‹ Œuvres de FroissartChapitre 15 sur 75 · HOMMAGE · texte numérisé non relu

HOMMAGE

de Berne , de laquelle terre il povoit bien faire ' partie de sa voulenté * , car il la tenoit lige et franoe sans la relever de nul homme fors de Dieu , et descendy le dit conte de Foix aux Prédicatours, et fut là logié son corps et son tinel, et ses gens se logièrent tout autour de luy au plus près que ils porent.

Vous devés sçavoir que les bourgois ' de Thoulouse luy firent grant feste, et moult Tamoient ; car tousjours il leur avoit esté bon voisin , courtois et traittable , ne oncques ne soufiry que nuls de sa terre leur feist guerre , ne violence , et pour tant Tamoient-ils mieulx. Et luy firent les bourgois de Thoulouse à sa bien-venue grans présens de bons vins et de bonnes choses tant que moult s*en contenta, n entra en la cité de Thoulouse ainsi que à basses vespres. Si se tint tout le jour et toute la nuit à son hostel. A Tendemain à dix heures il monta à cheval, et montèrent de ses gens ceulx qui ordonnés estoient de aler aveuc luy devers le roy , et furent plus de deux cens chevaulx tous honmies dlionneur , et s*en vint en cel estât tout au long parmy les rues jusques au chastel de Thoulouse où la roy estoit logié , et descendy en la ^ place ^ dedens la première porte du chastel. Varlets prindrent et tindrent les chevaulx. Le conte et ses gens montèrent les degrés de la salle. Le roy de France estoit yssu de ses chambres et venu en la salle, et là attendoit le conte que moult désiroit à veoir , pour les grans vaillances de luy et pour la bonne renommée dont il estoit recommandé.

Le conte de Foix qui estoit bel prince , de belle fourme et de belle taille , à nud chief , ungs cheveulx sur le gris, * houppus ^, rechercellés, tous espars (car oncques ne portoit chaperon), entra en la salle , et lorsque il vey le roy

•-• Sa Toultnt^. — • Dt la TUle. — ^ Cour. — ••* Hooppët.

et les seigneurs de France son frère et son oncle, pour bonnourer le roy et non autrui , il s*agenoulla tout bas d'un genoul y et puis se leva et passa avant, et à la tierce fois il se agenouUa moult près du roy. Le roy le 'print par la main et Tembracba et le leva sus, et luy dist : a Conte de « Fois et bel cousin , vous nous estes le bienvenu. Vostre « veue et venue nous resjouist grandement. » — « Mon- « seigneur , respondi le conte de Foix , grant mercbis , « quant tant vous en plaist à dire. ■

Là orent parlement ensemble le roy et le conte, lesquelles paroles je ne peuls pas toutes oyr , ne savoir , et puis fut Teure de disner ; on donna Teaue, on lava, et puis on s*assist. Â celle table fut le premier chief Tarchevesque de Thoulouse , et puis le roy , et puis son oncle et le duc de Bourbon , et puis le conte de Foix , et puis messire Jehan de Bourbon , conte de la Marche et de Yendosme. A celle table n'en y eut plus. A la seconde table âst-on seoir messire ^ Charles ' de Labreth , le conte de Harcourt , messire Phelippe de Bar et quatre des chevalliers du conte de Foix. A Tautre table s'assirent le mareschal de Sanssoirre , messire Rogier d'Espaigne et quatre des chevalliers du conte de Foix. Si fut le disner ^ grant , bel et bien estoffé de toutes choses , et quant on ot disné, on leva les tables , et après les grâces rendues , on prist autres esbatemens , et furent le roy et les seigneurs en estant sur leurs pies en chambre de parement près de deux heures en oant ménestrels du bas mestier , car le conte de Foix s'i délitoit grandement. Après tout ce on apporta vin et espices , et servy du dragioir devant le roy de France tant seulement le conte de Harcourt , et messire Gérard de la Pierre ^ le duc de Bourbon , et messire Monnaut de Nouvalles ^ le conte de Foix.

•-■ Jehan. — • Monlt. — • Devant.

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Après tous ces estas , ^ sur le point de quatre heures après nonne , le conte de Foix print congié au roj. Le roj luj donna , et aussi firent le duc de Bourbon et les autres seigneurs. U yssi hors de la salle et vint en la court et trouva ses chevaulx tous prests et ses gens appareilliés qui Tattendoient. Si monta le dit conte , et montèrent tous ceulx qui accompaignier le dévoient et vouloient , et s'en retourna arrière à son hostel et se contenta grandement de la bonne chière et recoeillote que le roy de France luy avoit faitte, et, luj retourné arrière à son hostel, il s'en loa moult à ses chevalliers.

Entre le roy de France et le conte Gaston de Foix , euls estans et séjoumans en la cité de Thoulouse , ot plusieurs traittiés et * approchemens ' d^amour , et grant paine y rendoient le mareschal de France et le sire de la Rivière , pour tant que ils veoient que le roy s*i enclinoit et que Toulentiers il veoit le conte de Foix , et en devant ce il leur avoit bien ouy recorder plusieurs grans vaillances et largesses du conte de Foix, et aussi son oncle de Bourbon le tesmoignoit.

Le conte de Foix donna ung jour à disner au conte de Thouraine et au duc de Bourbon , au conte de la Marche et à tous les seigneurs de France , et vous dy que ce disner fut grant et oultre mesure bel , et y ot grant foison des mes et d'entremets et plus de deux cens chevalliers séans à table, et servoient les chevalliers du conte de Foix; et sur le point que les tables furent levées , le roy de France, qui avoit disné ou chastel de Thoulouse, et messire Charles de Labreth et messire Phelippe de Bar , ses deux cousins germains , ne se pot tenir que il ne venist veoir la compaignie , et vint à Tostel du conte de Foix, luy douzième tant seulement.

* EaTÎron. — ^ AppoinUmau.

Le conte de Fois, de la venue du roy , pour ce que tant s'estoit humilié que de venir jusques à luy , fut grandement resjouy, et aussi fut toute la compaignie. Si y ot fait plusieurs esbatemens , et s*esprouvoient les Gascoings et les François à la luitte Tun à Tautre , ou à jetter la pierre ou à traire la darde au plus loing et au plus hault , et là furent jusques à la nuit que le roy et les seigneurs s'en retournèrent. Le conte de Foix donna ce jour aux chevalliers et escuiers du roy et du duc de Thouraine et du duc de Bourbon plus de LX, que coursiers, que palefrois , que muUôs tous amblans, enséelléset aprestés de tous poins, ainsi que k ceulx appartenoit; et donna aux ménestrels du roy, du duc de Thouraine et du duc de Bourbon plus de deux cens couronnes d*or. Aussi tous se louoient des largesses au conte de Foix.

Au palais du roy, au IIIP jour, vint le conte de Foix bien accompaignié de barons et de chevalliers de Berne et de Foix pour veoir le roy et pour faire ce qu'il appartenoit et dont il estoit requis , c'est à entendre ho mmage de la conté de Foix, et des appendances, réservé de la terre de Berne, et vous dy que devant il y avoit eu grans traittiés entre le roy et le conte de Fois par les moyens du conseil du roy , du seigneur de la Rivière , de messire Jehan le Merchier et de Tévesque de Noyon qui là estoient venus nouvellement d'Avignon , mais les traittiés furent moult secrès. On disoit ainsi que le conte de Foix requéroit au roy que son fils messire Yeuwain de Foix fuist après son décès héritier de toute la conté de Foix parmy cent mille francs que le conte de Foix donnoit et ordonnoit au roy de France au jour de son trespas ; et messire Oratien son frère devoit tenir en Berne toute la terre de Aire , une bonne cité, et du Montde-Marsen , et toutes les terres acquises que le conte tenoit ; et la terre de Berne devoit retourner à l'iretier le

78 BoaMAGs DU comn db poix.

^ oonte * de Chastelbon. Les assignations estoient en débat et différent entre le conte et les barons et les chevalliers de son pays , et disoient ainsi les plusieurs que ce ne se povoit bonnement faire sans toat le général conseil de Fois et de Berne ; et , pour cause de mojen, Tommage fait de la conté de Foix et des appendances , réservé la terre de Berne , au roy de France , le roy de France dist ainsi par le conseil qu'il ot , au conte de Foix et aux barons de Foix : t Je tieng en ma main Tommage de Foix ; et s*il t advient de nostre temps que la terre vacque par la mort t et succession de nostre cousin le conte de Foix , nous en t déterminerons adont si à point et par si bon conseil que t nous aurons , que Yeuwain de Foix et tous les hommes t de Foix s en contenteront. ■ Ceste parole souffy bien au conte de Foix et aux barons et chevalliers de Foix qui l estoient.

Ces ordonnances (aittes , escriptes et séellées, le conte de Foix prist congié au roy de France et à son frère de Thouraine et aux plus haulx seigneurs qui là estoient , ils luy donnèrent , mais ce jour il disna aveuc le roy, et puis il retourna à son hostel. A Tendemain après boire il se party de Thoulouse et laissa ses fourriers derrière pour compter et payer partout, et passa aux ponts à Thoulouse le dit conte la rivière de Géronde , et retourna en son pays par le Mont-de-Marsen et s*en retourna k Orthais , et là donna congié à toutes ses gens qui accompaignié Tavoient , et ne retint lés luy fors que ceulx qui luy besongnoient.

Il me fut dit, et je croy assés, que la venue du roy de France venant en la Languedoch et à Thoulouse que vous avés oy » cousta au conte de Foix qui fiit larges et courtois

" Vi«»iiU.

FAVEURS ÀGCORDAbS AU SIRE D*ALRRBT. 79

plus de ^ soixante * mil frans , et, quel coustage qa*il euist , le conte de Foix le paya très-voulentiers.

Le roy de France estant à Thoulouse , il m*est advis que il ordonna et entendy à ses besongnes très-grandement et remua séneschaulx et officiers plusieurs , et refourma le pays en bon estât tant que tous s*en contentèrent , et ordoîma ung jour , présent son frère et son oncle de Bourbon et les seigneurs de France et de Gascoingne , dont il y ot grant foison , et le flst affin que mémoire perpétuelle en fîiist de luy , et donna à son cousin germain messire Charles de Labreth par cause de augmentation deux quartiers des armes des fleurs de lis de France , car en devant les seigneurs de Labreth portoient et ont porte tousjours en armoierie de gueules tout plain sans nulles brisures. Or sont-ils maintenant esquartelés de France et de Labreth , laquelle chose le sire de Labreth tint à riche et à grant don. Et ce jour que le roy donna et renouvella Tarmoierie de Labreth à Thoulouse , flst le sire de Labreth ung disner qui cousta plus de mille frans, et donna aux héraulx qui là estoient pour ce jour et aux ménestrels IP frans , et fist largesse crier sur luy très-grandement.

Âssés tost après fut ordonné que le roy se départiroit de Thoulouse , et se mist au retour pour venir en France. Si prindrent congié au roy, quant ils sceurent son département, Tarchevesque de Thoulouse , le séneschal de Thoulouse , les dames et damoiselles. Le roy leur donna congié à tous et à toutes moult doulcement. Or se départy-il de Thoulouse après

Quarante.

80 LB BOI Dl rSAHCB

boiro et vint ce jour gésir à Chastel-Nomif-d'Aïuj » et

de là tousjours on avant, et exploitta tant par stt

qu*il vint à Montpellier où il fut recheu à jojfe, et là se tint

trois jours pour luy raffreschir ; car la ville de Montpellier,

les dames et les damoiselles Iny plaisoient grandement bien.

Si avoit-il grant désir de retourner & Paris et de leoir In

royne.

Or advint-il ung jour que, luy estant & Montpellier, en gonglant à son frère de Thouraine, il dist : t Beau frtea , je t vouldroie que moy et vous fuissions ores & Paris» et nœtie a OKtat fuist hardiement ^ jà sicomme il est » car j*ay gmnt M dcbiir <}ue je voye la royne et * ma ' belle soeor de Hmi- « raine. » Le duc respondy et dist : « Monseigneur, non n^ « serons pas par nous y souhaidier ; il y a ung trop grant « chemin de cy. » Respondy le roy : « Vous dittes vërité. fl Si m*()st-il ad vis que je y seroie tantost au fort, se je too- « loin. » — « Voire à force et à exploit de chevanlz , dist « lo duc du Thouraine , et non autrement. Pareillement a aussi seroie-jo, mais cheval m*y porteroit. • — t Avant I fl dist lo roy , lequel y sera plus tost de moy ou de tous t a Faisons-y gaigeure. » — « Je le vueil , » dist le duc qi}i voulentiors ho niettoit en payne pour gaingner Targent dn roy.

^ Ilaatio ^ fut *prinse entre le roy et le duc pour V" firans à gaingner sur celluy qui derrain seroit venu à Paris et à partir & Tendemain et tout d*une heure, et n'en povoient mener que ung varlet chascun avec luy, ou ung chevallier pour ung varlet , on le doit ainsi entendre. Nul ne brisa , no controdist à la gaigeure. Ils se mirent au chemin ainsi que ordonné fut. Le sire de Garensiôres estoit delés le roj : plus n ot-il de compaignie. Le sire de la Viesville estoit

• icj. • • Voui — ••• AhAtie. — • A.

RBToèfcNfi A PARIS. 81

le dnc de Thouraine. Or chevauclièrent ces IIII qui ^stoient jeunes et de grant voulenté nuit et jour, ou ils se f&isoient charrier quant ils vouloient reposer , se il leur plaisoit ; et devés sçavoir que ils remuèrent plusieurs che- ^vaulx.

Le duc de Bourbon retourna par le Puy-en- Auvergne en 2»on pays et ala veoir son ^ grant père * sus son chemin, le <?<onte daulfin d'Auvergne et la contesse daulâne et leurs iffkns , dont ils avoient jusques à VIII , que filles, que fils, tous frères et suers de la duchesse de Bourbon sa femme,

cestdit d\m remariage.

Or cheminèrent le roy de France et son frère le duc de 'houraine à grant exploit, et se mettoient chascun en grant liné pour gaingnier l'argent et les flourins Tun de l'autre, ^-^^nsidérés la paine que ces deux riches seigneurs , par ^ joieusété * et libéralité de courage, entreprindrent. Le roy e France riiist quatre jours et demy à venir en la cité de ^aris , et le duc de Thouraine n'en y mist que quatre joiïrs. tt ung tiers. De si près sieuvirent-ils lun l'autre. Et gàli^a < duc la gaigure par tant que le roy se reposa enviroii huit leures de nuyt à Troyes-en-Ghampaigne , et le dit duc se %aist en ung batel en Saynne et se flst navier parmy la rivîè^e ^e Saynne jusques à Melun-sur-Saynne, et là monta à 'cheval «t chevaucha tant que il vint à Paris, et s'en ala à SÀitit-Pol devers la royne et devers sa femme, et demanda nouvelles du roy, car encoires ne sçàvoit-il se il estoit venu ou non, et quant il sceut que il n'estoit point venu , il fut tout resjôùy et dist à la royne de Fraùce : « Madame , vous burés tan- « tost nouvelles. » Il dist vérité , car le roy depuis îâ venue de son frère de Thouraine ne séjourna point longueîi&léïït, et,

'-■ Beau-pére. — *^ Jeunesse.

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