HORT
quant son frère le vey, il ala contre luy et luy dist: « Mon- « seigneur , j*ai gaignié la gagure. Faittes-moi paier. » — « C'est raison , dist le roy , et vous le serés. » Là recordèrent-ils devant les dames tout leur chemin et par o(i ils estoient venus , et comment sur quatre jours et demy ils estoient là arrivés de Montpellier où bien a de Paris cent et cinquante lieues. Les dames tournèrent tout en revel et en esbatement, mais bien ' ymaginoient * qulls avoient eu grant pa}iine , fors tant que joeunesse de corps et de cuer leur avoit ce fait fiGÛre. Et bien sachiës que le duc de Thouraine se flst paier comptant en deniers ' ^)pareillié8 *.
En ce ' temporal * trespassa à Rome le pape Urbain yi"*, de Utquelle mort les Romains furent moult courrouchiés , car moult Favoient amé. Si fut ensevely en relise Saint- Pierre de Rome, et ses obsèques faittes bien et révéramment, et puis se misrent les cardinaulx en conclave pour faire ung nouveau pape, et le firent avant que nouvelles du dit Urbain peuissent estre sceues en Avignon. Si furent le pape d* Avignon et les cardinaulx certifiés de la mort Urbain au ^ X^ * jour *. Or regardés se ce futtost sceu de Rome en Avignon ; et quant le pape Clément et les cardinaulx en eurent la certiffication , ils se misrent ensemble et au conseil au palais , et là parlementèrent et proposèrent plusieurs choses et eurent entre eulx très-grant espérance que le cisme de l*ÉgIise se ooncluroit et buldroit , et qu elle retoumeroit à vraye union, car trop longuement avoit duré Terreur , et proposoient que les cardinaulx de Rome ne seroient pas bien d*acoord de euls mettre en conclave , mais se vendroient
' • Jugèrent. — ^ Comptant. — " Temps. — '^ IX». — • En ÀTignoa.
D*URBAIIf VI. 83
rendre pour le mieulx au pape d'Avignon, et furent en celle léesae et espérance tant que autres nouvelles leur vindrént ; et sigoiflôrent au roy de France la mort de cel Urbain, lequel ils appelloient antipape, etluy prièrent généralement et eapéctalement, pour mieulx esclarchir leur besongne, que il voulsist rescripre à ses cousins , premièrement au roy d*Allemaigne et au roy de Honguerie, au conte de Vertus et au duc d*Ostrice qui en celle erreur avoient tenu cel Urbain, que ils s*ea voulsissent cesser et mettre paix et attemprance en l'Église et à ceulx monstrer par ses lettres et par voyes raisonnables que en nostre foy ne doit avoir nulle variation, et, ainsi comme il nest que ung seul Dieu es cieulx, il ne peult, ne doit estre que ung seul Dieu en terre de droit.
Pour ces jours que la congnoissanoe de ces choses vindrént au roy de France, le duc de Bourgoingne son oncle estoit à Paris delés luy, auquel Clément et les cardinaulx escripvoient autant bien par une meisme substance. Si en parla le roy à son oncle et se monstra de ces nouvelles grandement resjouy, et dbt : « Beaux oncles , nous avons grant désir et ymagination d*aler à puissance de gens d*armes à Rome, pour mettre ce Clément ou saint siège de Rome et pour destruire tous incrédules ; mais nostre chemin est retardé et attempré grandement, car cel antipape est mort, selon ce que Clément et les cardinaulx nous escripvent et certifflent , et supposons que ils ne feront point de conclave à Rome, ne de élection , mais se détermineront ceulx qui là sont , et s'en vendront mettre en lobéissance de Clément ; or sommes-nous priés de la partie d'Avignon , et pour la plus grant seureté , que nous escripvons lettres à nos cousins le roy d*Allemaigne et à son frère le roy de Honguerie , au conte de Vertus et au duc d*Ostrice. Quel choae nous ea oonaeilUë^vous à faire ? »
Le duc de Bourgoingne respondy et disft : « Monseighear, « vraye chose est que Urbain est mort , mais nous ne « sçavons encoires riens de Testât des cardinaulx qui se « tiennent ' à Rome , ne des Romains , ne se ces cardi- « naulx vouldront tenir leur oppinion. Forte chose est que tt ils le laissent , car les Romains sont seigneurs et mais- « très d eulx. Et sicomme par force ils vouldrent que Tar- « chevesque de Bari feust créé pape , lequel ils ont tenu M jusques à la fin , secondement ils vouldront de force que a les cardinaulx se mettent en conclave et créent entre eulx « pi^ à leur plaisance. Si ne vous avés que faire de tra- « veillier encoires trop avant, ne de pryer ceulx qui en cel tt estât feroient trop petit pour vous, et bien 1 ont monstre jus- « ques à ores« Cessés-vous tant que vousorés autres nouvelles, tt et il pourroit advenir que les cardinaulx seront si * mal ' d ac- « cordque.en différant Tun contre Tautre, ils se dissimule- « roient contre les Romains et ne vouldroient fietire, ne eslire « point d'autre pape que Clément , et leur prommetteroient « pour adoulcir leur erreur et fureur que ils le feroient « venir et retraire à Rome , laquelle chose Clément feroit « moult voulentiers , se Tordonnance et composition aloit « jusques à là. Et, se ce vous apparoit clèrement , lors « seroit-il heure d'escripre à tous roys crestiens et sei- « gneurs qui tiennent vostre oppinion contraire sur la « meilleur fourme que on pourroit, pour oster le cisme de « rÉglise et remettre en une union , laquelle chose par M raison se devroit faire. Or n en sommes-nous pas asseur : a si nous en fault attendre Taventure , et ne demourra pas « longuement que nous en orrons nouvelles. »
Quant le duc de Bourgoingne eut parlé et remonstré au roy de France et à son conseil ce que vous avés oy , il
' Encore. — •-• Bien.
d'urbain VI. 85
ny ot nal qal contredesist , ne répliquast à sa parole, mais 3e teurent et tindrent tous quois , et par espécial la parole sambla estre au roy raisonnable et dist : « Beaux « oncles , nous vous croirons , c'est raison ; car plus der « y veés que nous tous , et de Taffidre de TÉglise nous « n'en ferons riens sans vostre ordonnance et conseil. » Et alors cessèrent à tant leurs paroles, et rentrèrent en autres
besoigm^.
Vous devés scavoir que grant murmuration estoit entre les clers de l'université de ces nouvelles, et cessoient de lire et d'estudier et n'avoient ne puissance , ne affection de riens faire pour le grant désir qui les inclinoit à scavoii* comment les cardinaulx de Rome se maintenroient , ou se ils feroient élection ou se ils se cesseroient et se retourneroient au pape d'Avignon. Us mjBttoient tout le fait en doubte et s'en débatoient et arguoient entra eul^. Bien sçavoient que Clément avoit rescript au roy , au duc de Thouraine , au duc de Bourgpingne et au conseil, du roy sur Testât que cy-dessus est ^ deyisé , car aussi gén^rallçment en avoit aussi bien rescript à l'université a/B^ que ils y voulsissen^t adrechier selon leur povoir et en fai^e bonne diUigence ; et en proposoient entre euls les clercs en parlant et ep djBvisant de plusieurs choses, et disoient cils qui l'avanceo^nt de Clément vouloient : « Il est heure que le « roy et nos seigneurs rescripvent aux graos chiefs de la « cresti^nneté , tels que au roy d'AIlemaigne , au roy de « Honguerie , au seigneur de Milan , au duc d'Austriche « et à cei^ qui tiennent nostre oppinion contraire , affin « qu'ils s^ veuillent retourner et mettre en bon estât , car « c'est une chose qui moult y pourroit yalloir et ajdier. » Et advint que par trois fois sur trois jours 1^ plus potables
' Dit et.
86 MORT d'urbain ti.
clers de l'université se misrent ensemble et s'en vindrent à Saint-Pol sur Testât que pour parler au roy et à son conseil et luy pryer que il voulsist obvier à ce cisme et descendre à lordonnance du pape qui leur avoit doulcement escript et humblement. Mais quant ils furent venus à Saint-Pol , ils ne furent de riens respondus , mais se dissimula-on trop fort à rencontre de euls tant que mal s*en contentèrent. Et finablement ce les appaisa que on oy sur briefs jours autres nouvelles , car les cardinauls de Rome se mirent en conclave et firent tantost pape du cardinal de Napples , ung ^ vaillant clerc et preudhomme , et fut nommé Boniface.
Quant ' les seigneurs de France en furent signifiés et certifliés , si furent tous pensifs et ymaginoient bien que les choses se tailloient de demeurer ung moult long tempe en cel estât : « Or regardés , monseigneur , dist le duc de 0 Bourgoingne au roy de France , se vos escriptures « cuissent bien esté perdues. Où on vouloit que vous en « escripvissiés, il en est advenu tout ce que je proposoie. » — « Beaulx oncles , respondy le roy , vous dittes voir. »
Or furent gr&ces ouvertes à Rome de par ce Boniface et signifiées par toutes les provinces aux princes et clercs qui de luy tenoient et obéissoient. Si se misrent au chemin ceulx qui grâces vouloient avoir pour aler à Rome , et, quant ils approuchoient la ' marque ^ d*Anconne et la Kommanie, ils cheminoient en grant péril ; car messire Bernard de la Salle et autres qui gardoient la frontière et faisoient guerre aux Romains de par le pape Clément , flst gaittier les clers par les passager et par les chemins , et leur fist moult de maulx , et en y ot celle saison beaucoup de occis et de perdus.
• Moult. — • Le roj et. — •• Marche.
SIÈGE DE YENTADOUR. 87
Noos nous souffrirons pour le présent à parler de ces piqies et proposerons autres ' besongnes.
Vous scavés comment Gieufiroy Teste-Noire qui capitaine avoit esté ung long temps du fort cbastel de Mont-Ventadoor en Lymosin, régna , et comment vaillamment il le tint contre tout homme tant qu'il vesqui, et avoit en son vivant mis le pays à pactis , plus de trente lieues autour de luy ; et avés ouy comment il moru et par quelle incidence, et comment ou lit mortel il ordonna ses deux nepveus Alain Rous et Pierre Rous à estre cappitaines du dit chastel de Mont-Ventadour après sa mort , et fist en la présence de luy tous les compaignons qui là dedens se tenoient, jurer foy , loyaulté et hommage , service et vraie obéissance aux cappitaines dessus dits.
Après la mort de ce Gieuffroy Teste-Noire , ses deux nepveus régnèrent ' ung temps grandement et tindrent toufi^ours le pays en guerre et en composition de apactis , et pour tant que ce chastel de Mont-Ventadour estoit au duc de Berry en héritage (car jà piècha Tacquist-il au conte de Montpensier, et en portoit son fils Jehan de Berry le nom et le title) , il venoit et toomoit à desplaisance trop grandement au duc de Berry ; mais amender ne le povoit. Si lavoit-il &it assiégier par plusieurs fois par bastides et autrement non , et moult constraindre ; mais ceulx qui estoient dedens, n* en faisoient compte et yssoient quant ils vouloient, et chevauchoient sur le pays , et ne vouloient cils Pierre Rous et Alain Rous obéir , ne tenir nulle triève que le roy de France et le roy d'Angleterre euissent ensemble , et disoient qu'ils n'y estoient de riens tenus h
' Matièrea et. — * Tout.
88 siÉfiB
obéir , mais feroient guerre toutes fois et quantes ibis ^ que il leur plairoit , dont les pays d'Auvergne et de Lymosin se tenoient à moult traveilliés , et, pour y obvier et mettre l'emède , messire Guillemme le Bouteillier, ung gentil * chevallier d*Auvergne , messire Jehan Bonne-Lanoe , memre Loys'd*Authibière^ et plusieurs autres chevalliers et escuiers dWuvergne et de Lymosin avoient rais les bastides denviron Ventadour , et se tenoient là aux coustages du pays et cstoient tenus toute la saison.
Or advint en ce ' temporal ^, sioomme je fus adont infourmé , que Alain Rous et Pierre Rous jetteront adont leurs visées que ils prendroient messire Guillemme le Houtellier et messire Jehan Bonne-Lanoe qui trop de contraires leur fiusoient. Et vous dy que ce fut. sur telle fourme et ordonnance que ces deux frôres ymaginèrent entre eulx : « Nous leur signifierons , dirent-ils , tout « ^ quoiement ' que nous leur renderons la forteresse pour a une somme de flourins que ils apporteront avoec eulx , a et que nous sommes tous tanés et lassés de la tenir , ne « plus n*y voulons demeurer , et voulons retourner en « nostre pays ou là où bon nous semblera. Ils y enten- « dront bien voulentiers, car le duc de Berry la désire « moult à avoir , et ne la ferons pas tant en vendage une « si grant somme de flourins que on ne les treuve tantost « tous appareilliés. Et qudle sonrnie demanderons-nous ? <f Dix mil frans tant seulement. C*est assés , car encoires « aurons-nous les corps des deux chevalliers par une « belle embusche de gens d'armes que nous mettrons « dedens la grosse tour de céans. »
Or regardés la folle ymagination que ces deux Bretons
• Qa*iU voroient et. — ■ Homme et. — *^ D*Aabière — • ^ Tempe. — ' * Secr6temeat,
DE VENTAl^IJA. 89
eareQt de trahir ainsi cas deux chevalliers et de avoir leur argBpt. S^ mal leur ça j^rist, ils n en font point ^ à plaindre. Sur Testât qiie ils * devisèrentet proposèrent, ils boutèrent hors du cha^tel de Mont-Ven^tadour lun de leurs varlets , et luy dirent : « Va-t'ent jusques aux bastides, des François et te « laififie prei^lre hardiement , et requiers que tu soies mené « jusques à messii'e ' Guillenune * le BputeiUier ou à Bonne- « Lance ; et auquel que tu viens premièrement , si baille « ces lettres de par nous et en demande à avoir response , « car elle nous touche : si fait-il à eulx grandement. »
Lc^vall^t.dist que il feroit bien le message, qui ne y pensoit que tout bien. Si se party d'eulx et chemina tant que il vint aux bastides des Pranchois. On vint au djevant de luy, qpai^t on le vey venir , et luy fut demandé quelle chose il dei|i|apdoit , ne q^^^it. Il respondy que il vouloit parler à messire GuiUemme le Bouteillier ou à messire Jehan Bomu^Liance. Il fut mené jusques à ceulx , car pour leure ils estoient tous deux ensemble. Quant il fut en leur présence, il les enclina et les traist à une part, et leur bailla la lettre et ' dist ainsi que AJain Rous et Pierre Rous la leur envoi^ient *. De ces nouvi^es furent-ils tous esmerveilliés pour tant que les capitaines 4e Ventadour leur rescripvoient. Si prindrent la lettre et rouvrirent et la lisirept, et estoit contenu dedens la lettre seulement que voulentiers Alain Rous et Pierre Rous auroient parlement à eulx et pour leur prouffit. Quant ils ouïrent ces nouvelles, encoires furent-ils plus esmerveilliés que devant, et se doubtèrent de trahison, et touteffois ils se advisèrent lun par lautre que pour sçavoir quel chose ils vouloient , ils leur signifieroient que , se ils venoient au dehors du fort, ils les asseureroient d*euls
• A regretter, ne. — • Ordonnèrent. — •-* Pierre. — ^ Leur dist : « AUin Roos et Pierre Rous vous envoient ches lettres. »
90 siAge
et des lenrs tant que ils seroient rentrés dedens leor fort. Ce fut la response que le varlet raporta arrière k ses maistres. « Ha ! dirent Alain Rous et Pierre Rous , nous « povons nons assearer sur ces jMiroIes. » — « Oïl, ' direnta ils * , tout considéré , puis qu^' leur foy et leur séellé y a est. Ce sont loyaulx chevalliers, et aussi nous leur par- « lerons d*un traittié où ils entendront voulentiers. »
Quant ce vint À Tendemain à heure de tierce, ils firent ouvrir ung guichet joindant à la porte et avaler une planche, et là s*appoièrent aux chaynnes tant et si longuement que messire GuiUemme le Bouteillier et Bonne-Lance furent venus et descendirent devant le pont jus de leurs chevaulx, et firent leurs gens traire arrière , quant ils veirent les capitaines qui estoient sur la planche au dehors du fort. ' Ce * dirent les deux Bretons de Ventadour : « Nous povons- « nous asseurer de passer oultre pour avoir parlement à « vous ?» — « Oïl , respondirent les chevalliers , et aussi « de vostre costé y a-il nulle trahison ?» — « Nennil , « respondirent les Bretons. » — « Or venés dont seurect ment parler à nous, car triôves sont. »
Alain Rous et Pierre Rous passèrent à ces mots oultre la planche et vindrent o(i les autres estoient. Or forent-ils euls quatre. Ces deux chevalliers leur demandèrent : c Quel « traittié et parlement voulés-vous avoir à nous ? Estesa vous en voulenté de nous rendre le fort de Ventadour ? » — « Oïl , dirent-ils , par une condition que nous voulons « avoir dix mil frans tant seulement pour les pourvéances , « car nous sommes tanés de guerroier et nous voulons a retraire en Bretaigne ou ailleurs là où mieulx nous « plaira. »
Les deux chevalliers qui forent tous resjoys de ces paro-
• • Dit Pierre. — •*• Se.
DE VENTADOt'R. 91
les, respondirent et dirent : « Vous parlés de marchandise, « et nous y entendrons voulentiers , mais tant que pour le « présent nous n*avons point l'argent appareillié. Si le pourc verrons et ferons tant que nous laurons. » — « Quant « vous Taures pourveu , respondirent ceulx de Ventadour, « si le nous signifiés , et nous tendrons le marchié. Mais ir démenés oeste chose sagement et secrètement ; car , s*il « estoit sceu entre les compaignons de Ventadour , ils nous « prenderoient à force et nous occiroient. Ainsi fauldriés- « vous à Yostre entente. » Respondi messire Guillemme lô Bouteillier : « Ne vous doubtés. Nous demenrons la chose « tellement que nous ny aurons point de dommage. » A ces paroles ils se départirent et prindrent congié les ungs aux autres, et rentrèrent les Bretons ou fort de Ventadour, et les chevalliers retournèrent à leurs logis.
Messire Guillemme le Bouteillier et messire Jehan Bonne- Lance qui ne pensoient à ceste ordonnance que tout bien pour eulx , et ne cuidoient point que les deux Bretons les voulsissent trahir , ne décepvoir pour avoir leurs corps et leur argent , escripvirent tantost unes lettres au mieulx (aittes qu ils peurent et le mieulx dictées , pour envoier au duc de Berry, qui pour cesjours se tenoit à Rion-en- Auvergne , et prindrent uug gentil homme des leurs, qui bien scavoit parler , qui se nommoit * Lionnet * de Saint-Vidal , et rinfourmèrent de tout le fait et luy dirent que riens il n oubliast à dire au duc de Berry, et pensoient que de ces nouvelles il seroit moult resjoy, car fort désiroit et avoit désiré grant temps à avoir le fort chastel de Mont-Ventadour,
L*escuier prist les lettres à l'ordonnance des ^ chevalliers et se party des bastides enditté et infourmé quel chose il devoit dire et faire , et tant chevaucha traversant Lymosin
•-• Oajoanet. — • Deux.
92 «içK
et Auvergne , que il vint k Rion , et là , ce m'est advis , trouva le duc de Berry. Il s'agenpuU^. devant l|iy et Iny bailla les lettres en recommandant Iqs chevalliers à luj ainsi que bien le sceut faire. Le duc pris! les lettres et les ouvry et lisy , et quant il eut bien étendu et conohea de quoy elles parloient, si fut grandement resyoy, et commanda à ses maistres d*osteI que ou pensast bien ' de luy * , et si fut fait.
Le duc de Berry, assés tost après ce que Tescuier fut venu et que il ot receu les lettres, app^ son conseil et ses trésoriers ( ceulx qu*il avoit delés luy pour le temps ) et leur dist : « Vecy grandes nouvelles. Nos chevalliers qui « tiennent nos bastides devant ' Vent^ur, nous ent escript « qu'ils sont en certain traittié envers Alain Rous ^ Pierre « Rous , lesquels veulent rendre le fort de Vçntadour pour « la somme de dix mil frans. Ce nest pas gi;a^ cbpse ; il « couste et a cousté tous les ans au pays d* Auvergne et de « Limosin à eulx tenir en guerre , soixante.mil frans* Nous « voulons accepter ce marchié , et nous en délivrons du « prendre, à la fin que point ne s*en repentent Or sus^ tré- « soriers ; trouvés la somme de dix mil fran3 ; nous les a presterons , c*est raison , et quant nous serons en posses- « sion du dit chastel , nous ferons en Lymosin et sur les « terres et frontières où ils ont tenu leurs pactis, une u taille : ils renderont Targent au double. » — « Monsei- « gneur , respondirent les trésoriers , nous sommas tous « prests , mais que vous nous donnés cinq ou six jours de 0 * terme *. ■ — « Vous les aurés , » dist le duc *. Sur cel estât fut la chose arrestée et conclute. Les trésoriers se ^ pourveurent ' et appareillièrent tout Targent en cpu^nnes
• • De Tescaier. — • Le fort de. — •• Poarréa&ce. — • C'est raison. — '•• CoaclarenL
ist ëh iMhâ de Frâlidè, et ftit mise la ânanôe en quatre petis
Ce propre jour que ceulx qui commis estoient pour porter ^ Mk drevUliiers dëf^ëUs liorMiiés la finance, dévoient partir, et jà estoit tout ordonné pour mouvoir , vindrent à Rion deft^rs le dite le dàtdpfhin d'Auvergne et le sire de Revel pour besongùer d aûèunës choses ainèi qu on a à faire aucune Ibis deters lie3 seigneurs. Ils furent les bien venus du duc , et il qui estoit tout resijôy de ce qu'il pourroit, ce luy sembloit, à si bon marchié ravoir Ventadour , ne s'en volt pas taire kut seigneurs dessus nommés, et leur monstra les lettres de tàeéàire Gûillémmé le Bouteillier et de messire Jehan Bonne-Lancé. Quant ils Torent oy , ils pensèrent sus ung petit , et le duc qtri les vey penser , leur demanda : a A qàdy pendes- Vdus ? Y veés-vous point de souspechon ? Ditte»4e moy avtot <ite l'argent voîst plus avant. » — Monseigneur , respondy te dônte daulphin , vous sçavés comment le conte d^Armigniidi et moy sommes ordonnés et avons eâté ung grant temps de par le pays d'Auvergne et de Caoursin , de Rouergue*et de Lymosin, à racheter et ratraire à noû^ les fors et les garnisons contraires à nous et aiiemies aux s^éifteschaulchies dessus dittes, et en avons éà plusieurs traittiés , et oncques, pour chose que nous peuissiôns faire, nous ne péustnes amener ft traittié ceulx de Ventadour, que ils voulsissent rendre, ne vendre leur fort par quelconqife vdye , ne manière que ce fuist ; ne à paynès, (ftiant nous envolons par devers eulx, ils ne nous en daignoiènt respondk*e. Et si sçavons certainement que, se ils font ce fraittié dont vous nous avés parlé, ce ne sera pad par defiaulte de vivres , car , se nulles pourvéàndés n*entrûfént dedens ' sept ^ ans ou fort de Venta-
• L'argent. — ••• Six.. Huit.
M siicB
u dour, si en ont-ils assés. Et pour ce nous nous emonreil- « Ions à présent qui les meut à ce &ire , et fidsons doiiMa « qu*il n y ait trahison ; car gens d'armes endos an Ibrtd- M resses qui ont poursieuvy routes , sont trop ymaginatifr « « et quant leur ymagination s*encline sur le mal, ils j seftu veut trop bien adreschier, siques, monseigneur, ajés advis « sur oe. » — « En nom Dieu , dist le duc le Berry, voos tt ne dittes pas grant merveille, et si avés bien parlé, quant a vous m*avés adyisé de ces pourpos. Si y poiirventMis tt mieulx que devant. »
Le duc de Berry appela Fun de ses chevalliers ncmmé roessire Pierre Mespin , et luy dist : « Vous en yrés avee- « ques la finance aux bastides de Ventadour. Vous , là « venu , dires de par nous à nos chevalliers Ouillemme le « Bouteillier et à Bonne-Lance que de ce traittîé d<mt ils tt m ont escript , ils usent sagement, et que ils ne se eon- « fient pas trop sur ces Bretons de Ventadour ; car nous a avons de costé ouy ' nouvelles que ils ne soôvent pas. « Pour ce ils soient advisés sur ce de tous poins. » Le chevallier respondy : I A la bonne heure. » lise départy de Rion avecques la finance. Si chevauchèrent tant , il et sa route, que ils vindrent aux bastides et aux logis de leurs gens , et trouvèrent les compaignons qui les recoeillirent liement. Les sommiers furent deschargiés , et ' la finance mise ' en saulf lieu.
Messire Pierre Mespin , quant il et les deux chevalliers orent parlé ung petit ensemble , ouvry le message ^ont il ostoit chargié, et dist ainsi : « Vous, messire Guillemme, et « vous, messire Jehan, monseigneur de Berry vous mande « par moy que de ce traittié que vous avés à ceulx de Ven- « tadour , vous ouvrés sagement , par quoy vous na perdes
' Dire dM-*' Mis.
DE YENTÀDOUR. 95
« VOS corps et la finance que monseigneur vous envoie ; et « me dist ainsi qu'il a ouy nouvelles ^ au ' senestre, que pas a ne luy plaisent , et pour tant veult-il que vous en soies « au-dessus et advisé , car il se doubte de trahison. Par « trop de fois le pays d'Auvergne et de Limosin euissent tt donné au rachat de Ventadour soixante mil frans, et ils « se ofirent à présent pour dix mil ; c'est ce qui met mona seigneur et son conseil en souspechon. »
Les deux chevalliers de ceste parole furent tous pensifs et reqpondirent en disant : a Double sens vault trop mieulx « que ung seul, et vous dittes bien , et grant merchis de ce « que vous nous advisés. Vous demourrés ici dalés nous et « nous aiderés à conseillier , c'est bien raison. Dedens deux o jours vous verres , et nous le verrons aussi, comment les « besongnes se vouldront porter. » Messire Pierre Mespin respondy que il demourroit voulentiei*s, et demoura.
Assés tost après les deux chevalliers dessus nommés envolèrent ung de leurs vallets au chastel de Ventadour , car trièves estoient, en signifiant aux capitaines Alain Rous et Pierre Rous que les dix mil frans estoient tous prests et que ils tenissent leur convenant ainsi que prommis Tavoient. Ils respondirent que si feroient-ils , ne jà au contraire n'en yroient , et que quant ils vouldroient que ils venissent , ils leur noncheroient et signiffieroient.
Alain Rous et Pierre Rous qui à nul bien ne pensoient , sicomme il fîit sceu et prouvé sur euls , avoient jà leur fait tout basty et ordonné pour prendre messire Guillemme le Bouteillier et messire Jehan Bonne-Lance , et avoient jette leur visée ainsi. A l'entrée du chastel de Ventadour a une grosse tour par dedens , qui est maistresse et souveraine de la porte et du chastel , ne sans celle tour on ne puet estre
96 sffoB
seigneur du chastel , et tenoient toniyours oeolx dii fbrt pour les adventures celle tour garnie de pourvéanoes et d*artillerie afRn que » se surprins eussent esté , que leur i*etrait fuist en la tour.
Les deux Bretons qui ne entendoient que à maUoe, pourveirent celle tour de trente compaignons bien armés et adoubés afin que quant les François seroient dedans le chastel et ils culderoient estre tous seigneurs et maistres du chastel et asseurés , sur le tard ces trente * sanidroient dehors et les prendroient et oociroient à youlenté. T<Mit oe ordonné , ils enyoièrent dire à messire Guillemme te Bouteillier et à messire Jehan Bonne-Lance que Us venîssent seurement et apportassent arecques euls l'ïurgent que apporter dévoient , et on leur ouvriroit le fort.
Les cberalliers françois de ces nouvelles furent tous res* veilliés et respondirent au vallet qui là estoit venu , et dirent : « Retourne devers tes nudstres , et leur dit de par « nous que demain an matin nous yrons celle part. » Le vallet se party et ristoiima arrière. Les chevalliers demourèrent et eurent conseil et advis ensemble encoires plus )(rant et plus fort que ils n^avoient eu en devant pour la cause des nouveHes que messire Pieire Mespin leur avoit apportées de par le duc de Berry . Ordonné fut , conclud et conseillié entre euls que ils metteroient leurs gens en embusdie assés près du chastel, et euls premiers yroient armés à la couverte et emmenroient trente hommes des leurs « lesquels seroient couvertement armés , et euls venus et entrés dedens le fort de Ventadour , ils regarderoient bien et par- (aittement Tordonnance et le convenant du fort, et, se nuHe doubte ou souspechon y povoit estre , ne nanitre , et se riens veoient qui en doubte les mesist , ib sonnerolent ung
* Compaignont.
DE YENTADOUR. 97
ciMr et'salsli^iônt le pont, et, le son de ce cor pùy, rembdsctie MUildfOîf âVàxxt & * coitô * â*ésperonà , et descefiâèrôiënl devant la porte et s*6Ù âaiàiroient et du ciiàster aussi .
Tout en telle maûière qu*ilis ^ Tordôiiiiéreiit ^ , Ûs ïe firent. A Tendemaîn ils' ftirent touâ' {iô^ûiVèusT , é^ clièvaudièrent devant et lÀirént éh emtitisi^è' htéh iki^i^e^f. tl^ lances, et, euls trente arméà' Oh' couVertè\ vtn^nt à Yentadour et amenèrent liiëèëfite IHeî^e' litéspin^ àyéc euÉc pour avoir plus de conseil, et n^oUbfi^réîiit' pàl^la"^ ëni^éè \ mais estôit en * quatre ^ panâi^l^ iMlt filUtiékmeiït sur d0ax fors chevatxlx de sontmièrï. ils ti^t^^ehV Àïair Rbus et Pierre Rous à la batriâre , l^\iè1k rouvrirent' toute flùrrière & rencontre d*eulx/ m' {àiâ^Mit piitià: Quài^t its fhrekit oultre et dedeùs là porté', Âlaîîi Rous et son £rere là Youldrènt clorrë , nutis les ciieVàllîérs dé' France' léui^ dirent : « SôUflrés-vôus : léale mai^liÀÏÏdise où nôn. ji r scavé^rdus que volis' nb'ù's^ devé^ Yendï^ lë'chàStef paiiny c dix mil frans paian^. 11^ sont tous priisfs ; vous î^' yfeés é devant voua' sur ccâ s^tthnieris', st^ues tènës-hôusléàiâté, ë ' et nous le Vo\iè teàrbns atr^t. tt '
A œs parbtèi né séeureïït que ^ r<^potïdre Alain Rô^ et iHerre Rous^ soii frère , et, pour riîérttré les Franéliolè^'liorà de toutes soùs{)echons, ils respondlrent : « Vous parlée Bieh, 9t et nous le ^ ferons^ ainsi que vôub vouldré^. » Hé p&^lîÂbt oultre , et deitiouf*ia la' barrière ouverte ; car, s^éUè eiifst esté close , Ceùhc de rembuâctie n^ ftitsâént jàttiàfs i fèÉîps venus selon le tour de Mlsèté dont 1^ Bi^tâléui^ YciÂielft jôttër , et itoût ce Tatiroiënt sôtfvéht ^ bel " leà
j^UnMrs , se n*e8toient1^ cénti^t^^^^^-
TouB eâtrCfrént' éd U pb^, François' et^ Br^tonk Àitàxà
•-■ Pointe. — ■-• Disoient. — ** Troii. — * Dire et. — *^ Voubns. — «^^ Bon.