‹ Œuvres de FroissartChapitre 14 sur 75 · PROCÈS · texte numérisé non relu

PROCÈS

oyes ^ , ils s*en alôrent devers le rojr qui estoit en sa chambre et se levoit , et luy dirent toute Fordonnance de Béthisach, ainsi que vous avés oy. Le roy en fut fort esmerveillié et dist : « Nous voulons que il muire. C*est ung « mauvais homme ; il est hérite et larron. Nous voulons t qu*il soit ars et pendu : si aura le guerredon de ses « mérites , ne jà pour bel oncle de Berry il n*en sera « excusé, ne déporté. »

Ces nouvelles s*espandirent* par ' la cité de Bésiers et en plusieurs lieux, que Béthisach avoit dit et confessé de sa voulenté et sans constrainte que il estoit hérite et tenoitet avoit tenu ung long temps loppinion des bougres, et que le roy avoit dit que il vouloit que il fuist ars et pendu. Lors veissiés parmy Bésiers grant foison poeuple resjoy , car trop fort estoit acqueillié et hay. Les deux chevalliers qui le demandoient de par le duc de Berry, sceurent ces nouvelles. Si furent tous esbahis et esmerveilliés , et n en sçavoient que supposer. Messire Pierre Mespin se advisa et dist : « Sire de Nantoulet , je fais doubte que Béthisach ne soit trahy , et puet estre que quoiement on est aie à luy en prison et, Ta-on infourmé de ce dire, et luy a-on donné à entendre que , se il tient ceste erreur qui est horrible et villaine , TÉgUse le calengera, et sera envoyé en Avignon et là délivré du pape. Ha ! a ! du ^ fol ! il ^ est déceu , car cy oués*vous dire que le roy veult qu*il soit ars et pendu. Alons, alons tantost devers luy en prison , et parlons à luy et le refourmons en autre estât ; car il est tout desvoié et mal conseillié. ■ Les deux chevalliers incontinent se départirent de leur hostel, et vindrent devers la prison du roy et requirent au gaioUer qu*ils peossent parler à Béthisach. Le gaiolier 8*excusa et dist : « Messeigneurs , il m*est enjoint et com-

« Parmi. — •-• U fol.

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« mandé , et aussi à ces quatre sergans d armes qui sont « icy envoies et commis de par le roy , sur la teste, que « nuls ne parle à luy. Le commandement du roy ne ose- « rions-nous brisier. ■ Les deux chevalliers congneurent tantost que ils traveilloient en vain et que Béthisach avoit fiEÛt et que morir le convenoit, tant avoit-on tournoyé. Si retournèrent à leur hostel et comptèrent et paièrent, et puis montèrent ^ , et s*en retournèrent devers * le duc de Berry '.

La conclusion de Béthisach fut telle que quant ce vint & lendemain sur le poiot de dix heures, on le trahy hors de la prison du roy , et fut amené au palais de Tévesque, et l estoient les juges et les officiaulx de par Tévesque et tous cealx de sa court. Le bailly de Bésiers qui Tavoit tenu en prison, dist ainsi aux gens de Févesque : « Vecy Béthisach, c lequel nous vous rendons pour bougre et pour hérétique t et errant contre la foy , et , se il ne fuist clerc , nous t eussions fait de luy ce que ses euvres demandent. » L*ofScial demanda à Béthisach se il estoit tel que on leur rendent, et que , oiant le poeuple, il le voulsist dire et confesser. Béthisach qui cuida moult bien direct eschapper parmy sa confession , dist en respondant : « Oyl. » On luy demanda par trois fob, et par trois fois le congnut devant le poeuple. Or r^ardés se il estoit bien déceu et enchanté ; car , se il euist tousjours tenu sa première parole et ce pour quoy il estoit prins et arresté , il n*euist eu mal , et reuis<H)n délivré , car le duc de Berry advouoit tous ses fais tant que des assises , aydes et extorsions lesquelles il avoit à son commandement mises et assises en la Languedoch ; mais on peult supposer que fortune luy joua de son tour, et, quant il cuida estre le plus asségur sur sa roe, elle

' A chenal. — * Monseigneur. — ' Leur mBistre.

le retourna jus en la boe, ainsi qndle en a fiût tds cent mille depuis le monde fot premièrement édifié ei estoré.

Béthisach fat de la main ^ du jnge offidal ' rendu et remis en la main du baillj de Bésiers qni goaremoit poor le roy le temporel , lequel bailly sans nul délaj le fist ameneren la place derant le palais, et fut si hasté Béthisach que il n*ot pas loisir de Iny reprendre et desdire ; car, quant il Tey en la place le feu et il se trouTa en la main du bourrel, il fut esbaby et rey bien qull estoit déceu et trahy. Si requist en criant tout hanlt à estre oy , mais on n*en tint compte , et luy fut dit : t Béthisach , il est ordonné. Il t TOUS fanlt nx>rir. Vos maies ouvres tous mainent en maie c fin. ■ n fut hasté. Le feu estoit tout prest. On avoit fait lever en la place unes fourches et dessoubs ces fourches une estache et une grande chaynne de fer, et au bout des fourches aToit une chaynne de fer et ung * collier ^ , et luy fut mis ou ^ haterel * et puis reclos et tiré contremont , et, afin qu*il durast plus longuement, on Tenvolepa de celle chaynne autour de l'estache afin que il tenist plus roit. Il crioit : t Duc deBerry, duc de Berry, on me feit morirsans t raison ; on me fait tort. • Si tost quil fut loyé & Testache, on appoya au tour grant foison de bourrées et de fegots secs , on y bouta le feu, et tantost les fagots s*alumèrent. Ainsi fut Béthisach pendu et ars , et le povoit le roy de France veoir de sa chambre , se il vouloit.

A celle povre fin Tint Béthisach. Ainsi fut le peuple Tengié de luy , car au Toir dire , il leur aToit feit moult d'extorsions et de grans donmiages, puis qu*il ot en gou- Temement les marches de Languedoch.

••• D« roflcial. — • Grant. .-^* D« f«r. — " Col.

CHARLES Tl A TOULOUSE. 71

Après ceste crueuse justice, le roy de France ne séjourna pas longuement à Bésiers , mais s*en départy aveuc tout son arroy et print le chemin de Garcassonne, et tousjours depuis Avignon avoit chevauchié et chevauchoit encoires aveuc luy son mareschal messire Loys de Sanssoire. Tant chevaucha le roy par ses journées en visitant le pays , car il n*aloit pas les droits chemins , que fut à Cabestan et à Nerbonne , à Lymous et à Montroial et à Fougaux , et de là retourna à Garcassonne et si tint IIII jours , et depuis s'en party et passa Ville-Franche et Avignoulet et Mont- Giscart, et vint à Thoulouse.

Les bourgois de Thoulouse qui grandement le désiroient à veoir et à avoir delés eulx , le ^ recueilliôrent * liement et yssirent tous hors de la ville vestus d*unes parures , et fut à grans solempnités amené et acconvoyé au chastel de Thoulouse qui est grant , bel et fort , et siet sur ungs ' des chorons ^ à l'entrée de Thoulouse. Geulx de Thoulouse , qui est cité riche et notable , firent au roy à sa bien venue plusieurs beaulx prësens et tant que le roy s*en contenta grandement.

Quant le roy ot là esté et séjourné trois jours et il fut rafireschi , conseiUié et dit fut que il manderoit le conte de Foix , et se tenoit en une ville que on dit Massères à XIIII lieues près de la cité de Thoulouse , car de lestât du roy et ordonnance il estoit tout infourmé. Si furent ordonnés pour luy aler quérir le mareschal de France et le sire de la Rivière , lesquels partirent ung mercredy après boire, et vindrent gésir à une ville assés bonne en Thoulousain, que on dist à llsle-Jourdain , et à Tendemain à heure de disner ils vindrent à Massères. Le conte de Foix qui bien sgavoit

•-• Rechapent. — ' Monlt. — *^ De«troit.

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leur Tenue , les recueilly moult douleement et liement pour Famour du roj , et aussi il les congnoissoit assés , car antreffois il les avait reus.

Messire Loys de Sansoire ^ monstra * la parole et dirt : Monseigneur de Foix, nœtre chier sire le roy de France TOUS mande par nous que tous le veuilles venir veoîr à Thoulouse , ou il se traveillera tant que il vous vendra veoir esk vostare pays , car moult vous désire & veoir. ■ Le conte de Foix respondy et dist : t Messire Loys , je ne vueil pas que le roy de France ait ce traveil pour moy ; mieulx appartient que je 1 aye pour luy. Si luy dirëa ainsi de par moy , s*il vous plaist » que je seray là & Thoulouse dadens quatre jours, s — t Cest bien dit , respondirent les chevalliers ; nous retournerons et luy dirons ces nouvelles de par vous. » — t Voire , dist-il hardiemeot , mais vous demeurés maishuy dalés moy , et vous tenray tous aises , car je vous voy voulentiers , et de matin vous vous mettrés au retour. » Les chevalliers obéirent et demourèrent dalés le conte de Fois ce jour et la nuit » car moult y estoient à sa plaisance , et devisa à ceulx de plusieurs choses , car il estoit ' sage et bien ^ enlangagié et de belle parlure * , et trop bien scavoit attraire en parlant à ung homme, quelqull fuist, selon son estât, tout ce qu*il avoit dedens le coeur. Us prindrent congié au conte à aler couchier pour retourner & Tendemain , et le conte à euls. Au bon matinet ils partirent et chevauchèrent tant que ce jour il m*est advis qu*ils retournèrent à Thoulouse, et trouvèrent le roy jouant aux esches à son onde le duc de Bourbon. Quant le roy les vit, il leur demanda tout hault : « Or avant des nouvelles ! i Que dit ce conte de Foix! Vouldra-il venir? » — « Ouy,

'-* Porta. — * Moult — ^ Rntenda et da bem parlemont.

t sire « respondy le sire de la Riyiôre ; il a très-grande « affection de vous veoir et sera cy devers vous dedens « quatre jours. » — t Or bien , respondy le roy , nous le « Terrons voulentiers. » Les deux chevalliers se départirent du roy et le laissiôrent jouant, et alôrent soupper et eulx aaisier , car ils avoient chevauchié une grande journée.

Le conte de Foix, qui estoit demeuré à Massères , ne mist pas en oubly le voiage que il devoit faire , mais se pourvey trôs-grandemenl et estoit jà pourveu , car bien sçavoit la venue du roy, et envoya devant à Thoulouse faire ses pourvéanoes grandes et grosses comme à luy appartenoit. Et avoit mandé chevalliers et escuiers de Berne et de Foix plus de deux cens pour luy servir et accompaignier en ce voyage.

Au jour que le conte de Foix avoit mis et assigné, il entra en la cité de Thoulouse à plus de six cens chevaulx, bien accompaignié de chevalliers et d*escuiers et tous à sa délivrance , et estoient delés luy le visconte de Bruniquel et messire Jehan son frère , messire Rogier d^Espaigne , son cousin , le sire de Korasse , le sire de Valentin , le sire de Queo , le sire de Baruge , messire Espang de Lyon , le sire de Kopane , le sire de Lane , le sire de Besach , le sire de Perle , messire Pierre de Cabestain , messire Monaus de Noualles , messire Richart de la ^ Mette *, messire Emault de Saint-Basille et plusieurs autres , messire Pierre de Berne et messire Ernault , ses deux frères bastars et ses deux âls bastars, que il amoit trèsgrandement , messire Yeuwain de Foix et messire Gratien de Foix ; et avoit intention le conte de Foix que de ahériter ses deux âls de la greigneur partie de la terre

•-• Motte.

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