne , ne raisonnable , qui est mal acquise ; il vous fault retourner en prison ; et nous aurons advis et conseil sur ce que vous nous avés icy dit et monstre. IlyouB fault attendre la voulenté du roy à qui nous m remonstrerons toutes vos deffenses. » — « Messeigneurs, c respondy Béthisach , Dieux y ait part ! » Il fut mis en prison et là laissié, sans estre mandé devant le conseil du roy, bien quatre jours.

Quant les nouvelles furent espandues parmy le pays, qoe Béthisach estoit prins de par le roy et temi et mis en prison» et qu'on faisoit enquestes sur luy de toutes pars ,

Plenté. — • Vonlentieni et. — *-• Demeurent.

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et estoit la renommée telle qae qui riens Iny acavoit à demander , si se traist arant , dont veissiés gens de tontes pars Tenir et aplonyoir À Bésiers et demander Tostel da roy ; et, quant ils estoient venus à Tostel du roy, jetter en la place supplications et plaintes crueuses et doloureuses sur Béthisaoh. Les aucuns se pUindoient que Béthisadi les avoit déahirités sans cause et sans raison ; les autres se plaindoient de force que il leur avoit fidt de leurs femmes et de leurs flUes.

Vous devés scavoir que quant tant de divers cas vendent sur Béthteaoh , les oonsauls du roy estoient tous las de ' les oyr * ; car, ad ce que les plaintes monstroient, il estoit duTMuent hay du pueple , et tout ce luy venoit , à considérer raison , pour accomplir la voulante et plaisanœ du duc de Berry et pour emplir sa bourse. Les oonsauls du roy n*en scavoient que faire ; car là estoient venus deux dievalUers de par le duc de Berry , le sire de la Trimouille et messire Pierre Mespin qui apportoient lettres de créance au roy, et avoient ces deux chevalliers de par le duc de Berry advotté tout ce que Béthisac avoit fidt du temps passé , et requéroit le due de Berry au roy et à son conseil à ravoir sm homme et son trésorier.

Le roy avoit accueillie Béthisach en grant hayne pour * Texolame ^ crueux et la fSune diverse * qui couroit sur luy, et a*enclinoit le roy et son trère ad ce trop grandement que il fiiist * pendu , et disoient que bien Tavoit desservy ; mais les consaulx du roy ne Toeoient jugier. Trop doabtoient à courroucier le duc de Berry , et fut dit ainsi au roy : s Sire , ou cas que monseigneur de Berry adveue s toas les fiôs de Béthisadi à bons ,- quels qu'ils soient ,

•"■ L'ojr. — •^ L'eacUadre. — 'Et msuTaiie.. et cnieme. — • Pugiii et.

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nous ne porons veir par nulle voye de raison que Béthisaoh ait desservi mort ; car, du temps passé que il 8*est } occupé ' , as contrées de pardechÀ, des tailles, subsides et aydes assir et mettre , prendre et lever , monseigneur de Berry en quelle instance il le iaisoit , avoit puissance royal comïne vous avés pour le présent ; mais on pourra bim &ire une chose selon les articles de ses fourfiûs , saisir tous ses meubles et hiretages et le mettre eus ou point où premiàr^neut monseigneur de Berry le piist, et restituer et rendre aux povres gens par les séneachaucies ' lesquelles ^ il a le plus foulé et ^ mis au bas *. » Que feroie-je long compte ? Béthisach Ait sur le point d*estre délivré , voire parmy estant sa chevance , quant antres nouvelles revindrent en place : je vous diray quelles.

Je ne scay , ne scavdr ne puis , fors par la congnois- •aace de luy , se il estoit tel que il se juga, et dist que il avoit esté ung grant temps hérétique. Ce fut une moult merveilleuse chose et infortuneuse, selon ce que je ^ suis * ianfourmé. On vint de nuit à Béthisach pour luy effraer , et luy fut dit ainsi : « Béthisach , vos besongnes sont en trop c dur party. Le roy de France et son firère et le duc de s Bourbon leur oncle vous ont accueillie mortellement , « car ils sont venues tant de plaintes et de divers lieux « des oppressions que vous avés faittes par degà ou temps f que vous avés gouverné la Languedoch, que tous vous « jugent à pendre , ne vous ne povés passer pour toute « vostre chevance. On Ta offert au roy , mais le roy qui « vous hait mortellement , a respondu que vostre chevance c eet siauie, et le corps aussi ; et ne serés pas longuemen t

*■* Eotremia. — •^ Lesqaeb. — •"* Appovri. — '• Fus. znr. — VRonsART. 5

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