PROCÈS
t gardé , nous le vous disons bien , car demain du jour t Ten TOUS délivrera , et supposons bien par les apparans t que nous en veons et avons veu , que vous [serés jugié & t mort. »
Geste parole effiréa trop grandement Béthisach, et dist & ceulx qui parloient à luy : « Ha ! a ! Sainte-Marie , et estil nul conseil qui y peuist pourveoir ?» — t Oïl , respondirent ceulx , de matin dittes que vous voulés parler au conseil du roy. Ils vendront parler à vous, ou ils vous manderont ; et, quant vous serés en leur présence , vous leur dires : Messeigneurs , je tiens Dieu avoir courrouchié trop grandement, et, pour le courrons que Dieu a sur moy, me sourt ^ celle escandèle *. On vous demandera en quoy. Vous responderés que vous avés ung grant temps erré contre la foy et que vous estes hérite, et tenés bien celle oppinion. L'évesque de Bésiers, quant il vous ora parler , vous calengera et vouldra avoir. Vous serés délivré incontinent devers luy , car tels cas appartiennent à estre esclarchis par FÉglise. On vous envoiera en Avignon devers le pape. Vous venu en Avignon , nuls ne fera fait , ne partie contre vous pour la doubtance de monseigneur de Berry , ne le pape ne Toseroit courrouchier. Par ce moien que nous vous disons , aurés-vous vostre délivrance, et ne perdrés ne corps , ne chevance. Mais , se vous demeurés en cel estât où vous estes , sans yssir jà du jour de demain vous serés pendu ; car le roy vous hait pour Fesclamasse du poeuple dont vous estes trop fort accueillie. » Béthisach qui se confia sur celle faulse parole et infor^ mation ( car qui est en dangier et en péril de mort il ne scet que faire ) , dist : t Vous estes mes bons amis, qui
^ Cel esclandre.
DE bétisàc. 67
« loyaulment me conseilliés , et Dieu le vous puist mérir , « et encoires vendra le temps que je vous ^ le remériray * « grandement. » Cils se départirent ; Béthisach demoura. Quant oe vint au matin , il appella le gaiolier qui le gardoit» et luy dist : « Mon amy , je vous prie que vous aies « quérir ou envoies quérir tels et tels. » Si les nomma , lesquels estoient infourmateurs et inquisiteurs sur luy. D respondy : t Voulentiers. » Ils furent signifiés que Béthisach les demandoit en prison.
Les informateurs vindrent, qui jà sçavoient espoir bien quelle chose Béthisach vouloit ou ' demandoit ^. Quant ils forent en la présence de Béthisach , ils lui demandèrent : Que voulés-vous ? » dirent-ils. Il respondy et dist ainsi : Beaus seigneurs , je ay regardé à mes besongnes , et en ma conscience je tiens grandement Dieu avoir courrouchié » car jà de long temps j*ay erré contre la foy , et ne puis croire qu*il soit riens de la Trinité, ne que le Fils de Dieu se daignast tant abaissier que il venist des chieulx descendre en corps humain de femme , et croy et dy que, quant nous morons, que il n*est riens de âme. » — o Ha ! Sainte-Marie ! Béthisach, respondirent les informateurs , vos paroles demandent le feu. Âdvisés-vous. » — « Je ne 8cay , dist Béthisach , que mes paroles demandent ou feu ou eaue ; mais j*ay tenu celle oppinion depuis que j*eus congnoissance, etlatenray jusques à la fin. » Les informateurs n'en vouldrent pour le présent plus oyr, et furent espoir tous joians de ses paroles, et commandèrent trôs-estroittement au gaiolier que il ne laissast homme , ne femme parler à luy affin qu il ne se retoumast de son oppinion , et s'en vindrent devers le conseil du roy et leur reoordèrent ces nouvelles. Quant ^ ils les orent
^ R«iiiertsienij.— *** Devoit dire.— ^ Ceolx du conseil oyrent chou.